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Antisémitisme : les francs-maçons secoués par une polémique avec le Crif

La polémique enflait en interne, alors que les francs-maçons partagent historiquement la douleur des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et le souvenir de nombreuses déportations. Un texte, écrit par quelques frères parisiens, est en effet accusé de favoriser l’antisémitisme en s’attaquant au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Arrivé par une « erreur administrative » au menu de l’assemblée générale (le Convent) du Grand Orient de France (GOF) qui se tient cette semaine à Rouen, il en a rapidement été supprimé. Il a toutefois été publié sur des blogs maçonniques, puis sur le site du Crif.

Ce texte était en fait un « vœu », une sorte de proposition de loi qui viendrait alimenter la réglementation sur les pratiques du Grand Orient, qui aurait pu être soumise au vote lors de la grande réunion à venir. D’ordinaire, ces propositions doivent d’abord être approuvées par l’instance régionale avant d’arriver sur la table de la grande assemblée générale. Mais il semble que cette dernière soit passée entre les filets, s’excuse ce mardi Jean-Philippe Husch, grand maître du GODF.

Une loge à tendance « extrême gauche mélenchoniste »

Ses auteurs, de la loge baptisée « Maximilien l’incorruptible », invitaient la direction de la principale obédience maçonnique de l’Hexagone à boycotter les manifestations du Crif, et notamment son traditionnel grand dîner où sont régulièrement conviés nombre de politiques. Pour justification, ces frères parisiens accusent l’instance juive d’être « suiviste de la politique » menée par Israël, une « politique de l’extrême droite religieuse », qui à terme « conduit à des fractures et à une montée de l’antisémitisme ».

« C’est scandaleux, je suis à la fois choqué et en colère », a pour sa part commenté le patron du Crif, Francis Kalifat, auprès de L’Express. Et d’insister : « Il est incompréhensible qu’au sein d’un mouvement de pensée comme le Grand Orient, on puisse emprunter le langage de l’extrême gauche mélenchoniste. » Le patron de la France insoumise, qui ne s’est jamais caché d’être franc-maçon, avait l’an passé été « suspendu » du GOF en raison de son « comportement vis-à-vis des magistrats, des policiers et des journalistes », au moment des perquisitions médiatisées par ses soins de ses locaux.

Francis Kalifat a également regretté les termes employés par les auteurs du vœu controversé : « On y parle de « Français d’origine juive », alors que jamais on n’écrirait « Français d’origine catholique ou musulmane ». C’était le langage de l’extrême droite de l’entre-deux-guerres », dénonce-t-il.

« Polémique complètement close » selon le Crif

Lundi, la commission chargée de l’analyse de ces propositions avant le vote au Convent l’a retiré. Mais « cela a provoqué un émoi considérable » au sein du GOF, a assuré auprès de l’AFP une source franc-maçonne. Ce vœu ne « représente absolument pas l’opinion de la très grande majorité des francs-maçons », a en outre insisté le grand maître Jean-Philippe Husch, après avoir été appelé par Francis Kalifat. Et de préciser : « Il va certainement y avoir une enquête administrative » interne et la justice maçonnique « sera certainement saisie. »

« Cela reste très circonscrit à une loge dont chacun connaît l’extrémisme de gauche. […] La polémique est complètement close à mes yeux et ne laissera aucune trace dans les relations avec le GODF », a alors conclu le président du Crif.