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ANNIVERSAIRE POSITIVE BLACK SOUL: 37 ans après, Awadi et Duggy Tee rallument la flamme des années 90 au Grand Théâtre

Il flottait, ce soir-là, comme un parfum de retrouvailles au Grand Théâtre de Dakar. Samedi 8 août 2026, trente-sept ans après la naissance de Positive Black Soul (PBS), DJ Awadi et Duggy Tee ont replongé leur public dans les années 90, celles qui ont vu éclore et grandir le hip-hop sénégalais. Vêtus de blanc, portés par une scénographie soignée et un impressionnant jeu de lumières, les deux rappeurs ont revisité les morceaux qui ont jalonné leur parcours. « Wadiour », « Capsi », « Afrique », « Boul Faalé », « Dégloul », « Merci mon Dieu »… Plus qu’un concert, la soirée s’est transformée en voyage dans la mémoire musicale du Sénégal. Baaba Maal, Ismaïla Lo, Carlou D, Simon, Xuman, Matador, Baxaw, VJ, Viviane et Wally Seck, entre autres, sont venus partager cette célébration intergénérationnelle.

Dès les abords du Grand Théâtre, le ton est donné. Ce samedi soir, on ne vient pas seulement assister à un concert. On vient retrouver une époque. Dans les files et les couloirs, les générations se croisent. Les plus anciens parlent de leurs années de jeunesse, les plus jeunes s’apprêtent à découvrir sur scène ceux qui ont contribué à écrire les premières grandes pages du rap sénégalais.

Au Grand Théâtre, une machine à remonter le temps

Pour beaucoup, Positive Black Soul renvoie aux années 90, lorsque le hip-hop commençait à gagner les rues, les radios et les scènes dakaroises. Le rap n’était pas seulement une musique : il devenait un moyen de raconter le quotidien, d’exprimer les frustrations d’une génération, mais aussi ses rêves et ses aspirations.

Cette mémoire est partout dans le Grand Théâtre. Dans les conversations, les sourires et les regards. Les anciens retrouvent les émotions d’hier. Les plus jeunes mesurent l’héritage laissé par le duo. Le public, tous âges confondus et majoritairement vêtu de tenues décontractées, avait donc une double raison de faire le déplacement : célébrer les 37 ans de Positive Black Soul et, à travers PBS, toute une époque.

La salle est archicomble. Malgré la chaleur, atténuée par les éventails agités çà et là, personne ne semble s’en plaindre. Les visages racontent déjà une partie de l’histoire. Beaucoup ont grandi avec les voix et les textes d’Awadi et Duggy Tee, à une époque où le hip-hop sénégalais imposait progressivement son langage, son esthétique et ses revendications. Ce soir, les années 90 semblent avoir ressurgi. Intactes. Les retrouvailles ont le goût d’une fête.

Awadi et Duggy Tee en blanc pour une soirée en lettres d’or

23 heures 11. Le spectacle démarre. Sur l’écran géant défilent les images d’une autre époque. Une vidéo retrace le chemin parcouru par le groupe, avec ses succès et ses moments difficiles. Images en noir et blanc, vieux postes de télévision, tenues vestimentaires, pas de danse d’autrefois… Chaque séquence arrache des cris et des applaudissements.

« Oh, c’était la belle époque ! », s’exclame une spectatrice, visiblement gagnée par la nostalgie. À côté d’elle, une autre renchérit : « Moi, je suivais PBS depuis l’âge de 17 ans ». Un peu plus loin, quelques spectateurs murmurent en souriant : « Les grands n’ont pas beaucoup changé ».

L’entrée en matière est réussie. Sous la conduite du maître de cérémonie DJ Waydi, les lumières s’éteignent progressivement. Des centaines de téléphones s’allument aussitôt. Personne ne veut manquer l’arrivée des deux hommes. 

Puis Awadi et Duggy Tee apparaissent. Tout de blanc vêtus, ils tranchent avec l’obscurité de la salle. Les premières notes retentissent. Un medley de « Def Lo Xam » et « Ataya », avant d’enchaîner avec « Dioko ». Le public se lève presque comme un seul homme. Difficile de rester vissé à son fauteuil.

Sur scène, les chorégraphes Alex et Cie accompagnent la montée en puissance du spectacle. C’est parti pour plus de deux heures de musique presque sans interruption. Le décor, le son et les lumières donnent au rendez-vous des allures de grande production. Les projecteurs découpent les silhouettes, changent d’atmosphère au gré des morceaux et accompagnent les différentes séquences.

