DR ABIBOULAYE SALL, GESTIONNAIRE DE L’INCIDENT DE LA RÉPONSE À L’ÉPIDÉMIE DE LA FIÈVRE DE LA VALLÉE DU RIFT: « La prévention reste notre seule arme »
La fièvre de la Vallée du Rift sévit actuellement dans la région de Saint-Louis. Cette zoonose, explique le Docteur Abiboulaye Sall dans cet entretien, se transmet de l’animal à l’homme. Son traitement, uniquement symptomatique, ne permet pas d’éviter des complications parfois mortelles, renseigne le Gestionnaire de l’incident de la réponse à l’épidémie de la fièvre de la vallée du rift.
Docteur, quelle est la situation épidémiologique de la fièvre de la Vallée du Rift dans la région de Saint-Louis ?
Ce jeudi, nous en étions à sept cas confirmés, tous dans le département de Saint-Louis, avec quatre décès également enregistrés dans ce département. Toutefois, l’un des cas est plus proche du département de Louga, à travers l’arrondissement de Sakal, zone frontalière avec Saint-Louis. Aujourd’hui, nous avons trois cas supplémentaires en investigation à Rosso, dans le département de Dagana, ce qui porte le total à dix cas. Mais pour le moment, les cas qui sont vivants – les trois de Saint-Louis et les trois nouveaux de Rosso – se portent bien. Ils sont suivis dans les structures sanitaires. Depuis dimanche, les équipes sont sur le terrain pour mener les investigations. Nous avons constaté dans plusieurs villages et quartiers des cas d’avortements chez les animaux. Or, ces avortements constituent un signe révélateur de la fièvre de la Vallée du Rift. En général, la maladie apparaît d’abord chez les animaux, puis se transmet ensuite aux humains. C’est pourquoi les services de l’Élevage et ceux de la Santé travaillent ensemble dans l’investigation et la riposte.
Quelle est la cause de cette maladie ?
La fièvre de la Vallée du Rift est une maladie virale qui survient généralement pendant les périodes hivernales marquées par de fortes pluies. Lorsqu’il pleut peu, les cas sont rares. Mais en cas de saison pluvieuse abondante, comme cette année à Saint-Louis, les conditions deviennent favorables à l’émergence des moustiques, principaux vecteurs du virus. Le virus circule principalement chez les animaux. La transmission à l’homme se fait lorsque la circulation virale est active chez le bétail. Les eaux stagnantes, les inondations et les gîtes larvaires favorisent la prolifération des moustiques, qui transmettent ensuite la maladie à l’homme en piquant successivement un animal et une personne.
La transmission peut-elle se faire d’homme à homme ?
Très faiblement. La transmission interhumaine est pratiquement inexistante et très peu documentée. Les deux modes principaux de transmission sont le contact direct avec les animaux (éleveurs, bouchers et autres professionnels exposés aux avortements de bétail, sans mesures de protection ni hygiène adéquate) et la piqûre de moustiques infectés. Il existe également un risque lié à la consommation de lait non pasteurisé. Si le lait n’est pas chauffé ou pasteurisé, il peut transmettre la maladie. Je précise que seuls certains animaux transmettent la fièvre du Rift. Notamment, les animaux dits « à deux doigts » (ovins, caprins, bovins, buffles, chameaux, moutons, chèvres, vaches).
Comment se manifeste la fièvre de la Vallée du Rift ?
La maladie se manifeste comme une grippe, avec une forte fièvre, des douleurs articulaires et musculaires, ainsi que des maux de tête. Ces symptômes sont proches de ceux du paludisme ou d’une grippe saisonnière, et seul un test biologique permet de confirmer le diagnostic. Dans les cas compliqués, on observe des hémorragies, ainsi que des atteintes rénales ou hépatiques pouvant entraîner le décès du patient.
Y a-t-il un traitement contre la fièvre de la Vallée du Rift ?
Malheureusement, il n’existe pas de traitement spécifique contre le virus. La prise en charge est uniquement symptomatique. Les patients sont suivis de près dans les structures de santé afin de prévenir les complications (hémorragies, insuffisances rénales ou hépatiques). L’approche repose donc sur la prévention. C’est de respecter les consignes sanitaires, d’utiliser les moustiquaires, de détruire les gîtes larvaires et de prendre des précautions lors de la manipulation d’animaux malades ou de leurs produits.
Peut-on s’attendre à d’autres cas, vu qu’il y a 26 contacts identifiés ?
Oui. Comme dans toute épidémie, lorsque les premiers cas apparaissent, il est probable qu’il en existe d’autres dans la communauté. D’où l’importance des investigations pour identifier, isoler et suivre tous les cas afin de couper la chaîne de transmission. Nous nous attendons à ce que de nouveaux cas soient confirmés dans la région de Saint-Louis, voire dans d’autres régions présentant les mêmes conditions épidémiologiques.
Viviane DIATTA

