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À LA DÉCOUVERTE DE LA REINE-MÈRE DE LA CASAMANCE NATURELLE: Apoye Etam, la figure féminine qui incarne le leadership traditionnel Joola

Figure emblématique de la région de Ziguinchor, Marie Rosalie Coly, présidente des « femmes du bois sacré » de Djibélor, porte le titre de reine-mère Apoye Etam, qui signifie en langue Joola « celle qui est sur la terre » ou « celle qui veille sur la terre ». Un titre puissant, associé à un rôle de gardienne, de protectrice et de médiatrice au cœur des traditions Joolas.

ZIGUINCHOR, Envoyée spéciale – Vêtue entièrement de noir, parée de perles multicolores et d’accessoires traditionnels, Apoye Etam s’est avancée gracieusement dans la cour de l’Alliance Française de Ziguinchor lors du vernissage photo marquant l’ouverture du ZIFFA, le premier Festival international du film et de l’animation de Ziguinchor. Son accoutrement, dominé par le noir, ne renvoie pas à un signe de deuil mais à une posture de gravité, de responsabilité spirituelle et de veille.

Une présence saisissante et un symbole vivant des traditions

Reine-mère de la Casamance naturelle, de Diogué à Silléti, jusqu’à Oumpack, elle était accompagnée de sa cour royale : Berthe Coly, chargée du mystique, Malang Diatta, son garde du corps, Maurice Cabo, chargé du protocole, Adja Charlotte Dior Gomis, responsable de la communication.Avant d’être intronisée, Marie Rosalie Coly fut enseignante, puis première femme assistante de la Croix-Rouge sénégalaise en Casamance, et enfin assistante sociale au lycée Djignabo. Dans sa communauté, à la cité Biagui, elle assure également des fonctions de sous-déléguée.Son intronisation fut faite par l’Abbé Diamacoune Senghor, figure historique du Mouvement des forces démocratique de Casamance (MFDC). À son décès, l’un de ses lieutenants, Edmond Bora, l’a à nouveau officialisée dans ses fonctions.

Gardienne du bois sacré et actrice de la paix

Apoye Etam préside les femmes du bois sacré de Gouloumbou à Diogué et de Silléti à Oumpack. Chaque mercredi après-midi, des femmes de Djibélor et des environs se recueillent chez elle. « Elle a reçu les dons de sa mère. Les gens viennent de partout demander prières et bénédictions. Elle détient des dons mystiques », confie Adja Dior Gomis.

Respectée pour son engagement en faveur de la paix en Casamance, elle incarne un leadership féminin puissant, fondé sur le savoir ancestral, la médiation communautaire et la préservation des valeurs traditionnelles.Son rôle n’est pas politique au sens institutionnel, mais relève du pouvoir coutumier. Elle veille à la préservation des traditions, intervient dans la résolution de conflits, accompagne les rites communautaires et protège la cohésion sociale.

À travers ses actions, elle rappelle un message central. « L’État du Sénégal doit davantage valoriser le culte des ancêtres et préserver nos acquis culturels », affirment les femmes du bois sacré.

Entre tradition et modernité : un équilibre fragile

La figure d’Apoye Etam illustre plusieurs réalités essentielles de la société casamançaise. La continuité entre ancien et nouveau : elle incarne le pont entre les savoirs ancestraux (bois sacré, rites, plantes, spiritualité) et les enjeux contemporains (identité, paix, cohésion sociale). Un leadership féminin central : les femmes du bois sacré ne sont pas des actrices passives.

Elles jouent un rôle actif dans la préservation de la communauté, la transmission des valeurs et la gestion des conflits.Une revendication culturelle forte : son existence rappelle la nécessité de mieux reconnaître et valoriser les traditions Joolas et casamançaises dans le patrimoine national.Quel avenir pour les institutions traditionnelles ?Dans un contexte marqué par l’urbanisation, la migration, l’évolution des mœurs et l’irruption du numérique, un défi se pose. C’est de avoir comment préserver l’essence des institutions traditionnelles, tout en les inscrivant dans une société en pleine transformation ?

Apoye Etam, par sa stature et son influence, offre une réponse. La tradition n’est pas figée, elle s’adapte, se réinvente et continue de jouer un rôle décisif dans la vie sociale et spirituelle des populations de Casamance.Le rôle de « reine-mère » dans le contexte casamançais n’étant pas nécessairement un monarque au sens occidental. C’est plutôt un titre honorifique-traditionnel, lié à des fonctions de gardienne de la tradition et de l’ordre.

Adama AIDARA