ActualitéSociété

DE LA PLUIE AU CHAOS: Keur Mbaye Fall et Grand-Mbao prisonniers des eaux

Une pluie matinale, pourtant brève, a suffi pour plonger des quartiers entiers de la banlieue dakaroise dans le chaos, hier. Routes impraticables, maisons inondées, transports paralysés… Keur Mbaye Fall et Grand-Mbao se sont retrouvés prisonniers des eaux, révélant une fois de plus la vulnérabilité chronique de la capitale face aux intempéries.

Quelques gouttes de pluie, et le quotidien bascule. À Keur Mbaye Fall comme à Grand-Mbao, les routes se sont rapidement transformées en rivières boueuses, hier, à la suite de l’averse qui a arrosée une partie de Dakar. Au rond-point de Grand-Mbao, la circulation était paralysée : embouteillages monstres, automobilistes contraints à d’interminables détours, véhicules immobilisés sous les eaux.

Les piétons pataugeaient dans des flaques nauséabondes, partagés entre colère et résignation.« C’est chaque année la même histoire. Il suffit que le ciel ouvre ses vannes pendant tout juste quelques minutes pour que nous soyons emprisonnés par l’eau », soupire un habitant, les pieds trempés, constatant l’impraticabilité totale de la route menant à la nationale.Taxis clandos : la loi du plus fortDans ce chaos, les taxis clandestins flairent l’aubaine. Refusant de s’aventurer dans certaines zones, certains chauffeurs abandonnent leurs voitures au bord des routes inondées.

D’autres, plus audacieux, profitent de la situation pour faire grimper les prix.« Aujourd’hui c’est 200 FCFA au lieu de 150. ‘Ku beug yek, ku beugoul bayil’ », lance sans détour un chauffeur, mains fermement posées sur son volant. Les passagers, pris en otage, n’ont guère le choix.Le cauchemar de l’assainissementMais au-delà du désordre routier, c’est la santé publique qui inquiète. Dans ces quartiers, les eaux de pluie se mélangent aux eaux usées des fosses septiques, faute de réseau d’assainissement.« Nous n’avons pas de plan d’urbanisation.

À chaque pluie, ce sont les mêmes scènes. C’est des maisons envahies, des routes détruites et surtout un danger sanitaire permanent », dénonce Arame, une résidente de Keur Mbaye Fall qui redoute « l’apparition de maladies hydriques ».

Une répétition inquiétanteChaque hivernage, le même scénario se reproduit, implacable. La pluie, aussi brève soit-elle, révèle la fragilité de Dakar face aux précipitations. Les camions sont les seuls à franchir sans difficulté ces torrents improvisés, tandis que les habitants subissent, impuissants, le calvaire des eaux stagnantes et des odeurs pestilentielles.Dans ce décor, la maxime « après la pluie, le beau temps » prend des allures d’ironie cruelle. Car, dans cette partie de la banlieue dakaroise, une réalité demeure. A savoir qu’après la pluie, c’est le chaos qui prévaut.

Adama AIDARA