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QUESTIONS D’ACTUALITÉ À L’ASSEMBLÉE NATIONALE: Sonko sans langue de bois devant les députés

Face aux députés, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré un exposé sans concession sur la gouvernance budgétaire, la relation exécutive avec le président Diomaye Faye et la réorganisation urgente de l’espace public. Entre dénonciation de la surfacturation, annonces sociales et préparation des JOJ 2026, il a défendu les orientations de son gouvernement lors d’une séance de Questions d’actualité marquée par le boycott d’une partie de l’opposition parlementaire.

Le Premier ministre Ousmane Sonko a fait face, hier, vendredi, aux députés dans le cadre de la séance de questions d’actualité. Pendant quatre heures – de 9 h à 12 h – aucun sujet n’a été éludé. Cet exercice démocratique permet aux parlementaires d’interpeller les membres de l’exécutif sur les enjeux nationaux. Contre toute attente, les échanges ont largement dépassé le terrain politique pour aborder l’économie, le social, la gouvernance publique et la géopolitique.

Relations avec Diomaye : « Il n’y a aucun problème entre Diomaye et moi »

Interpellé sur sa relation avec le chef de l’État, Ousmane Sonko a levé toute ambiguïté. « Si quelqu’un pense qu’il y a un problème insurmontable, ou que nous ne nous adressons plus la parole, il se trompe. Il n’y a que paix entre nous deux. On travaille plus dur ensemble, on est tout le temps ensemble, on passe la journée et on mange ensemble. Il n’y a aucun problème Il n’y a aucun problème entre Diomaye et moi », a-t-il assuré, évoquant une période initiale de « simple besoin de clarification ».

« Il fallait poser certains actes pour éclaircir notre fonctionnement. Aujourd’hui, tout est clair », a-t-il ajouté, soulignant la complémentarité et la cohérence du duo exécutif. Toutefois, il a rappelé qu’« en politique, chacun peut suivre sa propre route. Ce que les gens ne savent pas, cependant, c’est que je ne travaille pas pour le président Diomaye Faye. Je travaille pour les Sénégalais. Mais, ce travail est sous la responsabilité de Diomaye Faye et sera comptabilisé dans son mandat. Donc, je fais tout ce que je considère bon pour le Sénégal. Aucun contexte politique ne nous empêchera de travailler ensemble ».

Excepté Tafsir Thioye et Pape Djibril Fall, tous les députés non-inscrits, ainsi que ceux du groupe Takku-Wallu Sénégal ont refusé de participer à l’exercice, dénonçant un format qu’ils jugent inopportun. La séance s’est toutefois tenue conformément à l’article 104 du Règlement intérieur, qui consacre le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale.

GOUVERNANCE PUBLIQUE

Sonko dénonce une gestion budgétaire « dévoyée »

Face aux députés, hier, le Premier ministre a livré un diagnostic sévère de la gestion héritée de l’ancien régime. Selon lui, « près de 40% du budget national était détourné de son objectif initial », en particulier à travers la surfacturation systémique dans la commande publique. Il a cité un exemple marquant. Dans le secteur des infrastructures, « la surfacturation moyenne atteindrait 17% ».Sur les montants globaux de la commande publique, 1 859 milliards de FCFA en 2023 et 1 354 milliards en 2024, Ousmane Sonko estime « les surcoûts cumulés à 546 milliards de FCFA ». Cette hémorragie financière expliquerait en grande partie les tensions actuelles sur les finances publiques.

280 milliards d’économies obtenues

Depuis son arrivée à la Primature, le chef du gouvernement dit avoir lancé une « politique rigoureuse de rationalisation du train de vie de l’État ». Ces arbitrages auraient déjà permis de « dégager plus de 280 milliards de FCFA d’économies pour l’exercice budgétaire à venir ».

Le Premier ministre a affirmé que ces efforts internes ont joué un rôle majeur dans la négociation avec le FMI, renforçant la crédibilité de la trajectoire budgétaire du Sénégal. Ousmane Sonko plaide désormais pour une réforme profonde du financement public : mobilisation accrue des ressources internes, discipline budgétaire renforcée et réduction de la dépendance aux financements extérieurs jugés « parfois restrictifs ».

MARCHANDS AMBULANTS ET ORDRE URBAIN: Deux nouveaux centres commerciaux pour réorganiser l’espace public

Face aux tensions récurrentes liées à l’occupation de la voie publique, particulièrement à Dakar, le Premier ministre a détaillé la stratégie gouvernementale. L’objectif est de concilier activité économique, ordre public et préparation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) Dakar 2026.

Lors de son passage à l’Assemblée nationale ce vendredi, pour répondre aux Questions d’actualité, Ousmane Sonko a annoncé la pose imminente de la première pierre d’un centre commercial moderne au sein du CICES pour accueillir une grande partie des commerçants informels, ainsi que l’aménagement d’un nouvel espace structuré au marché Kermel destiné aux petits commerçants.« L’objectif n’est pas de chasser les ambulants, mais de leur offrir des alternatives viables et encadrées », a-t-il insisté, précisant que l’État accompagnera les acteurs « en matière d’organisation, de formation et d’accès à des espaces adaptés ».« Il faut libérer la voirie publique pour permettre aux invités de se mouvoir aisément », a rappelé Ousmane Sonko qui souligne que la préparation des JOJ impose, « une capitale lisible, fluide et sécurisée, capable d’accueillir un événement international majeur ».

Abdoulaye DIAO