NDIAMÉ SAMBE, PRÉCURSEUR DE L’AQUAGYM AU SÉNÉGAL: « 55% des pratiquants sont envoyés par des médecins »
Ménager et spécialiste en sport-santé, Ndiame Sambe, fondateur du centre d’aquagym « Les Dauphins de Ngor », accueille chaque jour des centaines de pratiquants venus chercher bien-être et rééducation. Plus de la moitié d’entre eux le font sur recommandation médicale. Rencontre avec le pionnier de cette discipline au Sénégal.
Vous êtes présenté comme le précurseur de l’aquagym au Sénégal. D’où vous est venue cette idée ?
L’inspiration m’est venue de la France. Comme je l’ai souvent rappelé, je suis sapeur-pompier de formation. J’ai effectué plusieurs stages à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris dans les années 1986. Là-bas, nous travaillions avec différents publics : jeunes, seniors et personnes âgées. C’est durant ces formations que j’ai décidé de m’intéresser particulièrement aux seniors. En observant la solitude et la souffrance de nombreuses personnes âgées au Sénégal, souvent hospitalisées et sans moyens, je me suis dit qu’il fallait proposer une solution accessible à tous. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer la première structure d’aquagym du pays.
Depuis quand pratiquez-vous l’aquagym ?
J’ai commencé en 1986, mais l’activité n’a été officialisée qu’en 2013, après ma retraite. Avant cela, je l’exerçais discrètement, notamment avec des sous-officiers parfois malades. Comme j’étais encore fonctionnaire, je n’avais pas le droit de l’ouvrir au public. Après ma retraite, j’ai décidé de continuer à servir le Sénégal à travers l’aquagym.
Comment le public a-t-il accueilli cette pratique ?
Au départ, ils étaient peu nombreux. J’avais repéré une dizaine de personnes âgées faisant du sport sur la plage de Ngor. Je les ai approchées pour leur proposer d’essayer autre chose : des exercices dans l’eau, avec du matériel comme les « frites » de natation. Peu à peu, le cercle s’est agrandi. Les touristes ont été les premiers à s’y intéresser, puis les Dakarois ont suivi. Aujourd’hui, je compte près de 3 300 adhérents, dont 250 à 350 pratiquants chaque jour, surtout les week-ends. Les gens viennent surtout parce qu’ils voient les résultats. Beaucoup de ceux qui ne pouvaient plus marcher retrouvent leur mobilité après quelques séances. Et désormais, environ 55% de mes pratiquants viennent sur recommandation médicale.
Justement, comment s’est développée la collaboration avec les médecins ?
Au début, les médecins disaient simplement à leurs patients : « Faites de la natation ». Aujourd’hui, ils précisent : « Faites de l’aquagym ». Cela montre que la discipline est mieux comprise. Je travaille désormais avec plusieurs structures hospitalières : l’Hôpital militaire de Ouakam, l’Hôpital Fann, l’Hôpital Principal et le Centre national d’appareillage orthopédique (CNAO) de Fann. Les médecins de ces établissements m’envoient régulièrement leurs patients, souvent avec une ordonnance. Cette reconnaissance médicale est une grande fierté pour moi. Le pari de faire connaître l’aquagym au grand public et au corps médical est en train d’être gagné.
Votre initiative a aussi permis à certaines personnes de surmonter des barrières culturelles.
Exactement. Il fallait d’abord adapter la pratique à notre contexte culturel. Beaucoup de femmes, notamment âgées, ne se sentaient pas à l’aise dans un maillot de bain. J’ai donc introduit les tenues « burkinis », inspirées des piscines arabes, qui couvrent tout le corps. Grâce à cela, de nombreuses mères, mais aussi des imams et des personnes âgées, se sont mises à pratiquer. Aujourd’hui, à côté des malades, environ 45% des pratiquants viennent simplement pour la mise en forme.Les centres d’aquagym se multiplient à Dakar.
Quel regard portez-vous sur ce développement ?
C’est une bonne chose que la pratique se répande, mais il faut de la rigueur. À Dakar, il existe des centres à Ouakam, Terrou-Bi, Pont Bou Bess, Rufisque, ou encore dans certaines piscines privées. Mais attention : l’aquagym est un métier qui s’apprend. Il ne s’agit pas seulement de bouger dans l’eau. Il faut connaître l’anatomie, les pathologies, les contre-indications, et savoir adapter les exercices selon la prescription médicale. Certains se lancent sans formation, et c’est dangereux. Il m’arrive d’avoir le cœur serré en voyant des séances improvisées avec des personnes âgées. Ce n’est pas de l’aquagym, c’est du bricolage. Pour ma part, je continue chaque année à me perfectionner à Marseille et à Toulon, afin de renouveler mes connaissances.
En quelques mots, que représente pour vous l’aquagym ?
C’est plus qu’un sport, c’est une thérapie de vie. Elle redonne espoir, mobilité et confiance à ceux qui avaient perdu l’usage de leur corps. Et c’est pour cela que je continuerai à la promouvoir, au service de la santé des Sénégalais.
Mamadou Lamine CAMARA

