HAUSSE DES FRAIS D’INSCRIPTION ET DE RÉINSCRIPTION: Les parents d’élèves étouffent sous le poids des charges scolaires
Les élèves ont repris les chemins de l’école depuis le lundi 12 octobre dernier. Une rentrée scolaire 2026-2027 qui met les budgets familiaux à rude épreuve. Dans les établissements privés, les frais d’inscription et de réinscription, auxquels s’ajoutent les mensualités, les fournitures et les services annexes, suscitent les plaintes des parents. Pour maintenir leurs enfants dans ces écoles, certains suppriment le transport, la cantine et les loisirs. D’autres se résignent à les transférer dans le public. Tous réclament un allègement des charges.
Lécole sénégalaise a rouvert ses portes, avec son lot de dépenses pour les familles. Aux achats de fournitures et de tenues sajoutent les frais dinscription et de réinscription, dont les montants sont jugés trop élevés par plusieurs parents délèves du privé. Pour certains, réunir les sommes nécessaires relève du casse-tête. Dautres parviennent à payer, mais au prix de sacrifices qui pèsent sur le quotidien du ménage. Derrière ces efforts, une même préoccupation revient : permettre aux enfants détudier dans de bonnes conditions et de préparer leur avenir. Mais jusquoù les familles peuvent-elles supporter ces charges ?
Des frais jugés trop élevés
Mouhamed Fall, comptable et père de deux enfants inscrits dans une école privée catholique à Ouakam, dit avoir atteint ses limites. « Je suis comptable et jessaie de joindre les deux bouts. Mon salaire nest pas très élevé, mais, Dieu merci, il me permet de subvenir à mes besoins. Je fais de mon mieux pour que mes enfants disposent de ce qui peut leur être utile », explique-t-il.
Face au coût de la scolarité, il avait envisagé de les transférer dans un établissement moins cher. Un projet auquel il a finalement renoncé, faute davoir engagé les démarches suffisamment tôt. « Lécole où étudient mes enfants coûte vraiment cher. Je voulais les transférer cette année à cause de laugmentation des frais dinscription et des autres dépenses. Mais jai commencé les démarches tardivement, parce que je ne savais pas quel établissement choisir. Jai fini par les laisser dans leur école, malgré moi. En revanche, jai supprimé certaines dépenses, notamment le transport, la cantine et les loisirs », confie-t-il.
Il explique les frais dinscription sélèvent à 50 000 francs CFA pour son garçon, en classe de CI, et à 59 000 francs CFA pour sa fille, au CP. À ces montants venaient sajouter plusieurs services auxquels il a décidé de renoncer. « Il y avait le transport scolaire, le karaté pour mon fils et la cantine pour les deux enfants. Jai tout arrêté, parce que je ne peux plus supporter toutes ces charges. Ils peuvent marcher, puisque lécole nest pas loin de la maison. Nous avons aussi dautres obligations familiales », souligne le comptable.
Pour les mensualités scolaires, Mouhamed Fall affirme sêtre fixé une limite de 24 000 francs CFA par enfant. « Je lai dit à leur maman. Au-delà, je les retire de cette école », prévient-il, déterminé à préserver léquilibre de son budget.
Transport, cantine, tenues la facture salourdit
Jean-Paul Diouf, dont la fille est en classe de CE1, décrit des difficultés similaires. Il explique avoir procédé à son inscription avant la rentrée, après avoir été averti du nombre limité de places. « Les responsables mont dit quil fallait linscrire rapidement, sinon elle risquait de ne pas avoir de place. Je lai fait aussitôt, même si les frais sont trop élevés. Je choisis le privé parce que jestime que les enfants y sont davantage en sécurité et que les cours ne sont pas perturbés par les grèves », explique-t-il.
Dans létablissement fréquenté par sa fille, les frais dinscription sont fixés à 56 000 francs CFA, un montant qui comprend la mensualité du dernier mois de lannée scolaire. « Les frais augmentent à mesure que lenfant passe en classe supérieure », déplore-t-il.
La facture ne sarrête toutefois pas à linscription. Jean-Paul Diouf énumère les dépenses : 9 000 francs CFA pour luniforme, 6 000 francs CFA pour le pull-over et 9 000 francs CFA pour la tenue déducation physique. Il évoque également 30 000 francs CFA de frais dinscription au transport scolaire, puis 18 000 francs CFA par mois pour ce service.
À cela sajoutent une mensualité scolaire de 22 000 francs CFA et 7 000 francs CFA par mois pour la cantine. Les fournitures représentent, quant à elles, une dépense denviron 40 000 francs CFA. Pour réduire cette dernière charge, ce père de famille a eu recours à un échange de livres de lannée précédente. Une solution qui lui a permis de limiter les achats.
Le public comme solution pour alléger les dépenses
Pour dautres familles, les restrictions ne suffisent plus. Le transfert vers lécole publique devient alors une nécessité. Père de trois filles, respectivement en classes de CI, de CM1 et de sixième, Salif Ndiaye doit désormais assumer lessentiel des dépenses scolaires. Son épouse, qui contribuait auparavant à leur prise en charge, a dû interrompre son travail pour des raisons de santé.
« Leur mère travaillait et maidait à payer leur scolarité. Mais elle est tombée malade et a dû arrêter. Son état saméliore et elle a repris une petite activité de vente de petits-déjeuners et de déjeuners. Toutefois, elle ne peut plus me soutenir autant quavant. Je dois donc prendre en charge les inscriptions, les fournitures, les tenues et le reste », raconte-t-il.
Cet entrepreneur, qui exploite un poulailler, affirme avoir déjà inscrit les deux plus jeunes dans le privé. Il évoque une facture initiale de 80 000 francs CFA, sur laquelle une réduction de 5 000 francs CFA lui a été accordée.
Auparavant, explique-t-il, la présence de ses trois enfants dans le même établissement lui permettait de bénéficier dun tarif réduit, avec une mensualité de 19 000 francs CFA par enfant. Cette année, il sattend à payer 23 500 francs CFA pour chacune des deux filles qui y sont restées. Pour laînée, entrée en sixième, il a choisi le public. « Je ne pouvais plus continuer à payer sa scolarité dans le privé. Je lai donc transférée dans une école publique, où son inscription ma coûté 21 500 francs CFA », indique-t-il.
Un choix quil envisage également pour ses deux autres filles lorsquelles accéderont au collège. « Les frais dinscription sont vraiment élevés. La scolarité dans le privé absorbe une grande partie de mes revenus. Je narrive plus à réaliser dautres projets, parce que je consacre tout à leurs études. Quand leurs deux surs auront obtenu le CFEE, je compte aussi les transférer dans le public », annonce-t-il.
À travers ces témoignages, les parents interrogés expriment la même attente : une réduction des frais dinscription et de réinscription. Pour continuer à financer les études de leurs enfants, ils multiplient les arbitrages, avec des marges de manuvre de plus en plus étroites.
Aïssatou Mbène COULIBALY

