AFFAIRE DE LA PRÉSUMÉE SURFACTURATION DU RIZ PENDANT LE COVID-19: Le juge d’instruction prononce un non-lieu, le parquet fait appel
L’affaire de la présumée surfacturation du riz livré durant la pandémie de Covid-19 connaît un nouveau rebondissement. Le juge d’instruction a prononcé un non-lieu en faveur des principaux mis en cause, estimant le dossier vide. Mais le parquet a aussitôt interjeté appel, relançant un dossier aux forts relents politiques.Coup de théâtre dans le dossier de la présumée surfacturation du riz pendant la pandémie de Covid-19.
Le juge d’instruction du premier cabinet du Tribunal de Grande Instance de Dakar a rendu, le 31 octobre 2025, une ordonnance de non-lieu dans cette affaire qui avait défrayé la chronique. Selon le magistrat, les éléments recueillis ne justifient pas la tenue d’un procès, estimant le dossier « vide ».
Les principaux mis en cause blanchis
Cette décision lave de tout soupçon les importateurs Rayan Hachem, Moustapha Ndiaye et Mohamed Dieng, ainsi que Aliou Sow, ancien Directeur de l’administration et de l’équipement (DAGE) du ministère du Développement communautaire, alors dirigé par Mansour Faye.Le non-lieu signifie qu’aucune charge ne peut être retenue contre eux. Le document officiel a été notifié à Me Abdoul Birane Wane, avocat des trois importateurs de riz, confirmant ainsi la clôture de l’instruction sans renvoi devant le tribunal correctionnel.
Le parquet interjette appelMais cette décision ne marque pas la fin du feuilleton judiciaire. En effet, le Procureur de la République a immédiatement interjeté appel de l’ordonnance du juge, relançant ainsi la procédure. Le ministère public conteste la conclusion du magistrat instructeur et souhaite que l’affaire soit réexaminée par la Chambre d’accusation.
Le dossier porte sur des soupçons de complicité de détournement de deniers publics et de faux en écriture de commerce et en écriture privée.Un dossier né pendant la crise sanitaireLes faits remontent à 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19, lorsque l’État avait passé une commande de 30 000 tonnes de riz, évaluée à environ 2,749 milliards FCFA, pour les besoins du programme d’aide alimentaire aux populations vulnérables.
Cette opération avait suscité de vives critiques dans l’opinion, plusieurs observateurs évoquant une surfacturation et un manque de transparence dans le processus d’acquisition, bien qu’il y ait eu appel d’offres. Certains avaient mis en avant des écarts importants entre les prix d’achat et les prix du marché. Mais les mis en cause ont toujours fait prévaloir qu’en raison du contexte de crise sanitaire, les prix avaient flambé sur les marches internationaux.
Mansour Faye devant la Haute Cour de justice
L’ancien ministre du Développement communautaire, Mansour Faye, par ailleurs maire de Saint-Louis, a été entendu par la Commission d’instruction de la Haute Cour de justice. Il a nié toute surfacturation et produit des éléments de preuve à l’appui de sa défense, affirmant que les prix appliqués correspondaient aux conditions de marché exceptionnelles en période de crise mondiale.
Malgré tout, il a été placé en détention en mai 2025, avant finalement de bénéficié d’une liberté conditionnelle le 25 septembre dernier. Compte tenu de la tournure du dossier, il devrait aussi bénéficier prochainement d’un non-lieu. C’est du moins ce que réclament ses avocats.
Un dossier à forte portée politiqueL’ordonnance de non-lieu du juge, tout en constituant un soulagement pour les mis en cause, n’éteint pas la dimension politique de cette affaire. L’appel du parquet relance un dossier aux ramifications complexes, mêlant enjeux économiques, politiques et judiciaires. L’opinion publique reste suspendue à l’évolution de cette procédure emblématique de la gestion des fonds d’urgence pendant la pandémie.
Mariem DIA

