NEW YORK-KIGALI- NAIROBI: Dr Abdourahmane Diouf décrypte « les fagots d’un périple présidentiel »
De New York à Kigali, en passant par Nairobi, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, livre une réflexion dense et inspirée sur le périple diplomatique du président Bassirou Diomaye Faye. Entre plaidoyer multilatéral, urgence climatique, mémoire africaine et révolution numérique, il déroule une tribune à la fois analytique et introspective, retraçant « un itinéraire au service du pays » et incarnant une diplomatie sénégalaise nouvelle : pragmatique, ouverte et consciente de ses responsabilités continentales.
Sous « les effluves d’un été finissant », le Président Bassirou Diomaye Faye a conduit une série de déplacements diplomatiques qui marquent un tournant dans la projection internationale du Sénégal.Comme le rappelle Dr Abdourahmane Diouf, « le parcours a été inspirant. Des rencontres ont été organisées, des audiences accordées, des discours prononcés, des messages distillés… Le tout autour du primat d’un pragmatisme acéré, au service de la diplomatie du Sénégal ».L’esprit du voyage, selon le ministre, se résume en une ambition claire : « vendre le label Sénégal, revisiter les tréfonds de nos mémoires, défier le déterminisme technologique, rappeler nos responsabilités face aux urgences climatiques et redéfinir, à l’aune des intérêts de l’Afrique, un multilatéralisme au service de la paix. »
Le souffle d’un leadership nouveau
Le Sénégal se positionne aujourd’hui comme un acteur crédible du multilatéralisme africain. Dr Diouf le formule sans détour. « Que ce soit sur le continent africain ou à l’échelle mondiale, l’option du multilatéralisme est assumée. Les grands défis mondiaux comme la crise sécuritaire au Moyen-Orient, l’instabilité à Haïti, les violences au Soudan du Sud ou le jihadisme dans le Sahel sont soulevés sans agenda lié, à la propre discrétion de la diplomatie sénégalaise, avec des propositions crédibles qui placent le Sénégal sur la carte du monde », mentionne-t-il.La réaffirmation de la solution à deux États entre Israël et la Palestine à l’Assemblée générale de l’ONU illustre cette constance.
« Nous défendons les principes de justice quel que soit le bord. Nous tenons à la dignité des États et du peuple palestinien… Nous parlons à tout le monde pour que la paix règne dans le monde », relaye-t-il le propos du président Bassirou Diomaye Faye.
Pour le ministre, cette position n’est pas seulement morale, elle s’inscrit dans une vision de réforme de la gouvernance mondiale. « La demande d’une meilleure place de l’Afrique au Conseil de sécurité n’est pas une simple coquetterie diplomatique… L’Afrique ne quémande pas des places indues. Elle travaille à se faire sa place, en enjambant les injustices coloniales et en demandant une redistribution des cartes », souligne Dr Diouf.
Climat : la diplomatie environnementale en action
L’autre grand axe de ce périple présidentiel réside dans la lutte contre le changement climatique. Dr Diouf insiste sur le fait que « la prise en charge de nos urgences climatiques n’est pas une simple option. C’est une obligation. Elle s’inscrit dans l’agenda multilatéral avec l’ambition d’arriver à des solutions globales qui nous protègent et nous projettent vers la durabilité recherchée ».
Le ministre évoque la mise en place de l’Initiative IDRA (avec l’Espagne) contre la désertification, ainsi que le plaidoyer du Sénégal pour le Fonds Pertes et Dommages. « Nos côtes et nos plages se rétrécissent, le plus souvent sans espoir de rémission. Le réchauffement climatique nous impose sa violence et son acuité et nous condamne à des drames humains à chaque fois que nous avons rendez-vous avec les forces de la nature », releve-t-il.
Le Sénégal a obtenu la confiance de la communauté internationale, ajoute le ministre. « Notre pays organisera en 2027 le premier Congrès mondial sur les aires marines protégées (IMPAC6). Ce sera la première fois qu’un pays africain accueille un évènement de cette ampleur. Une telle confiance se mérite », rappelle le ministre en appelle aussi à un équilibre entre développement et conservation : « Il nous faudra trouver un équilibre entre l’exploitation et la conservation, entre les exigences économiques modernes et la responsabilité de laisser un monde meilleur à nos enfants ».
