Dakar : le garage Lat Dior se métamorphose, un souffle nouveau au cœur de la ville
À l’aube de ce mardi, quand les premiers rayons du soleil effleurent l’avenue Lat Dior, un décor inattendu s’offre aux yeux des Dakarois. Là où, la veille encore, s’étendaient un labyrinthe de carcasses rouillées, de baraques branlantes et de moteurs éventrés, s’ouvre désormais un vaste espace, clair et respirable. Les trottoirs, longtemps avalés par les étals et les ateliers clandestins, apparaissent à nouveau, comme redécouverts. La circulation, autrefois engorgée, retrouve un souffle plus fluide.
« On se croirait dans une autre ville », lâche, émerveillé, Mamadou, un conducteur de bus urbain. « Avant, il fallait s’armer de patience pour traverser cette zone, tellement le chaos était installé. Aujourd’hui, c’est un vrai boulevard qui s’ouvre devant nous », dit-il.
Des années de désordre effacées en une nuit
Le contraste est saisissant. Pendant des décennies, le garage Lat Dior a symbolisé l’anarchie urbaine : véhicules entassés pêle-mêle, fumée noire s’échappant des pots d’échappement bricolés, cris des apprentis et coups de marteau résonnant jusque tard dans la nuit. Ce décor de désordre était devenu presque « normal » pour les habitués.
Mais dans la nuit de lundi à mardi, bulldozers et forces de l’ordre ont effacé cette page en quelques heures. Les tôles froissées et les baraques en bois ont volé en éclats, libérant l’avenue comme on ôte une gangue étouffante.
« On avait fini par croire que ce chaos faisait partie de notre quotidien. Et voilà qu’en une nuit, tout disparaît », raconte Aïssatou, résidente de Niayes-Thioker. « Ce vide, c’est une renaissance », a-t-elle.
La délivrance des piétons et des riverains
Les habitants savourent un nouveau décor : des trottoirs accessibles, des passages dégagés, un horizon qui s’ouvre enfin. « Avant, impossible de marcher ici sans se faufiler entre les voitures, les morceaux de fer et les étals. Maintenant, je peux même pousser la poussette de ma fille sans crainte », confie Marième, habitante du quartier de Rebeus.
Pour les commerçants légaux, l’opération est tout aussi salutaire. Babacar, gérant d’une quincaillerie, se réjouit : « Mes clients évitaient la zone tellement elle était saturée. Aujourd’hui, l’espace est propre, visible, et on respire. Cela change tout pour notre activité ».
Une volonté politique affichée
Ce coup de balai radical n’est pas isolé. Quelques jours plus tôt, la démolition de la « cité des mendiants » à Colobane avait déjà marqué les esprits. Désormais, c’est tout le visage de Dakar qui est promis à une transformation.
La circulaire du ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé, exige des gouverneurs de région un recensement exhaustif des occupations anarchiques : étals sauvages, commerces illégaux, garages clandestins, stationnements désordonnés. Objectif, éradiquer progressivement un désordre urbain qui, depuis des années, gangrène les grandes villes.
« L’État a trop longtemps toléré le chaos. Il est temps de rétablir l’ordre, la discipline et la propreté », affirme un agent municipal, témoin des opérations.
Vers une nouvelle ère pour la capitale
Certes, certains nostalgiques regrettent déjà le garage où l’on trouvait rapidement une pièce d’occasion ou un mécanicien improvisé. Mais pour la grande majorité, c’est un soulagement.
« Ce lieu était devenu invivable, un capharnaüm sans fin. Aujourd’hui, on a l’impression que la capitale reprend son souffle », résume un étudiant croisé au rond-point qui jouxte la station-service Total.
Lat Dior, naguère symbole d’encombrements et de désordre, devient aujourd’hui l’image d’un Dakar qui se réinvente. L’espace libéré offre aux habitants une perspective nouvelle, presque une promesse : celle d’une ville où l’ordre et la modernité reprennent leurs droits.
« C’est comme si on redécouvrait notre quartier », sourit Marième, avant de conclure : « Ce n’est plus un garage, c’est une avenue ».
Adama Aidara

