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Mauvaise nouvelle pour Air Sénégal, Bpifrance veut récupérer deux avions de la compagnie

La banque publique d’investissement française a engagé une action devant la justice afin de mettre la main sur deux appareils dont elle a garanti le financement. Une décision qui fait suite à d’importants impayés d’Air Sénégal dont la situation financière est profondément dégradée.

La démarche, qui date de quelques semaines, n’a fait l’objet d’aucune communication officielle. Se tournant vers la justice française, Bpifrance a engagé une procédure pour reprendre possession de deux Airbus A330neo appartenant à Air Sénégal. Cette décision prise par l’institution bancaire répond à une accumulation de retards de paiement de la part de la compagnie aérienne sénégalaise, pour le compte de laquelle Bpifrance avait garanti le financement des deux appareils en 2020.

Acquis à travers un crédit-bail à l’exportation, les deux aéronefs sont exploités par Air Sénégal moyennant un loyer. Ils demeurent toutefois la propriété légale de leurs créanciers jusqu’à la fin de ce contrat et sont donc susceptibles d’être saisis si la compagnie n’honore pas ses engagements financiers. Or cela fait plusieurs mois que Bpifrance tente de sensibiliser celle-ci sur le non-respect des délais de paiement concernant ces appareils.

Selon le journal Africa intelligence  banque publique d’investissement tricolore avait dès janvier 2025 son partenaire sénégalais sur l’existence de 14 millions d’euros d’impayés liés à l’emploi des deux avions ainsi que deux ATR 72-600 volant également sous son pavillon. Contacté pour savoir si cette créance a depuis été soldée, Bpifrance a indiqué ne pas avoir de « nouveaux éléments à apporter » tout en renvoyant vers le ministère français de l’économie et des finances. Interrogé, ce dernier n’a pas donné suite à nos sollicitations.

De coûteuses locations d’appareils

Le cas est loin d’être sans précédent pour Air Sénégal. Réclamant 1,5 million d’euros d’arriérés à la compagnie pour la mise à disposition de deux Airbus A321, deux loueurs irlandais représentés par la société Carlyle Aviation sont parvenus à les faire immobiliser en juin au terme d’une passe d’armes musclée avec le personnel de l’aéroport international Blaise-Diagne de Dakar .

Si elle venait à aboutir, la procédure entamée par Bpifrance aurait toutefois des conséquences relativement limitées sur l’activité de la compagnie à court terme. Contrairement aux appareils saisis par Carlyle Aviation, les deux A330neo concernés ne sont actuellement pas opérationnels : l’un se trouve à Naples pour des travaux de maintenance, l’autre est bloqué à Dakar en raison de sanitaires défectueux.

Afin de pallier les carences causées par ces immobilisations, Air Sénégal multiplie les locations d’appareils par le biais de contrats ACMI (aircraft, crew, maintenance, insurance), une pratique s’avérant extrêmement coûteuse. Dans une tentative visant à alléger sa dette, évaluée à environ 150 millions d’euros, la compagnie a même récemment sous-traité une partie de son personnel, dont des pilotes, à Air Côte d’Ivoire, suscitant les critiques d’une partie de la classe politique.

Réchauffement diplomatique compromis

Parmi les principaux pourfendeurs d’Air Sénégal figure l’influent député de la majorité, Guy Marius Sagna, qui a émis de sérieux doutes quant à la viabilité de la compagnie lors d’une séance de questions au gouvernement sénégalais le 4 novembre. En pleine crise entre le président Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre Ousmane Sonko , sa démarche a en outre été interprétée comme un gage de soutien à ce dernier, dont il est proche. Le chef du gouvernement chercherait depuis plusieurs mois à évincer le directeur du pavillon national sénégalais, Tidiane Ndiaye, qui jouit de la confiance du président, afin de le remplacer par le patron de l’opérateur low cost Transair, Alioune Fall.

Malgré ces attaques, la compagnie conserve l’appui du sommet de l’État sénégalais. Le 17 novembre, le ministre des transports, Yankhoba Diémé, a ainsi annoncé l’achat de neuf 737 Max 8 au constructeur américain Boeing en marge du salon aéronautique de Dubaï, suscitant de nombreuses interrogations au regard de la situation financière délicate que traverse le pays depuis le gel de son programme avec le Fonds monétaire international .

Au-delà du futur d’Air Sénégal, la procédure engagée par Bpifrance, suivie de près par le ministre français de l’économie et des finances, Roland Lescure, risque de compromettre le rapprochement en cours entre les autorités françaises et sénégalaises. Après une rupture douloureuse dans le domaine militaire , les diplomaties des deux pays ont peu à peu renoué sur le plan économique et politique. Un réchauffement qu’est venue symboliser la visite de Bassirou Diomaye Faye à Paris en septembre 2025.