FEUILLETON JUDICIAIRE: Madiambal Diagne solde ses comptes avec les autorités sénégalaises
Le journaliste et homme d’affaires Madiambal Diagne, visé par un mandat d’arrêt international, a refait surface à travers un entretien téléphonique explosif accordé à Babacar Fall dans l’émission RFM Matin, ce mercredi 29 octobre.
Le patron du Groupe Avenir Communication accuse les autorités sénégalaises, en particulier le Premier ministre Ousmane Sonko, de vouloir le « réduire au silence ». Il menace, en retour, de divulguer des informations sensibles susceptibles, selon lui, de plonger le pays dans une grave crise politico-sociale.Installé à Paris, Madiambal Diagne est revenu sur les circonstances de son départ du Sénégal et sur son audition par la justice française. « Je suis venu en France pour bien me préparer et retourner au pays pour faire face à la justice sénégalaise.
Une fois arrivée, j’ai été mis à la disposition de la justice française le 31 septembre. Mes avocats ont saisi la cour d’appel de Paris sur le fait que je suis visé par un mandat d’arrêt international. Le 10 octobre, même mon adresse à Paris a été communiquée pour prouver que je ne suis pas venu à Paris pour prendre la fuite, comme l’ont interprété certains », a-t-il expliqué.
« Je ne suis pas venu à Paris pour fuir la justice »Selon lui, les forces de l’ordre françaises avaient prévu une descente domiciliaire. « Ils m’ont appelé et averti, alors qu’ils en avaient le droit. Ils se sont limités à m’attendre dans la rue avant de me conduire chez le procureur général de Paris. Là-bas, il m’a notifié que le Sénégal avait besoin de moi et m’a demandé si j’étais prêt à y aller. Je m’y suis opposé, car je veux un procès juste et équitable », a ajouté Madiambal Diagne qui a indiqué qu’il n’a pas eu à verser de caution, car la justice française lui a simplement imposé un contrôle judiciaire.
Il précise : « Il a été convenu que je me présente le 4 novembre pour la poursuite des enquêtes me concernant. Mon dossier et mes réponses sont prêts et remis à mes avocats. Les autorités sénégalaises n’ont qu’un seul objectif : me liquider, et non établir des preuves claires. C’est un dossier purement politique. Tous ces faits sont purement politiques. C’est une guerre menée contre moi par les autorités sénégalaises. Je ne serai jamais leur victime politique. Mon seul souhait est d’avoir un procès juste et équitable ».
« On veut ma tête »L’ancien directeur du journal « Le Quotidien » estime que son affaire est instrumentalisée à des fins politiques. « On veut ma tête, on veut la tête de Madiambal. C’est pourquoi on fabrique un dossier comme tel. Ousmane Sonko avait dit qu’il allait effacer ses adversaires politiques. J’avais voulu un mandat de député, et les gens m’écoutaient sur la scène politique. Son combat était donc de m’éliminer comme tout autre adversaire politique. Je ne l’accepterai pas », a martelé M. Diagne.Le journaliste affirme détenir des informations sensibles.
« Certes, j’ai tous ces dossiers, mais si je devais divulguer des choses sur lui, ce serait autre chose que ces affaires », a-t-il averti, ajoutant avoir fait preuve de retenue et avoir confié au Général Birame Diop, ministre des Forces armées un dossier de sécurité nationale à remettre au président de la République.
« Je lui ai dit que je n’étais pas sur cette lancée, ou du moins que ce n’était pas le moment. Si je devais rendre des dossiers sensibles publics, ce serait le jour où je n’aurais plus d’autres choix », a-t-il précisé, en détaillant les circonstances dans lesquelles il a contacté le ministre des Forces armées alors qu’il avait fini de rallier la France dans les conditions rocambolesques que l’on sait.
« Je l’ai averti que s’ils veulent la guerre, ils l’auront. Car, ils l’ont déclarée. Je lui ai dit que je détenais un document de haute sécurité nationale que je compte lui transmettre afin qu’il le remette au président Bassirou Diomaye Faye. Ils verront alors pourquoi Ousmane Sonko ne peut être Premier ministre, vu la gravité de ce document, qui relève de la sécurité nationale », a-t-il insisté, précisant avoir autorisé le Général Diop à partager ce document avec toute personne de confiance, notamment le ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé.
Le volet Ellipse Projects
Abordant le dossier Ellipse Projects, Madiambal Diagne est revenu sur l’attribution sans appel d’offres d’un marché public de 250 milliards de FCFA à cette société française pour la construction de palais de justice et d’infrastructures pénitentiaires. « Me Ciré Clédor Ly, l’avocat d’Ousmane Sonko, a aussi été l’avocat d’Ellipse Projects après l’accession du Pastef au pouvoir. Il a tenté d’antidater le contrat pour leurrer les gens. Mais j’avais déjà le premier contrat. C’est lui-même qui a présenté Olivier Picard, le patron d’Ellipse Projects, à Ousmane Sonko », a accusé Madiambal.Il ajoute : « Avant que le gouvernement n’ouvre les hostilités contre moi, Me Ciré Clédor Ly s’est rendu en France pour dire à Ellipse Projects : ‘Vous n’intéressez pas le gouvernement du Sénégal. Celui qui l’intéresse, c’est Madiambal Diagne, parce qu’il avait une relation avec Macky Sall’ ».
Ce feuilleton judiciaire a pris une tournure très politique. Avant son entretien avec Babacar Fall sur RFM Matin, hier, Madiambal Diagne avait également été reçu par Maïmouna Ndour Faye sur la 7TV. Mais l’émission, diffusée en duplex depuis Paris, a été brutalement interrompue par la gendarmerie, mardi soir, avant que la journaliste ne soit interpellée et placée en garde à vue.
Si Babacar Fall, arrêté mercredi matin par la police, a finalement été libéré en début de soirée, ce n’est pas encore le cas de Maïmouna Ndour Faye, toujours retenue par les gendarmes de la brigade de Ouakam.
Mariem DIA

