GRAND MAGAL DE TOUBA 2026: Touba, au rythme de la ferveur de millions de pèlerins
Dès les premières heures de ce dimanche 2 août, la ville sainte de Touba s’est transformée en un immense lieu de recueillement. Des millions de fidèles, venus des quatre coins du Sénégal et de la diaspora, ont convergé vers la capitale du mouridisme pour commémorer le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie mouride. Entre prières, récitations de khassaïdes, visites religieuses et repas de « berndé » offerts à tous, Touba a une nouvelle fois donné l’image d’une cité où spiritualité, solidarité et hospitalité se confondent. Les organisateurs tablaient sur une affluence de plus de six millions de pèlerins.
TOUBA (Envoyé spéciale) – Au lever du jour, les principales artères menant à la Grande Mosquée étaient déjà noires de monde. Hommes, femmes, personnes âgées et enfants avançaient lentement, Coran, « Khassaïde » ou chapelet à la main. Beaucoup avaient passé la nuit dans les résidences religieuses, les daara ou chez des familles d’accueil. D’autres arrivaient encore par vagues, à bord de cars, de véhicules particuliers ou à moto, dans un ballet ininterrompu.
Autour de la Grande Mosquée, les haut-parleurs diffusaient des versets coraniques et des « Khassaïdes » de Cheikh Ahmadou Bamba. Sous un soleil écrasant, les fidèles poursuivaient leur chemin avec calme et discipline. Certains se dirigeaient vers le mausolée du fondateur du mouridisme, d’autres vers les résidences des différents marabouts pour présenter leurs salutations et recevoir des prières. « Chaque Magal est un moment de renaissance spirituelle. Nous venons renouveler notre engagement envers les enseignements de Serigne Touba », confie Ibrahima Fall, venu de Kaolack avec toute sa famille.
Partout dans la ville, les concessions avaient ouvert leurs portes. De gigantesques marmites de riz, de viande et de sauce continuaient de mijoter. Les bénévoles servaient sans interruption des milliers de repas aux visiteurs. Personne ne repartait sans avoir été invité à partager un plat ou une boisson. « Ici, on ne demande ni le nom ni l’origine. Tout le monde mange. C’est l’esprit du Magal », explique un jeune Baye Fall occupé à distribuer des assiettes dans une grande tente dressée près de Dianatou.
Le Magal est également celui des retrouvailles. Des familles séparées par des centaines de kilomètres se retrouvaient autour d’un repas, tandis que des disciples venus de France, d’Italie, des États-Unis ou encore du de Côte d’Ivoire ou du Burkina Faso découvraient ou retrouvaient la ville sainte. Plusieurs visiteurs étrangers se sont dits impressionnés par l’accueil, la ferveur religieuse et l’organisation de cet immense rassemblement.
Malgré l’immense affluence, les forces de défense et de sécurité étaient omniprésentes. Gendarmes, policiers, sapeurs-pompiers, agents de santé, croix rouge et volontaires sillonnaient les rues afin d’assurer la sécurité, de fluidifier la circulation et de porter assistance aux pèlerins. Dans les quartiers périphériques comme dans le centre de Touba, l’activité économique battait également son plein. Les vendeurs de tapis de prière, de chapelets, de vêtements traditionnels, de dattes ou encore de livres religieux réalisaient d’importantes ventes. Les vendeurs d’eau et autres commerces improvisés ne désemplissaient pas.
Si l’organisation globale a été saluée par de nombreux fidèles, les difficultés liées à la circulation, à la forte chaleur et à l’approvisionnement en eau dans certains secteurs demeuraient parmi les principales préoccupations exprimées par les pèlerins et les responsables du comité d’organisation.
À mesure que la journée avançait, les récitations de « Khassaïdes » se multipliaient dans les maisons religieuses et les daara. Les fidèles poursuivaient leurs invocations, convaincus que cette journée du 18 Safar demeure un moment privilégié de gratitude envers Dieu et de commémoration de l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba, considéré par les mourides comme une épreuve spirituelle fondatrice.
Lorsque le soleil a commencé à décliner, Touba n’avait rien perdu de son intensité. Les rues restaient animées, les cuisines continuaient de servir les derniers visiteurs et les chants religieux résonnaient encore dans plusieurs quartiers. Une fois de plus, le Grand Magal aura confirmé sa dimension exceptionnelle, mêlant foi, partage et organisation collective, tout en faisant de la ville sainte le cœur battant du Sénégal le temps d’une journée.
Lamine DIEDHIOU