Irembo et Diamniadio : les deux pôles du sursaut numérique africain
Au Rwanda, la délégation sénégalaise a pu s’inspirer de l’exemple d’Irembo, symbole d’un État digitalisé et efficace, selon le ministre. Et Dr Diouf en tire une leçon. A savoir qu’« Irembo sonne comme une quête de sens aboutie… C’est un État qui se déleste de quelques prérogatives de puissance publique pour faire de l’espace à son secteur privé ».
Le Sénégal, avec son New Deal technologique, se veut dans la même dynamique. « Notre approche est bien conçue, bien déclinée, bien assumée. Elle s’appuie sur nos talents avérés, dépouillés de tout biais cognitif hérité d’un passé récent très peu glorieux », dit-il, ajoutant, avec une conviction générationnelle, que « notre jeunesse sera décisive pour nous positionner au rang des meilleurs.
Elle ne sera pas seulement bénéficiaire de notre politique numérique, elle en sera le principal partenaire ».Un sursaut mémoriel pour un universalisme réparéIl constate que la tournée présidentielle a également été marquée par un itinéraire de mémoire. De « l’African Burial Ground de New York au Mémorial du génocide à Kigali », en passant par la remise du Livre blanc sur le massacre de Thiaroye, le Sénégal a posé des gestes forts.
« Notre nette volonté d’un postmodernisme qui serait de bon aloi, ne pourra nous déraciser au point d’oublier nos morts et nos héros… Thiaroye nous enseigne la dignité dans la revendication de ses droits. Kigali, c’est surtout une ode au pardon et à la repentance. C’est la capacité à se transcender pour ne pas se venger », assène-t-il notant que ce dialogue entre mémoire et humanité s’inscrit dans la volonté du gouvernement de « réhumaniser la politique et d’assumer notre part d’histoire, sans haine ni oubli ».
Invest in Senegal et diplomatie sportive : la fierté du pays
En marge du périple, Dr Diouf revient sur la réussite du Forum Invest in Senegal, organisé par l’APIX. « Notre pays a des atouts sûrs. Il attire et devra continuer à attirer des investissements utiles à l’amélioration de nos conditions de vie », poursuit le ministre qui salue la coopération économique Sud-Sud, entre le Sénégal et le Rwanda, qu’il qualifie de « concurrence complémentaire ».
Sur le plan sportif, il évoque la diplomatie géosportive. « Nos deux pays se projettent dans l’une des plus grandes fêtes sportives de la jeunesse mondiale qui se tiendra au Sénégal, à travers les JOJ. C’est Dakar qui va accueillir. Et c’est l’Afrique qui va célébrer », explique Dr El Hadji Abdourahmane Diouf.
Diaspora, justice et réconciliation nationale
Enfin, Dr Diouf consacre une part essentielle de son texte à la diaspora sénégalaise. « Notre diaspora a une force de frappe incommensurable. Elle se déploie par le talent, par le social, par l’économie… Où que vous soyez, rapprochez-vous de notre pays ! », plaide-t-il en réaffirmant la philosophie présidentielle : « Nous ne dirigeons pas une partie des Sénégalais, encore moins une partie du territoire. Nous exerçons nos prérogatives sans parti pris, sans discrimination, sans œillères, et sans autres injonctions que les prescriptions républicaines ».
Et il conclut sur un appel vibrant. « Après les expats, c’est le temps des repats. Si les conditions vous le permettent, rentrez au pays, pour que nous continuions à bâtir ensemble notre si belle nation », lance-t-il.
De New York à Kigali, en passant par Nairobi, le Sénégal trace une nouvelle voie : celle d’une diplomatie d’équilibre, de mémoire et de progrès, portée par une vision panafricaine assumée. Un voyage que le ministre résume en une phrase : « Pour que demain soit meilleur ».
Abdoulaye DIAO

