Boubacar Boris Diop, le Monsieur Willie Lynch du président Diomaye. Par Joomaay Ndongo Faye
Dans une analyse politique, une affirmation crédible doit s’appuyer sur des faits vérifiables. Sans eux, elle devient une déclaration partisane, destinée à embellir l’image de celui qu’on soutient ou à ternir celle de son adversaire
Joomaay Ndongo Faye |Publication 09/08/2026
Mon cher frère Boris,
La première remarque que je voudrai te faire est que c’est manquer de respect au peuple sénégalais que de t’adresser à notre président de la République en tant qu’individu. Depuis le 2 avril 2024, la personne Bassirou Diomaye Diakhar Faye a juré de mettre dans son armoire identitaire sa personne et l’a troqué contre la plus haute institution de notre république. Il a juré devant le peuple sénégalais et le monde entier de se muer en président de la République du Sénégal. Nous de Ndiaganiao qui avons connu Bassirou Diomaye Diakhar Faye depuis son bas âge, pouvons affirmer, sans l’ombre d’un doute objectif possible, que la personne que nous avons connu avant le 2 avril 2024 a connu une mutation comportementale qui est conforme avec ce qu’il a juré ce jour.
Mon cher frère Boris,
Malgré le professionnalisme du journaliste, qui ne cesse de te rappeler qu’il s’agit du président Diomaye dont tu parles, tu as choisi de l’ignorer royalement, sans doute aveuglé par ton courroux partisan provoqué par le refus du président de la République de se plier au diktat de ton idole et de violer les principes de la République sénégalaise, au respect desquels il a juré de veiller.
Cette différenciation entre la personne de Diomaye et le président Diomaye est d’une importance capitale. Elle te permet de comprendre que le président de la République n’est pas un être humain guidé par ses émotions, mais une institution dont le seul guide de l’action quotidienne consiste à respecter et à faire respecter la loi. Sa seule motivation est l’intérêt supérieur de la nation qui lui a confié, pour une durée bien déterminée, la gestion de certaines portions de sa souveraineté. C’est en observant le président Diomaye sous cet angle que certaines des décisions qu’il prendra pourront avoir un sens pour toi. Je sais que c’est un exercice difficile pour une personne comme toi, qui est un praticien politique informé seulement par son expérience empirique de la chose politique. Mais je t’assure qu’avec un tout petit effort d’abstraction et de conceptualisation, tu pourras facilement y arriver. Ce sera bénéfique pour toi, ainsi que pour le Sénégal et l’Afrique que tu as toujours servi et tu continues de servir.
Dans une analyse politique, une affirmation qui se veut crédible doit s’appuyer sur des faits vérifiables. Sans ces faits, elle devient une déclaration partisane, destinée soit à embellir l’image de celle ou celui que l’on soutient, soit à ternir celle de son adversaire. Pour un écrivain de fiction aussi prolifique que tu l’es, je peux comprendre que pourvoir les faits pour soutenir une affirmation n’est pas une nécessité. On est dans l’imaginaire. Mais pour une analyse politique, c’est une obligation. Tu affirmes : « Ce qui est clair en tout cas, c’est que si on n’a jamais vu un chef d’État tenir cent pour cent de ses engagements électoraux, on n’en a jamais vu non plus un seul renier cent pour cent de ses engagements électoraux. C’est un acte d’une brutalité inouïe contre tous les électeurs, qu’ils aient voté pour ou contre Diomaye puisque c’est l’essence même du suffrage universel qui est remise en cause par son comportement. »Tu n’apportes aucune preuve qui la supporte. Ton seul espoir pour que la lectrice ou le lecteur te crois repose sur la crédibilité dont tu bénéficies du fait de ta trajectoire remarquable d’écrivain et de ton militantisme progressiste et de longue durée. C’est un détournement de l’émotion des personnes qui t’admirent à des fins politiques partisanes. Comme l’a un jour dit le Sénateur New Yorkais Daniel Patrick Moynihan « Vous avez droit à votre opinion. Mais vous n’avez pas droit à vos propres faits. »
Mon cher frère Boris,
Les deux raisons qui m’avaient fait admirer le Pastef étaient :
La promesse de mettre fin à l’ère des partis politiques qui ne sont en fait que des Fans Club de leurs leaders qui, comme nous le disaient les intellectuels du PDS, sont les seules constantes de leurs partis. Toute autre chose ou personne n’était qu’une variable substituable pour les besoins tactiques du moment.
