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FIÈVRE DE LA VALLÉE DU RIFT AU SÉNÉGAL: Un taux de létalité alarmant de 13% avec déjà 19 morts sur 147 cas

La fièvre de la Vallée du Rift (FVR) prend une tournure inquiétante au Sénégal. Quatre régions sont désormais touchées, avec 147 cas confirmés pour un total de 19 décès, soit un taux de létalité alarmant de 13%, bien supérieur à la moyenne habituelle. Les autorités sanitaires et vétérinaires renforcent la riposte face à une épidémie aux multiples inconnues.

La Fièvre de la Vallée du Rift (FVR) continue de se propager au Sénégal, où plus d’une centaine de cas confirmés et un nombre élevé de décès ont déjà été enregistrés. Quatre régions sont actuellement touchées, avec un taux de létalité estimé à 13%, un niveau particulièrement inquiétant.Selon le Dr Boly Diop, chef de la Division de la surveillance épidémiologique à la Direction de la Prévention du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, la situation est préoccupante. Joint par téléphone, il a rappelé que la FVR est une zoonose, c’est-à-dire une maladie transmissible de l’animal à l’homme, ce qui complique considérablement la lutte.

« Nous essayons, comme pour toute épidémie, d’anticiper plutôt que de courir derrière le virus », rassure le Dr Diop qui souligne que la grande nouveauté de cette épidémie réside dans sa létalité. Habituellement, la FVR présente un taux de mortalité d’environ 1%, mais cette année, il atteint 13%, un niveau exceptionnellement élevé, puisque 19 décès sont déjà recensés sur un total de 147 cas pour 115 guérisons.

« Cette maladie n’est pas nouvelle au Sénégal, où elle est endémique et partagée avec la Mauritanie. Mais la particularité cette année, c’est la sévérité de la maladie », précise-t-il du reste.Une situation épidémiologique critiquePlusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette hausse du taux de décès. Première hypothèse, c’est une possible mutation du virus. Des analyses de laboratoire sont en cours pour le confirmer. Deuxième hypothèse, c’est un retard de prise en charge. Certains malades tardent à se présenter dans les structures sanitaires, ce qui favorise les complications. Troisième hypothèse, c’est des difficultés de prise en charge des formes graves dans certaines structures de santé.Le Dr Diop indique également que la FVR enseigne à chaque épisode de nouveaux aspects.

« À Saint-Louis, le vecteur identifié était le moustique Culex, tandis qu’à Louga, un autre type de moustique semble impliqué. Nous observons une transformation vectorielle qui modifie les modes de transmission », révèle-t-il.L’automédication, un danger mortelL’épidémiologiste met en garde contre l’automédication, qui aggrave le tableau clinique. « Nous demandons aux populations de dormir sous moustiquaires imprégnées, de consulter en cas de fièvre, de fatigue ou de courbatures, et surtout d’éviter les anti-inflammatoires. Ces médicaments peuvent aggraver les fièvres hémorragiques et provoquer des saignements », avertit-il.Il rappelle que toutes les maladies fébriles se ressemblent durant la première semaine, et seul un test de laboratoire peut confirmer le diagnostic.

Beaucoup de décès recensés concernent des personnes ayant eu recours à l’automédication ou ayant pris des anti-inflammatoires au début de la maladie.Le ministère de la Santé a instauré un mode de surveillance active sur tout le territoire. « Toutes les structures de santé doivent être en alerte. En cas de fièvre, de céphalées ou d’asthénie, il faut procéder à un test rapide pour confirmer le diagnostic et assurer une prise en charge précoce », explique le Dr Diop.

Des équipes d’intervention rapide ont été déployées pour soutenir les districts sanitaires dans la recherche active des cas et la détection précoce. La collaboration avec les services vétérinaires est également cruciale, puisque la maladie touche aussi les animaux. « Quand nous surveillons les humains, les services d’élevage surveillent aussi les troupeaux. Il y a eu de nombreux avortements chez les animaux, signe d’une circulation virale dans le cheptel », précise-t-il.

La riposte vétérinaire : vaccination et lutte antivectorielle

De son côté, le Dr Khady Niang, vétérinaire au ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, indique que la riposte repose sur la prévention, la vaccination et la lutte contre les vecteurs. « Nous identifions les animaux non infectés pour les vacciner, tout en appliquant des produits répulsifs sur les troupeaux afin de limiter la transmission », explique-t-elle lors d’un atelier du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire.

Pour freiner la circulation du virus, il faut atteindre un taux d’immunisation d’au moins 70%. Cependant, la vaccination de masse reste difficile à cause du coût élevé du vaccin Clone 13, ce qui impose une vaccination ciblée dans les zones à haut risque. « La transhumance du bétail et les déplacements des éleveurs peuvent aussi favoriser la propagation du virus », alerte le Dr Diop.

Bilan actuel

En effet, sur ce volet santé animale, ce sont 57 cas qui ont été confirmés chez les ovins, caprins et bovins, dont 42 dans la région de Saint-Louis, 11 à Louga, 2 Matam et 2 à Tamba. 230 avortements notifiés, dont 136 à Saint-Louis, 39 Louga et 55 à Matam.À ce jour, le Sénégal compte donc 147 cas confirmés de FVR, répartis dans quatre régions, dont 19 décès et 115 guéris. Les autorités sanitaires et vétérinaires poursuivent leurs efforts pour endiguer cette épidémie meurtrière, dont la virulence interpelle autant les médecins que les éleveurs.

Viviane DIATTA