Derrière le duo, un orchestre composé de musiciens de différentes nationalités déroule sa partition : saxophone, djembé, batterie, clavier… Le tout sous la houlette de DJ Saf Niang et avec l’appui des choristes. Les collaborations s’enchaînent. Simon rejoint PBS pour « Pas normal ». Baxaw arrive pour « Wouyouma ». Entre les deux, « Lu Teug Tass » fait encore monter la température.

Puis vient « Merci mon Dieu ». L’ambiance change. Le moment est plus solennel, presque intime. « C’est le lieu de rendre grâce à Dieu. Le chemin a été long et 37 ans, c’est une vie », lancent les artistes depuis la scène. Pendant quelques minutes, le Grand Théâtre retient son souffle avant de reprendre les refrains avec le duo. Car Awadi et Duggy Tee ne sont pas venus simplement contempler le chemin parcouru. Ils sont venus le raconter en musique. Plus de 18 titres sont interprétés au cours de la soirée. Et, à chaque fois, le même phénomène : le public connaît les paroles. Awadi ou Duggy Tee lance un couplet, la salle poursuit. 

Par moments, les artistes n’ont même plus besoin de chanter. « Wadiour », « Afrique », « Taara » : les souvenirs remontent Il suffit parfois de quelques notes pour réveiller toute une vie. Avec « Wadiour », interprété aux côtés de Carlou D, l’émotion gagne la salle. Le morceau prend une dimension particulière pour ceux qui ont perdu leur mère. Sur scène, les artistes rendent hommage à leurs mamans présentes dans la salle, mais aussi à toutes les mères. « Nos mères méritent tout », lancent-ils. Applaudissements nourris.

Un autre temps fort arrive avec « Afrique », partagé avec Ismaïla Lo. Puis Baaba Maal rejoint la scène pour « Taara ». Le symbole est fort : plusieurs générations et plusieurs univers de la musique sénégalaise se retrouvent autour de PBS. Avec « Xoyma », Xuman vient apporter sa touche. Matador, lui, rejoint le duo pour « Neu Geu Metti ». Le rap se fait plus dur, plus engagé. Le morceau rappelle les difficultés sociales et le quotidien d’une partie de la population. Duggy Tee saisit l’occasion : « Cette chanson est toujours d’actualité. La vie est toujours difficile. On dirait qu’on recule au lieu d’avancer ». Dans la salle, la réaction est immédiate. Cris, applaudissements, poings levés : le PBS revendicatif des débuts n’est jamais très loin.

Viviane et Wally Seck, la fausse note

Dans cette soirée presque parfaitement huilée, certaines prestations ont toutefois moins convaincu une partie du public. Les passages de Viviane sur « Yaye Bagn » et de Wally Seck sur « Wadiour » ont suscité quelques commentaires critiques dans les travées. « Franchement, Viviane et Wally n’ont pas assuré. Ils étaient hors gamme », peste un groupe de jeunes spectateurs.

Une petite fausse note qui ne suffit cependant pas à casser l’ambiance. Il est près de 2 heures du matin lorsque le concert entre dans sa dernière ligne droite. Mais personne ne semble pressé de quitter la salle. Les morceaux qui ont façonné la légende de PBS résonnent une dernière fois. « Boul Faalé », l’un des titres emblématiques du groupe, déclenche une nouvelle vague de nostalgie. Puis « Capsi », interprété avec le jeune artiste VJ, vient symboliser cette passerelle entre les pionniers et la nouvelle génération. Le Grand Théâtre chante, danse et applaudit.

Trente-sept ans après leurs premiers pas, Awadi et Duggy Tee n’ont finalement pas seulement célébré l’anniversaire de Positive Black Soul. Ils ont raconté une histoire : celle d’un groupe, d’une génération et d’une époque où le hip-hop sénégalais cherchait encore sa voie avant de devenir une force majeure de la scène musicale nationale.

Une partie de la mémoire musicale du Sénégal s’est ainsi réveillée, le temps d’une nuit. Et à voir le Grand Théâtre debout reprendre les refrains presque mot pour mot, une évidence s’impose : 37 ans après, la flamme de PBS brûle encore.

Adama AIDARA 

& Fatou DIOUF