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ABOU NDIAYE, AMI ET COEQUIPIER DE CHEIKH TOURÉ: « Je devais partir avec Cheikh… On s’entraînait ensemble, mais je suis tombé malade »

Le drame du jeune gardien sénégalais Cheikh Touré, tué au Ghana après avoir été piégé par de faux agents de joueurs, continue de hanter ses proches. Son ami et frère de cœur, Abou Ndiaye, revient sur cette tragédie et livre un témoignage bouleversant, entre amitié, rêve brisé et désillusion sur les dérives du football sénégalais.

L’affaire Cheikh Touré, ce jeune gardien sénégalais assassiné au Ghana après avoir été victime d’un réseau d’escroquerie se faisant passer pour des agents de joueurs, continue de bouleverser le monde du football. Alors que son ami Bamba est toujours porté disparu, certains internautes vont jusqu’à l’accuser d’avoir « sacrifié » son compagnon.

Une version que rejette fermement Abou Ndiaye, frère de Bamba, qui apporte son témoignage poignant.« Cheikh et Bamba sont des amis. Il venait souvent chez nous. Quant à Momo, je peux dire que c’était mon jumeau, parce qu’on était ensemble tout le temps. On ne se séparait que pour dormir », confie Abou Ndiaye à Senenews.com.

Selon lui, les trois jeunes partageaient le même rêve : devenir footballeurs professionnels. « On rêvait tous de signer un jour dans un club pro. Momo, Bamba et moi avons abandonné les études pour nous consacrer au football », raconte-t-il avec émotion.

Des formulaires pour un faux espoir

Abou explique que tout a commencé avec un soi-disant formulaire de recrutement. « On devait remplir un dossier avec nos informations : passeport, extrait de naissance, numéro de téléphone, deux photos sur le terrain et les coordonnées de proches à contacter. Après ça, des prétendus agents nous appelaient pour fixer un rendez-vous. C’est ainsi que Bamba et les autres sont partis », révélé-t-il.

L’intermédiaire, un certain Alou, aurait mis les jeunes en contact avec des « coachs » censés leur ouvrir la voie vers le professionnalisme. « Je devais moi aussi partir avec Cheikh Touré. On s’entraînait ensemble, mais je suis tombé malade juste avant le départ. Avant sa mort, on parlait encore de nos projets, de ce qu’on voulait réaliser pour nos familles », confie Abou, d’une voix étreinte par l’émotion.

« Ce n’est pas un sacrifice, c’est un drame »Face aux rumeurs de « sacrifice » Abou Ndiaye se veut clair. « Ce n’est pas un sacrifice. Bamba ne me sacrifierait pas, moi son frère. Nous sommes des amis très proches. Les gens parlent sans savoir », dit-il.

Il ajoute qu’il n’a plus de nouvelles directes de son frère, car les jeunes n’ont plus accès à leurs téléphones.« Être footballeur au Sénégal, c’est très difficile. Certains centres de formation exploitent les jeunes. Alors, dès qu’on entend parler d’une opportunité, on fonce. C’est comme ça que beaucoup tombent dans les pièges de ces arnaqueurs ».

Un rêve brisé, une amitié éternelle

Aujourd’hui détecté par un club de 3ᵉ division au Sénégal, Abou Ndiaye continue de poursuivre son rêve, malgré les conditions précaires.

« On doit tout payer nous-mêmes. Mais on garde l’espoir. Quand j’ai appris la mort de Cheikh, j’ai immédiatement pensé à sa mère. Il était enfant unique. Il était plus généreux et plus sociable que moi. C’était une belle personne. On devait partir ensemble… Peut-être même mourir ensemble », ajoute-t-il.

Un témoignage bouleversant, à l’image d’une jeunesse sénégalaise passionnée de football, mais souvent livrée aux illusions tragiques de la migration sportive.

Fatou DIOUF