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LUTTE CONTRE LA FAIM EN AFRIQUE: Le Sénégal tire son épingle du jeu, le bilan de l’AGRA contesté

Depuis 2006, le Sénégal aurait réduit de moitié la prévalence de la sous-alimentation, désormais inférieure à 5% de sa population. Dans les treize pays étudiés par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), le nombre de personnes sous-alimentées a, au contraire, augmenté de 58%. Ce bilan relance le débat sur les politiques agricoles du continent.

Publié en août 2026, le rapport de l’AFSA, intitulé : « La révolution verte a échoué en Afrique : vingt ans de données et les solutions qui fonctionnent », examine l’évolution de la faim, des cultures et de l’utilisation des intrants dans treize pays ciblés par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA). Son constat est sévère : malgré l’objectif affiché de réduire la faim de moitié, le nombre de personnes chroniquement sous-alimentées dans ces pays a progressé de 58% depuis 2006. 

Plus de terres cultivées, des rendements qui ralentissent

Selon l’AFSA, l’usage des engrais a plus que doublé et les superficies cultivées ont augmenté de 46% dans les pays étudiés. Pourtant, la croissance des rendements des cultures vivrières de base a ralenti par rapport aux douze années précédant le lancement de l’AGRA. L’organisation en déduit qu’une part de la hausse de la production provient de l’extension des terres cultivées. 

Le Malawi illustre, aux yeux des auteurs, les limites d’une lecture fondée sur les seuls rendements : le pays a enregistré la plus forte progression de cet indicateur parmi ceux examinés, tandis que la faim y aurait augmenté de 61%. 

Le Sénégal cité en exemple

Le Sénégal ne faisait pas partie des pays prioritaires de l’AGRA. L’AFSA le présente comme un cas de comparaison : sur la période étudiée, la prévalence de la sous-alimentation y aurait été divisée par deux, passant sous la barre des 5%. Dans le même temps, la production de mil aurait progressé de 85% et celle du sorgho de 75%. Le rapport associe ces résultats au maintien de cultures diversifiées et à une moindre dépendance aux intrants extérieurs. 

Cette comparaison appelle toutefois une précision. Pour le Sénégal, le rapport met en avant une proportion de la population souffrant de sous-alimentation. Pour les treize pays étudiés, la hausse de 58% porte sur le nombre de personnes concernées. Ces deux mesures ne sont pas directement équivalentes. La sous-alimentation mesurée par la FAO estime, en outre, l’insuffisance durable d’apport énergétique alimentaire. Elle ne résume pas à elle seule tous les problèmes de nutrition. 

Un débat sur les choix agricoles

À partir de ces résultats, l’AFSA appelle les États africains à consacrer davantage de financements aux semences gérées par les agriculteurs, à la santé des sols et à la diversification des productions. Elle propose d’y réorienter progressivement une part des financements agricoles existants, jusqu’à 33% en 2035. De son côté, l’AGRA présente aujourd’hui parmi ses priorités les systèmes semenciers, l’agriculture durable, l’accès aux marchés et l’adaptation au changement climatique. 

Le rapport ouvre ainsi une question pour le Sénégal comme pour ses voisins : comment consolider les progrès contre la faim tout en améliorant durablement l’accès de tous à une alimentation suffisante et diversifiée ?

Abdoulaye DIAO