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SITUATION CRITIQUE: La Poste cumule plus de 100 milliards de pertes à fin 2024

La transformation du secteur postal était au cœur d’une rencontre organisée, hier, à Dakar, par le ministère des Télécommunications et du Numérique, dans le cadre de la Journée mondiale de la Poste 2026. À cette occasion, le Directeur général du Groupe La Poste, Maguette Kane, a fait état de plus de 100 milliards de francs CFA de pertes cumulées à fin 2024 et d’un besoin de recapitalisation de 163 milliards.

Comment adapter La Poste aux mutations du numérique, du commerce électronique et des services financiers ? Cette question a dominé les échanges organisés, hier, au Building administratif Mamadou Dia à l’occasion de la Journée mondiale de la Poste 2026. 

La rencontre a réuni des représentants de l’administration publique, de l’ARTP, du Groupe La Poste et de SENUM SA, ainsi que des opérateurs de télécommunications, des opérateurs postaux privés, des startups, des fintechs, des plateformes de commerce électronique et des associations de consommateurs. 

Deux panels ont porté sur la contribution du secteur postal à la souveraineté, à l’inclusion et à l’innovation, ainsi que sur les partenariats nécessaires au développement de son écosystème. L’objectif était de dégager des recommandations concrètes pour faire du réseau postal une infrastructure de proximité adaptée aux nouveaux besoins économiques et sociaux.

Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, a appelé à une transformation profonde de l’entreprise. « Si on regarde ce qui se passe au niveau de notre écosystème, tout change sauf La Poste », a-t-il déclaré. Il a notamment relevé que certaines entreprises préfèrent recourir aux livreurs à moto, communément appelés « thiak-thiak », plutôt que de contractualiser avec l’opérateur public.

Pour le ministre, le statut de La Poste, dont l’État est l’actionnaire unique, doit faciliter la prise de décisions nécessaires à son redressement. Leur application exige toutefois l’engagement du conseil d’administration, de la direction générale et des agents. Samba Diouf a ainsi insisté sur la nécessité de définir une vision claire, des objectifs réalisables et les responsabilités de chacun. Il a également déploré la persistance des mêmes difficultés au fil des changements de direction. Selon lui, la transformation de La Poste repose sur une responsabilité partagée entre l’État, le management et les postiers.

290 agents partis dans le cadre de la restructuration

Le Directeur général du Groupe La Poste, Maguette Kane, a annoncé que 290 agents avaient quitté l’entreprise à l’issue de la première phase du plan de départs négociés, sur 360 postulants. Ce dispositif s’inscrit dans le programme de redressement financier et de restructuration du groupe.

Selon le diagnostic présenté lors du Conseil interministériel consacré à La Poste, le 1er septembre 2025, les effectifs sont passés d’environ 2 600 agents en 2012 à plus de 4 100 en 2021, soit une hausse de près de 60%. Sur la même période, le chiffre d’affaires a reculé de 26%.

Maguette Kane a toutefois précisé que la restructuration ne se limite pas à une réduction des effectifs. Elle doit aussi permettre d’adapter les compétences aux nouveaux besoins de l’entreprise, notamment dans le numérique, la logistique, le commerce électronique, les services financiers digitaux et la relation client.

Un besoin de recapitalisation de 163 milliards

Sur le plan financier, le groupe affichait, à fin 2024, plus de 100 milliards de francs CFA de pertes cumulées et des capitaux propres négatifs d’environ 156 milliards de francs CFA. D’après le Directeur général, ces pertes résultent de l’accumulation des déficits sur une période d’environ douze ans.

Le diagnostic présenté au Conseil interministériel fait ressortir un besoin de recapitalisation de 163 milliards de francs CFA : 146 milliards pour la Société nationale La Poste, 14 milliards pour POSTEFINANCES et 3 milliards pour EMS Sénégal.

Cette opération doit permettre de restaurer progressivement la solvabilité du groupe et d’assainir son bilan. Maguette Kane a néanmoins souligné qu’elle devra s’accompagner de mesures structurelles afin d’éviter la reproduction des déséquilibres à l’origine de la crise.

Mame Ndella FAYE