AFFAIRE ELLIPSE PROJECT:Le Cour d’appel de Versailles examine ce mardi la demande d’extradition de Madiambal Diagne
La Cour d’appel de Versailles de Paris (France) tient ce mardi une audience cruciale sur la demande d’extradition visant le journaliste et homme d’affaires sénégalais Madiambal Diagne, fondateur du groupe Avenir Communication et ancien directeur du quotidien Le Quotidien. Le Sénégal réclame son retour à Dakar dans le cadre d’une enquête ouverte pour des faits présumés de détournement de fonds publics et de blanchiment d’argent, portant, selon certaines sources, sur des flux financiers évalués à d’un milliards de francs CFA dans l’affaire Ellipse Project.
Tout est parti d’un mandat d’arrêt international émis le 26 septembre 2025 par le doyen des juges d’instruction du pôle judiciaire financier de Dakar. Les autorités sénégalaises reprochent à Madiambal Diagne une série d’opérations financières jugées « suspectes » survenues dans le cadre du partenariat entre sa société immobilière et l’entreprise Ellipse Project.
Le journaliste a quitté discrètement le territoire, malgré une interdiction de sortie, transitant par la Gambie et Casablanca avant de rejoindre la France. Il a depuis été interpellé dans les Yvelines et placé sous contrôle judiciaire en attendant l’examen de la demande d’extradition.Initialement prévue le 28 octobre, l’audience devant la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Versailles a été reportée au 4 novembre, à la demande de ses avocats français.
Ces derniers avaient invoqué la nécessité de « préparer une défense complète face à une procédure entachée d’irrégularités ».L’intéressé, pour sa part, dénonce « une cabale politique » visant à « faire taire un journaliste indépendant ». Ses conseils ont également saisi Interpol pour demander la suppression de la notice rouge validant le mandat international sénégalais.
La défense de M. Diagne soutient que la procédure est motivée par des considérations politiques, rappelant son opposition au régime Pastef et ses prises de position critiques vis-à-vis des actuelles autorités, en particulier le Premier ministre, Ousmane Sonko.De leur côté, les autorités affirment que la démarche relève du droit commun et s’inscrit dans la volonté du gouvernement de renforcer la lutte contre la délinquance financière et la transparence dans les médias.
L’affaire suscite de vifs débats et ravive les interrogations sur l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et l’usage des instruments judiciaires dans un contexte politique tendu.
La Cour d’appel de Versailles devra déterminer si la demande d’extradition répond aux critères exigés par la loi française : double incrimination, respect des droits fondamentaux et garanties procédurales offertes par l’État requérant. En cas de validation, la décision finale reviendra au gouvernement français, seul habilité à autoriser la remise d’un ressortissant étranger.
Mais si la Cour estime la demande insuffisamment fondée, Madiambal Diagne pourrait rester libre en France, tout en demeurant sous le coup de la notice d’Interpol. L’audience de ce mardi s’annonce donc décisive pour l’un des dossiers les plus sensibles de la coopération judiciaire entre Dakar et Paris.
Mariem DIA

