SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS: La FAO réclame l’identification et la cartographie de tous les vendeurs de rue
La restauration de rue nourrit quotidiennement des millions de Sénégalais, mais dans quelles conditions sanitaires ? Réunis lors d’un forum sur la sécurité sanitaire des aliments (SSA), des journalistes et des experts ont appelé à un meilleur encadrement du secteur informel. Dr Mamadou Ndiaye, expert au Bureau régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, préconise notamment l’identification et la cartographie de tous les vendeurs de rue.
La restauration de rue nourrit des millions de Sénégalais, mais à quel prix sur le plan sanitaire ? Cette question était au cœur du forum sur la sécurité sanitaire des aliments, organisé hier par l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD), en collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
À cette occasion, Dr Mamadou Ndiaye, expert au Bureau régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, a tiré la sonnette d’alarme. Il a plaidé pour une identification urgente de tous les acteurs évoluant dans le secteur informel. « Le retard qu’il nous faudra combler, c’est l’identification des acteurs. On ne peut pas encadrer ou suivre des acteurs si on ne les connaît pas. Il est possible d’aller les chercher et de les identifier. Tous ceux qui vendent des jus dans les rues peuvent être recensés. C’est ce travail qu’il faudra mener pour pouvoir commencer réellement le suivi », a recommandé Dr Ndiaye.
Prenant l’exemple de Kaolack, où le service régional a recensé les vendeurs de fruits découpés avant de leur distribuer des cartes professionnelles, l’expert estime que ce modèle peut être reproduit à l’échelle nationale. « Les vendeurs de plats chauds et de jus exercent généralement au même endroit. Il est donc possible d’aller les chercher et de les identifier. Il nous faut accomplir ce travail pour toutes les catégories de produits », a-t-il conseillé.
Tout en saluant l’organisation de ce forum réunissant journalistes et experts, Dr Mamadou Ndiaye a surtout interpellé les pouvoirs publics sur la nécessité d’inscrire la sécurité sanitaire des aliments parmi les priorités nationales. « Je dis toujours que le jour où les politiques porteront véritablement la question de la sécurité sanitaire des aliments, nous pourrons espérer trouver des solutions. C’est lorsque la politique générale intègre la SSA que l’on peut espérer obtenir des financements », a-t-il insisté.
Selon les chiffres avancés lors du forum, les aliments impropres à la consommation seraient responsables de 1,52 million de décès. Un bilan qui, d’après l’expert, dépasserait celui cumulé de la tuberculose, du paludisme et du VIH/Sida. Or, a-t-il souligné, ces trois maladies disposent de programmes, d’infrastructures et de personnels dédiés. « Il nous faudra comprendre que la priorité, aujourd’hui, c’est la sécurité sanitaire des aliments », a martelé Dr Mamadou Ndiaye.
« Ramener les vendeurs à l’intérieur des écoles »
L’expert de la FAO a également attiré l’attention sur les risques auxquels sont exposés les enfants. Selon lui, les goûters préparés à la maison et conservés pendant quatre à cinq heures dans les sacs d’écoliers peuvent devenir de véritables bouillons de culture. « Ce que les parents préparent peut être une source de problèmes. Lorsque des denrées périssables sont transportées pendant plusieurs heures, les microbes se multiplient », a-t-il prévenu.
Pour y remédier, Dr Ndiaye propose de s’inspirer de l’expérience de l’Hôpital Principal de Dakar, qui a déplacé les vendeurs installés devant l’établissement vers un espace aménagé à l’intérieur. « Il faut faire entrer les vendeurs dans les écoles, leur trouver des espaces aménagés et déterminer ce qu’ils peuvent vendre selon des critères de salubrité. On ne doit plus accepter que n’importe qui vende devant une école », a-t-il recommandé.
Il a, par ailleurs, rappelé qu’un manuel pédagogique avait été élaboré afin de permettre aux enseignants de sensibiliser les élèves aux bonnes pratiques d’hygiène et d’alimentation. Malgré les risques évoqués, Dr Mamadou Ndiaye défend la restauration de rue, devenue indispensable avec la journée continue et l’éloignement entre les domiciles et les lieux de travail.
« Nous sommes obligés de manger à l’extérieur. Ce n’est plus un luxe. Les grands restaurants ne sont pas accessibles à tout le monde. La restauration de rue offre la disponibilité, une satisfaction culturelle et des prix abordables. La question est de savoir ce que nous devons faire pour qu’elle ne soit pas dangereuse », a-t-il expliqué.
De son côté, Mamour Abdoulaye Ba, commissaire aux enquêtes économiques au ministère de l’Industrie et du Commerce, a estimé que tous les services de l’État étaient interpellés. Il a notamment cité les ministères chargés de l’Industrie et du Commerce, de la Santé, ainsi que de l’Agriculture et de l’Élevage. D’autres départements, comme celui de l’Environnement, interviennent également dans la sécurité sanitaire des aliments, notamment à travers le contrôle de certains produits chimiques utilisés dans les industries agroalimentaires. Mamour Abdoulaye Ba espère ainsi que cette rencontre contribuera à renforcer la prise de conscience collective. Il a invité chaque acteur à jouer pleinement son rôle afin de favoriser un changement durable des comportements.
Viviane DIATTA

