ME BABOUCAR CISSÉ: « Farba est malade, il risque une mort subite en prison »
Membre du pool d’avocats de Farba Ngom, Me Baboucar Cissé est longuement revenu, lors de la conférence de presse des défenseurs du maire des Agnam, sur la situation médicale de son client et les zones d’ombre entourant la gestion de son dossier par la justice
L’avocat rappelle d’abord que « Farba est malade » et que « le jour de son inculpation, il est venu avec un dossier médical qu’il a présenté au juge, qui n’en a pas tenu compte ». Selon lui, cette négligence a marqué le début d’un traitement injuste et contraire à l’esprit du droit.Face à cette situation, la défense avait « introduit une demande d’expertise médicale », laquelle a été acceptée par le juge d’instruction qui « avait désigné le professeur Alassane Mbaye ».
Ce dernier, après examen, « a déposé un rapport médical sur la table du juge attestant que l’état de santé de Farba est incompatible avec la vie en milieu carcéral ».Mais malgré cette conclusion sans équivoque, « le procureur de la République s’y est opposé » et a demandé « une contre-expertise et la désignation de trois experts de l’hôpital Principal ».
Me Cissé déplore une défiance injustifiée. « Le procureur ne fait pas confiance aux médecins civils. Quand il a demandé la désignation de médecins militaires, l’Ordre des médecins s’est dit incompétent, parce que les médecins militaires ne relèvent pas de l’ordre », a-t-il expliqué. Cette procédure, jugée « anormale » par la défense, s’est finalement soldée par la désignation d’un nouveau collège d’experts civils.
« Le juge a reçu cette correspondance qu’il a transmise au procureur. Ce dernier a fini par changer son réquisitoire en demandant la désignation de trois médecins civils. C’est ainsi que l’Ordre des médecins a proposé trois professeurs qui ont fait une expertise, puis déposé un rapport qui confirme le rapport du Pr. Alassane Mbaye. La contre-expertise a aussi détecté une autre maladie. Ils ont affirmé que Farba Ngom est malade et risque une mort subite en prison », a révélé Me Cissé.Pour la défense, cette conclusion aurait dû logiquement entraîner la fin de la détention.
« On devait mettre Farba Ngom en liberté, parce que la loi dit que lorsque l’état de santé est incompatible avec la vie en milieu carcéral, le mandat de dépôt qui est décerné doit être levé », rappelle l’avocat.Il soutient par ailleurs que le maintien de Farba Ngom dans un hôpital n’est pas une véritable solution.
« On nous dit même que les médecins auraient demandé le transfert de Farba dans un hôpital. Mais il faut comprendre que l’hôpital est aussi une prison, parce qu’il y aura toujours des gardes pénitentiaires autour de lui. L’hôpital est le prolongement du milieu carcéral. Ce qu’il faut faire, c’est de donner mainlevée du mandat de dépôt », a-t-il assené. Me Baboucar Cissé plaide pour que « Farba Ngom sorte de prison et rentre chez lui, plaise au juge de le placer sous contrôle judiciaire ». Il dénonce enfin « une interprétation erronée de l’alinéa 2 de l’article 140 du Code de procédure pénale », qu’il juge contraire à l’esprit de justice et à la dignité humaine.
Mariem DIA

