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Inondations à Dakar : J’accuse, mais surtout, nous devons agir.Par Ousmane DIATTA

Les fortes pluies des 4 et 5 octobre 2026 ont une nouvelle fois révélé une réalité que nous refusons trop souvent de regarder en face : à Dakar, le problème n’est pas seulement la pluie. C’est aussi ce que nous avons fait du sol, des réseaux et des voies naturelles de l’eau.

J’accuse ceux qui ont autorisé ou réalisé des constructions sur des zones naturellement destinées à recevoir, retenir ou infiltrer les eaux pluviales. Une période de sécheresse ne supprime pas la mémoire hydrologique d’un territoire. L’eau revient toujours.

La zone de Captage et d’autres espaces sensibles auraient dû rester des zones stratégiques de régulation et d’infiltration. En les urbanisant sans vision globale, nous avons progressivement supprimé les chemins naturels de l’eau.

J’accuse également l’insuffisance d’entretien et d’anticipation. Les opérations de curage et de préparation à l’hivernage sont nécessaires, mais elles ne peuvent constituer à elles seules une politique durable contre les inondations.

Le problème est aussi celui de la densification urbaine. Une maison conçue pour quelques personnes devient parfois un immeuble accueillant des dizaines, voire plus d’une centaine d’habitants, sans que les réseaux d’assainissement et d’évacuation soient nécessairement adaptés.

Mais la responsabilité n’est pas uniquement celle de l’État ou des collectivités.

Notre propre incivisme aggrave la catastrophe. Sachets plastiques, bouteilles, pneus et déchets obstruent les caniveaux. Des constructions empiètent sur les voies publiques. Certains rejettent huiles et graisses dans les réseaux. Et parfois, des évacuations sont volontairement bloquées pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général.

Nous devons donc avoir le courage de nous regarder collectivement dans le miroir.

J’accuse l’État lorsqu’il autorise sans suffisamment anticiper.
J’accuse les collectivités lorsqu’elles ne contrôlent pas.
J’accuse les promoteurs lorsqu’ils privilégient le béton à la sécurité.
J’accuse les citoyens lorsque l’incivisme devient une menace collective.
J’accuse les responsables politiques lorsque la souffrance des populations devient un simple argument de campagne.

Mais je m’accuse également, comme citoyen, lorsque nous acceptons collectivement l’inacceptable.

Les Sénégalais ont besoin de routes, d’hôpitaux, d’écoles et d’infrastructures. Mais ils ont surtout besoin d’une politique cohérente d’aménagement du territoire, intégrant drainage, assainissement, urbanisation, préservation des zones de captage et entretien permanent des ouvrages.

Les véhicules de luxe peuvent attendre.

Un hôpital ne devrait jamais attendre.

Les promesses électorales peuvent attendre.

L’eau, elle, n’attend pas.

La véritable question n’est donc plus de savoir si Dakar connaîtra encore de fortes pluies. Elle est de savoir si nous continuerons à transformer chaque épisode pluvieux en catastrophe.

Il faut désormais construire avec l’eau, et non contre elle.

Car si la prochaine pluie nous surprend encore, ce ne sera plus seulement une catastrophe naturelle.

Ce sera aussi l’échec de notre anticipation collective.