L’engagement de faire du règne de la loi et pas des personnes, la poutre centrale de la gestion souveraineté du peuple sénégalais, un ingrédient central dans le mode opératoire de l’état sénégalais sous l’ère du Pastef.
Les personnes au sein de Pastef qui ont, presque immédiatement après la prestation de serment du président Diomaye le 2 avril 2024, commencé à préparer l’occupation du fauteuil présidentiel par le président du Pastef en 2029, violaient la promesse selon laquelle le Pastef n’as pas de messie et que n’importe lequel de ses membres qualifiés pouvait diriger la mise en œuvre du Projet. Pour moi, c’était une trahison de ce qui a été promis aux électrices et électeurs sénégalais en mars 2024. C’est un reniement d’un engagement qui m’avait fait admirer le Pastef parce que pour ces personne seul leur idole peut conduire la mise en œuvre du Projet. La somme des matières grise des plus de 4000 cadres avec lesquels on avait rassuré le peuple sénégalais comme étant la machine conceptuelle du Pastef cède la place au « génie politique » d’une seule personne, le soi-disant guide de votre révolution.
En ce qui concerne l’engagement de faire régner la loi, celles et ceux qui accusent le président Diomaye de mollesse vis-à-vis de la justice du pays et veulent qu’il utilise le poids de l’exécutif pour forcer la main à la branche judiciaire de l’État pour accélérer le traitement de certains dossiers lui demandent de violer le deuxième engagement qualitatif du Pastef au peuple sénégalais. L’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis du pouvoir exécutif et législatif est un principe républicain cardinal. Dans une République qui mérite ce qualificatif, il n’est pas permis au président de la République de faire directement une pression quelconque sur un juge. Indirectement ceci est possible par le biais du Procureur de la République, l’avocat de l’exécutif, qui est sous la commande du ministre de la Justice qui lui-même est aux ordres du Premier ministre. Ce faisant, s’il y a une lenteur quelconque dans le traitement de certains dossiers, c’est la responsabilité du Premier ministre, du ministre de la Justice et du procureur de la république pas du président à qui il est interdit d’intervenir directement. Sur ordre de ses patrons, le Premier ministre et le ministre de la Justice, le procureur de la république a le droit et le devoir, comme n’importe quel avocat, de mettre une pression raisonnable sur les juges qui s’occupent des dossiers de leurs clients.
Mon cher frère Boris,
Ces deux exemples que je viens de te donner montrent à suffisance que tu commets une erreur monumentale en accusant le président Diomaye d’avoir renier les promesses qui avaient poussé les électrices et électeurs du Sénégal à le porter à la magistrature suprême de notre pays le 24 mars 2024.
En commentant sur le voyage récent du président Macky Sall au Sénégal tu affirmes : « Mais il n’a pas osé rester plus de trois heures dans ce même pays qu’il a dirigé pendant douze ans. Ce n’est pas bon, ça. On aura aussi remarqué que les grands responsables de son parti ne sont pas allés l’accueillir. »
Mon cher frère Boris,
Dans les cercles maoïstes sénégalais des années 1970 et 1980, avec lesquels je crois comprendre que tu étais très familier, il y avait un conseil de Mao que tous ceux que je connais prenaient très au sérieux. « Sans enquête, pas de droit à la parole ». Tu sembles oublier la sagesse contenue dans ce conseil de celui que ces cercles appelaient le Grand Timonier. Affirmer sans gêne que le président Macky Sall n’a pas osé rester plus de trois heures au Sénégal est un comportement qu’une personne comme moi n’aurait pas attendu de toi. Dans la deuxième phrase de ton propos, après celle-ci, tu nous dis que les grands responsables de son parti ne sont pas allés l’accueillir, ignorant ou faisant semblant d’ignorer royalement que c’est justement un grand nombre d’entre eux qui s’étaient inscrits pour aller l’accueillir et que la réduction significative de leur nombre par le protocole avait causé l’absence des dirigeants de l’APR à l’accueil de leur idole. Aucune personne ayant tant soit peu prêté attention à l’arrivée du président Macky Sall, le vendredi 17 juillet, et ayant le moindre souci d’objectivité dans ses propos ne peut se permettre de minimiser le caractère massif de la foule de militants et d’autres admirateurs qui sont venus à la rencontre du quatrième président de la République du Sénégal, ce jour-là, lequel, pour plusieurs raisons, figurera dans les annales de l’histoire politique de notre pays.
