SAISON DES « XAL »: Dakar croque la pastèque, les vendeurs se plaignent
Depuis plus de deux mois, Dakar savoure pleinement la saison des pastèques, communément appelées « Xal » en wolof. D’octobre à aujourd’hui, les artères de la capitale se sont transformées en véritables marchés à ciel ouvert. Des Maristes à Liberté 6, en passant par Sacré-Cœur, les vendeurs – en gros comme au détail – occupent trottoirs et ronds-points, attirant une clientèle avide de fraîcheur.
Aux Maristes, Aliou Pomane, venu de Koungheul dans la région de Kaffrine, écoule lui-même la production de son champ. « J’ai cultivé ces pastèques en deux mois et quinze jours. Je suis arrivé à Dakar avec mon stock le 5 novembre », explique-t-il.
Aux Maristes, la galère du producteur-vendeur
Mais derrière l’abondance, les difficultés sont nombreuses. La chaleur, l’absence de stockage adapté et la détérioration rapide des fruits plombent ses espoirs de bénéfices. « Les pastèques sont posées à même le sol, ça pourrit vite. Une seule pastèque pourrie peut contaminer les autres », déplore-t-il.
Aliou estime ses frais de déplacement à 450 000 FCFA, incluant la coupe, le transport et la manutention, sans compter les coûts de labour et de culture. « On est en décembre et je n’ai pas encore dégagé de bénéfice. J’ai juste couvert mes frais. J’ai vendu entre 200 000 et 400 000 francs jusque-là », confie-t-il.
Arrivé avec près de 50 tonnes de pastèques, transportées dans un camion à moitié rempli, il a déjà écoulé son stock initial et fait revenir d’autres cargaisons depuis son champ. Les prix varient selon la taille et la qualité : 300, 500, 1 500, 2 000 jusqu’à 2 500 FCFA. « On est là 24h/24. Et puis, je donne aussi beaucoup. C’est à manger, il faut sortir l’assaka. Des gens demandent, on partage », glisse-t-il, philosophe.
À Liberté 6, un business bien rodé
À Liberté 6, à proximité du BRT, un groupe de jeunes est assis autour d’un imposant tas de pastèques. L’ambiance est détendue. Abdou, l’un des vendeurs, raconte une installation récente mais déjà rentable. « On s’en sort bien. Les Sénégalais aiment beaucoup le ‘Xal’ », assure-t-il.
Le groupe emploie trois manœuvres chargés de décharger les camions. « Une fois les frais sortis, on arrive à gagner quelque chose », affirme Abdou, précisant que les prix oscillent eux aussi entre 500 et 2 500 francs.
Sur place, des charretiers-revendeurs viennent régulièrement acheter des pastèques, parfois à prix cassés, qu’elles soient en bon état ou légèrement abîmées, pour aller les revendre ailleurs dans la ville. Abdou souligne également un point important. « On a fait toutes les démarches administratives à la mairie pour avoir l’autorisation de s’installer. En résumé, dit-il, on ne se plaint pas ».
Le regard du revendeur ambulant
Intercepté à Sacré-Cœur, Mass Diop sillonne Dakar avec sa charrette à la recherche de clients. Contrairement à Aliou, il n’est pas producteur mais revendeur. « On nous amène les pastèques depuis le Saloum ou Gossas. Nos stocks sont à Liberté 6, au rond-point Gadaye », explique-t-il.
Son bénéfice est modeste mais suffisant. « J’y trouve mon compte. C’est un petit bénéfice. Parfois beaucoup, parfois pas trop, ça dépend », nuance Mass qui dit vendre jusqu’à 40 pastèques par jour. Les marges varient selon le prix d’achat. « Je peux acheter à 700 et revendre à 1 000 francs. Ou acheter à 250 et revendre à 500 ou 600 », renseigne-t-il, indiquant que chez lui, le prix maximum dépasse rarement 1 000 FCFA.
Chauffeur de profession, Momar profite de la saison de la pastèque pour arrondir ses fins de mois. « J’ai commencé le 12 novembre. Je vends jusqu’à la fin de la campagne, après je reprends mon travail », confie-t-il.
Une saison populaire, entre débrouille et solidarité
Dans les rues de Dakar, la saison des « Xal » est bien plus qu’un simple commerce. Elle est un moment de débrouille économique, de solidarité informelle et de consommation populaire. Entre producteurs venus de l’intérieur du pays, vendeurs organisés et revendeurs ambulants, la pastèque s’impose comme un fruit phare de saison : accessible, rafraîchissant et profondément ancré dans les habitudes urbaines.
Mame Ndella FAYE

