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SURENDETTEMENT DES PAYS À FAIBLE REVENU: Le FMI et la Banque mondiale revoient leur cadre d’évaluation

En Afrique, les vulnérabilités liées à la dette restent élevées malgré le recul du ratio moyen dette publique/PIB, passé de 63,7% en 2024 à 62,8% fin 2025. Selon la Banque africaine de développement (BAD), 21 pays étaient encore en situation de surendettement ou exposés à un risque élevé en 2025. Parmi les pays suivis par l’Institut de la finance internationale (IIF), le Sénégal affichait le ratio le plus élevé, à 122,9%.

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé de réformer leur cadre conjoint d’analyse de la viabilité de la dette (Debt Sustainability Framework, DSF) destiné aux pays à faible revenu. Le Conseil d’administration de la Banque mondiale a récemment approuvé ces changements, dont l’entrée en vigueur est prévue au second semestre 2027.

La réforme prévoit d’abord un module consacré à la dette intérieure. Il doit permettre de mieux mesurer les risques qu’elle fait peser sur les finances publiques, notamment à travers les liens entre les États et les banques. Un autre module portera sur les besoins de développement à long terme. L’objectif est de mieux apprécier la marge de manœuvre budgétaire dont disposent les pays pour financer les infrastructures, le capital humain et l’adaptation au changement climatique, ainsi que les effets de ces dépenses sur la croissance et les finances publiques.

Le FMI et la Banque mondiale entendent également affiner l’analyse de la capacité d’endettement et revoir certains seuils utilisés pour évaluer les risques. Le nouveau cadre devra mieux distinguer les tensions sur la dette d’une situation dans laquelle celle-ci devient effectivement insoutenable. Les outils de simulation et les tests de résistance seront renforcés. Les deux institutions veulent aussi améliorer la couverture des données et encourager une plus grande transparence sur la dette.

Cette réforme intervient alors que les finances publiques de nombreux pays africains restent fragiles. En 2025, 21 pays du continent étaient en situation de surendettement ou exposés à un risque élevé de surendettement, un nombre inchangé depuis 2023, selon la BAD. Dans le même temps, le ratio moyen de dette publique rapportée au PIB en Afrique est passé de 63,7% en 2024 à 62,8% fin 2025, d’après l’IIF.

Les situations nationales demeurent toutefois contrastées. À fin 2025, le Sénégal affichait le ratio dette publique/PIB le plus élevé parmi les pays suivis par l’IIF, à 122,9%, devant la Zambie (107,2%), le Mozambique (97,2%), la République du Congo (93,1%), la Tunisie (80,6%) et l’Afrique du Sud (79,4%).

Un outil pour évaluer la viabilité de la dette

Le DSF n’est ni un mécanisme d’aide ni un dispositif de financement. Il s’agit d’un outil d’analyse utilisé conjointement par le FMI et la Banque mondiale pour évaluer la capacité des pays à honorer leurs engagements. Il permet d’identifier les risques de surendettement et d’éclairer les décisions des autorités et de leurs partenaires financiers en matière d’emprunt et de financement.

Depuis sa dernière révision, en 2017, ce cadre fournit une méthode commune pour analyser les risques liés à la dette et détecter suffisamment tôt les situations susceptibles de provoquer des tensions sur les finances publiques. Mais la structure de l’endettement a évolué. La dette intérieure occupe désormais une place plus importante, tandis que les besoins de financement augmentent dans les infrastructures, le capital humain et l’adaptation au changement climatique. Pour le FMI et la Banque mondiale, ces évolutions rendent nécessaire une mise à jour des outils d’évaluation.

En parallèle, des initiatives régionales visent à alléger les contraintes liées à la dette en Afrique. La BAD et l’Union africaine travaillent notamment à la mise en place d’un mécanisme africain de stabilité financière. Une fois opérationnel, celui-ci pourrait permettre d’économiser jusqu’à 20 milliards de dollars sur le service de la dette d’ici 2035, selon la BAD.

Abdoulaye DIAO