PRISE EN CHARGE DE L’INFERTILITÉ: Le Sénégal annonce son premier centre public d’assistance médicale à la procréation
Le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique s’apprête à ouvrir, à l’hôpital Dalal Jamm, le premier centre public d’assistance médicale à la procréation du Sénégal. L’annonce a été faite hier par le directeur de la Santé de la mère et de l’enfant, le Dr Amadou Doucouré. Présidant un atelier de renforcement des capacités sur l’infertilité, organisé par l’Association des journalistes en santé, population et développement, il a dénoncé la stigmatisation des femmes et les conséquences sociales et psychologiques auxquelles sont confrontés les couples concernés.
La prise en charge de l’infertilité occupe une place dans la politique nationale de santé reproductive. Selon le Dr Amadou Doucouré, directeur de la Santé de la mère et de l’enfant, la planification familiale doit également répondre aux attentes des couples qui souhaitent concevoir un enfant sans y parvenir. Cette orientation s’inscrit dans la lettre de politique sectorielle du ministère de la Santé 2025-2029 et dans la Stratégie nationale de transformation du système de santé 2026-2034, en lien avec la vision Sénégal 2050. Elle rejoint les Objectifs de développement durable (ODD) 3 et 5, les engagements du Partenariat de Ouagadougou et la Stratégie mondiale pour la santé des femmes, des enfants et des adolescents 2016-2030.
Intervenant lors de cet atelier de deux jours, le médecin a rappelé que la politique nationale repose sur trois axes majeurs : la prévention des grossesses à risque et non désirées, la prise en charge de l’infertilité et la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH/sida. Reprenant la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il a indiqué que l’infertilité correspond à l’absence de grossesse après au moins douze mois de rapports sexuels réguliers non protégés. Elle peut être d’origine féminine, masculine, mixte ou inexpliquée.
Au-delà de sa dimension médicale, elle peut avoir de lourdes conséquences psychologiques, sociales et économiques. Le Dr Doucouré a notamment évoqué les tensions familiales, les divorces, les dépenses liées à la multiplication des consultations et, dans les situations les plus graves, le risque de suicide. « Trop souvent, les femmes sont injustement tenues pour seules responsables », a-t-il déploré. Soumises aux pressions familiales, à la discrimination et aux violences psychologiques, elles supportent fréquemment seules le poids de cette situation. « Il est essentiel de rappeler que l’infertilité est une question de santé qui concerne les deux partenaires », a-t-il insisté.
Dalal Jamm, première étape avant un déploiement régional
Pour améliorer l’accès aux soins, le ministère fait de l’infertilité une priorité du Plan stratégique de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et de l’adolescent (SRMNIA) 2024-2030. Selon le Dr Doucouré, quarante professionnels de santé, parmi lesquels des médecins, des infirmiers et des sages-femmes, ont bénéficié de formations en Inde. Ces bourses, accordées depuis deux à trois ans, ont déjà contribué à la mise en place d’une prise en charge à Kaolack.
Une nouvelle étape est annoncée à l’hôpital Dalal Jamm. « Bientôt, nous allons ouvrir le centre d’assistance médicale à la procréation (AMP) de Dalal Jamm, une première au Sénégal », a déclaré le directeur de la Santé de la mère et de l’enfant.
À terme, des centres secondaires devraient être créés dans les régions afin de rapprocher les services des populations, dans une logique de couverture sanitaire universelle. L’objectif, a-t-il expliqué, est de permettre à chaque Sénégalais de bénéficier de soins de qualité, quel que soit son lieu de résidence.
Les journalistes invités à déconstruire les préjugés
Face aux participants, le Dr Doucouré a souligné la responsabilité des médias dans l’information du public et la lutte contre la stigmatisation. « Votre rôle est déterminant. Par votre capacité à informer, à expliquer et à toucher différentes catégories de la population, vous contribuez à façonner les perceptions et à influencer les comportements », a-t-il affirmé.
Un reportage, une émission radiophonique ou un article peut, selon lui, déconstruire un préjugé et encourager un couple à consulter. À l’inverse, une information inexacte peut renforcer les discriminations. Évoquant le parcours éprouvant de femmes qui multiplient les consultations auprès de médecins et de tradipraticiens, il a appelé à favoriser une prise en charge précoce et à accompagner les couples. Le ministère, a-t-il assuré, entend renforcer les dispositifs de soins pour mieux répondre à leurs besoins.
Viviane DIATTA

