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RENCONTRE DIOMAYE-BPN DE PASTEF: Entre apaisement officiel et fractures internes, la tension persiste

La réunion entre le Président Diomaye Faye et le Bureau politique nationale (BPN) de Pastef, mardi soir, censée renforcer la cohésion du parti, a finalement révélé de profondes fissures. Entre les assurances d’unité portées par la porte-parole du gouvernement et les critiques virulentes de cadres qui dénoncent un manque de transparence, le parti au pouvoir apparaît traversé par des tensions grandissantes.

La réunion tenue mardi soir entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et le Bureau Politique National (BPN) de Pastef continue d’agiter les rangs du parti. Alors que la direction officielle tente de calmer le jeu en prônant l’unité, plusieurs voix internes dénoncent un manque de transparence et des manœuvres destinées à masquer des tensions bien plus profondes. Entre déclarations apaisantes et critiques acerbes, la séquence révèle une fracture grandissante au sein de la formation au pouvoir.

Une rencontre annoncée comme « fraternelle et constructive »

Selon le communiqué du BPN, publié ce 19 novembre, l’audience avec le Chef de l’État s’est déroulée dans un « climat fraternel et constructif ». Conduite par le Secrétaire général Ayib Daffé, la délégation affirme que les discussions ont porté sur la situation politique nationale, les orientations stratégiques du parti, le renforcement de la cohésion interne, la solidité du tandem Diomaye-Sonko, la poursuite des réformes prioritaires du nouveau pouvoir.

Le BPN assure qu’il poursuivra la mise en œuvre du plan d’actions adopté lors de sa réunion du 15 novembre, tout en réaffirmant son engagement à accompagner le Chef de l’État. Sauf que ce plan d’actions vise clairement à enterrer la coalition « Diomaye-Président », à laquelle le chef de l’État reste attaché, pour porter sur les fonts baptismaux – comme le souhaite Ousmane Sonko – une nouvelle coalition dénommée « APTE » (Alliance Patriotique pour le Travail et l’Éthique).

La porte-parole du gouvernement recadre : « Les artisans de la division sont en notre sein »

Face aux rumeurs et interprétations divergentes, la porte-parole adjointe de Pastef et porte-parole du gouvernement, Marie Rose Khady Fatou Faye, a tenu à rétablir sa version des faits. Pour elle, l’ambiance de la réunion du mardi soir a été « plus que cordiale » et les commentaires faisant état de divergences profondes relèvent d’« une malhonnêteté » visant à semer la zizanie. « Les manœuvres tendant à semer le doute au sein de l’opinion et à cultiver une division ne passeront pas. C’est malhonnête et indigne », s’est-elle fendu sur sa page Facebook, insistant sur l’unité indéfectible des deux figures centrales du parti.

« J’ai vu pour ma part deux grands hommes conscients des enjeux et résolument engagés à avancer ensemble pour la réussite du PROJET. Diomaye moy Sonko. Sonko moy Diomaye. Le PROJET et rien que le PROJET », partage-t-elle dans une sortie ferme qui vise, sommes toute, à désamorcer les interprétations qui circulent depuis l’audience.

Des militants sceptiques, entre suspicion et exigence de transparence

Sur les réseaux sociaux, plusieurs militants ont exprimé leur malaise. Selon eux, le huis clos entre le Président et les vingt membres du BPN aurait donné lieu à des échanges « sensibles » dont le contenu n’a pas été révélé. Certains réclament même la publication d’un compte rendu détaillé, estimant que le parti ne peut se permettre des secrets au moment où la trajectoire politique du PROJET est au centre de l’attention nationale. C’est une voix interne, et pas des moindres, qui a ouvert un front inattendu. Khadija Mahécor Diouf, membre du Cabinet du Président de Pastef, a qualifié le communiqué du BPN « d’affront ».

Dans un ton particulièrement sévère, elle accuse les responsables de manquer de courage et de lucidité politique. Elle charge le Bureau politique : « Votre communiqué est un affront. Vide, fade, sans courage, sans responsabilité. Vous appelez cela une position ? C’est une désertion ». Pour elle, la situation actuelle du pays exige clarté, fermeté et engagement total.

« La loyauté envers Ousmane Sonko, la dignité et la responsabilité face à l’Histoire ne sont pas des options. Elles obligent. Elles engagent. Elles exposent. Vous, vous avez choisi de vous cacher », accuse la maire de la commune de Golf-Sud, dont les propos ravivent les critiques déjà latentes autour de la gestion de la transition politique interne depuis l’accession de Diomaye Faye au pouvoir, notamment sur la place réelle de Sonko dans l’architecture décisionnelle.

Une fracture qui questionne la gouvernance interne du parti

Ces prises de position divergentes exposent une tension croissante. D’un côté, une direction officielle qui tient à consolider l’image d’un duo Diomaye-Sonko soudé et d’un parti aligné sur le PROJET. De l’autre, des cadres et militants qui redoutent une dilution de l’ADN du parti et réclament une ligne plus claire, plus assumée et plus fidèle à l’esprit de rupture porté par Sonko.

La rencontre, censée renforcer la cohésion, semble avoir mis en lumière une bataille plus large autour de la communication interne, de la transparence et des rapports d’autorité au sein de la formation.

La multiplication des prises de parole laisse entrevoir la nécessité pour la direction du parti de répondre aux interrogations et de clarifier les rôles et les orientations stratégiques. L’enjeu dépasse la simple gestion d’une réunion. Il s’agit pour Pastef de définir sa capacité à préserver son unité dans l’exercice du pouvoir, tout en répondant aux aspirations d’un militantisme exigeant.

Dans ce contexte, la séquence actuelle pourrait annoncer un débat interne plus profond, voire une redéfinition des équilibres entre le parti, le Président de la République et Ousmane Sonko, président de Pastef.

Lamine DIEDHIOU