Bassirou Diomaye Diakhar Faye, qui porte aujourd’hui le manteau de président de la République du Sénégal, est effectivement affecté psychologiquement, malgré tous les efforts qu’il fait pour garder son calme et préserver sa santé mentale. Qui, avec tant soit peu de sensibilité, ne le serait pas ? Se voir trahi par la personne à laquelle on croyait pouvoir confier sa vie, pour les besoins de sa promotion personnelle, ne peut pas ne pas laisser des traces douloureuses dans son subconscient. L’être humain Bassirou Diomaye Diakhar Faye se trouve effectivement rendu « très inconfortable, d’un point de vue psychologique ; il faut être d’une grande force mentale ou alors absolument indifférent […] pour vivre à l’aise avec cela ». Tu l’aurais été, mon frère. Là où tu as tort, c’est sur la cause du choc psychologique qu’a subi la personne Diomaye, et non le président Diomaye : elle se situe dans le sentiment d’avoir été trahi. Cependant, mon cher frère Boris, malgré l’intensité du choc que la personne Diomaye a subi, elle tient bien le coup en s’armant d’un sens du dépassement que seul le degré de son engagement à servir le Sénégal peut expliquer. Nous qui le connaissons sommes émerveillés par le fait qu’il ait pu garder son sang-froid et sa générosité vis-à-vis de l’acteur principal de cette agression psychologique inattendue, d’une férocité inouïe.
Mon cher Frère Boris,
Tes citations du président Diomaye sont des citations dont tu sais parfaitement qu’elles ne seraient pas recevables pour permettre à tes étudiants d’étayer un argument dans leur mémoire ou leur thèse. Prendre des lambeaux de phrases sans les contextualiser dans le raisonnement dans lequel elles ont été utilisées est certainement inadmissible pour un universitaire de ton envergure et de ton expérience. Tu me rétorqueras que cette interview n’est pas un travail académique. Non, mon cher frère, la crédibilité de tes propos bénéficie largement de ta position d’universitaire, qui n’a plus rien à prouver à qui que ce soit quant à son mérite d’être écouté et lu. Une phrase comme celle-ci : « Puisqu’il en est ainsi, allons-y, comme ça, on va tous perdre ! » n’a absolument aucun sens si l’on n’explique pas ce qui avait poussé le président Diomaye à la prononcer. La seule chose à laquelle elle peut servir, c’est à donner l’impression que son auteur est un irresponsable prêt à tout détruire s’il n’obtient pas ce qu’il veut. La suite de ta réponse à la question du journaliste montre que ton intention, dans ce propos, est de salir l’image du président de la République. En d’autres termes, il semble que tu veuilles prêter ton image massivement positive au lynchage médiatique et sur les réseaux sociaux auxquels le président Diomaye est soumis, afin de le forcer à marcher au rythme et au bon gré de l’idole d’une frange de Pastef et de ses sympathisants les plus fidèles, qui voient en lui leur guide. Une telle attitude, venant d’un Boubacar Boris Diop, ne peut qu’être surprenante pour ceux et celles qui t’ont connu depuis plusieurs décennies. Affirmer que « Ce qui est nouveau avec Diomaye, c’est qu’il a commencé à faire du maa-tey avant même d’avoir eu le temps de s’installer dans son fauteuil. C’est assez curieux de voir un homme aussi jeune et peut-être pas aussi odieux qu’on le dit partout se comporter déjà comme un président en fin de règne » revient certainement à porter un coup dont l’intention est de causer une atteinte psychologique massive à la crédibilité du président Diomaye.
Mon cher frère Boris,
Pour conclure ce commentaire sur ta sortie du vendredi 7 août 2026 sur Impact.sn, je me donnerai la liberté de te prodiguer un conseil. Tu as, durant des décennies, construit minutieusement un capital de crédibilité politique, en tant qu’écrivain prolifique et universitaire respecté pour l’objectivité de tes analyses. Il ne faut pas sacrifier cela pour le rêve de vivre le « Grand Soir », ce moment pour lequel nous avons tous beaucoup sacrifié, mais dont l’avènement a été empêché par l’absence des conditions subjectives nécessaires à sa matérialisation. Il y a d’autres combats, très importants, dans lesquels tu es engagé et qui ont besoin de ton immense capital de crédibilité politique. Le réveil souverainiste des petits-bourgeois intellectuels africains, surtout parmi les plus jeunes, ouvre une opportunité dans ton combat contre le système politique néocolonial et le mode de production et de distribution impérialiste qu’il nous impose, et qui nous transforme en « nations prolétaires », condamnées à être des Sisyphe dans leur quête du développement politique et économique de leurs pays.
Joomaay Ndongo Faye

