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EFFETS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE: Une hausse inquiétante des températures attendue au Sénégal à l’horizon 2050

Face à la montée des températures et à la hausse du niveau de la mer, le Sénégal se prépare à affronter un avenir climatique préoccupant. D’ici 2050, le pays pourrait connaître une hausse moyenne de 2,4 à 5 °C, des inondations accrues et une forte pression sur ses ressources naturelles, selon la Contribution Déterminée au Niveau National révisée.

La chaleur qui sévit actuellement au Sénégal n’est qu’un avant-goût d’un avenir encore plus brûlant. Selon la Contribution Déterminée au Niveau National (CDN) révisée, présentée lors de la première édition des Journées Climat et Développement clôturée à Diamniadio, la semaine dernière, le pays connaîtra une hausse significative des températures d’ici 2050.

« En 2050, on s’attend à un pays un peu plus chaud, avec des hausses de température prévues entre 2,4°C et 5°C. Ce qui sera particulièrement dangereux pour les régions de l’Est et du Sud, déjà très chaudes », a révélé Dr Arame Tall, spécialiste principale de l’environnement à la Banque mondiale.

Des côtes de plus en plus menacées

Outre la chaleur, les côtes sénégalaises seront durement touchées. Le rapport alerte sur une élévation continue du niveau de la mer, avec un recul du trait de côte estimé entre 1,5 m et 2 m par an. « Vous imaginez ce que cela représente pour des zones côtières déjà fragilisées », a prévenu Dr Tall.

D’ici 2050, près de 75% du littoral, de Saint-Louis à Cap-Skirring, seraient menacés par l’avancée de la mer, entraînant inondations, intrusions salines et pertes de terres agricoles. Ces phénomènes risquent d’isoler certaines communautés dont les voies d’accès sont déjà endommagées.

Selon la CDN révisée, le Sénégal pourrait enregistrer une hausse de plus de 50% de ses émissions nationales de gaz à effet de serre d’ici 2050. Cette augmentation, combinée à la montée des eaux, accentuera la vulnérabilité des zones côtières et urbaines.

Dakar exposée aux inondations et à la surchauffe urbaine

La capitale sénégalaise ne sera pas épargnée. Le rapport indique qu’à Dakar, 20 à 30% de la population sera exposée à des inondations récurrentes, entraînant des dommages économiques dépassant les 30%.Avec une urbanisation estimée à 65% en 2050, les villes sénégalaises devront faire face à des risques accrus d’inondations urbaines, à une dégradation de la santé publique due aux chaleurs extrêmes et à la pollution, et à une perte de compétitivité économique.

« Les inondations que nous observons déjà chaque année seront plus intenses, aggravant la pauvreté et les inégalités », souligne le rapport.Des secteurs productifs fragilisésLes effets du changement climatique toucheront également les systèmes de production. La production agricole pourrait chuter de 17%, avec une baisse moyenne des revenus des ménages de 8% dans les cinq prochaines années.

Dans le secteur de la pêche, le potentiel de capture des ressources halieutiques pourrait diminuer de 17 à 19% d’ici 2050. Pour l’eau, le pays, déjà soumis à un stress hydrique sévère, verrait les prélèvements d’eau augmenter de 30 à 60% d’ici 2035, selon Dr Tall.

Enfin, le rapport met en garde contre une augmentation des maladies vectorielles sensibles au climat, telles que le paludisme et la dengue, conséquence directe des conditions environnementales dégradées.

Le Sénégal fait face à un avenir climatique préoccupant, où la chaleur, les inondations, la montée des eaux et la dégradation des ressources naturelles menacent simultanément la sécurité alimentaire, la santé publique et le développement économique.Plus que jamais, le pays devra renforcer ses politiques d’adaptation et de résilience pour éviter que les prévisions de 2050 ne deviennent une réalité inévitable.

Mamadou L. CAMARA