CHRONIQUEL’ACCENT SI COMPLEXE DE LA RÉPUBLIQUE.
Inconcevable. Le mot est faible. Le cas Amy Mara nous tombe dessus comme une dictée surprise en plein Conseil des Ministres. Et là, stupeur : la copie est blanche. Comment une dame peut-elle atterrir ministre de la République avec un français qui fait du 100m haies ? Qui trébuche à chaque virgule ? Mon Dieu, pitié !!! Attention, je ne parle pas de l’accent. L’accent wolof, sérère, pulaar, mandingue… c’est notre musique. C’est même ce qui fait la beauté de notre français sénégalais. Quand Macky dit « je voudrais », on entend Dakar. Quand Senghor parlait, on entendait Joal. Non. Le problème ce n’est pas l’accent. Le problème c’est quand la République bégaie.
LE MINISTRE N’EST PAS UN INFLUENCEUR TIKTOK.
Un ministre, mes chers amis, ce n’est pas quelqu’un qu’on met devant un téléphone pour faire des live. Un ministre signe des décrets. Il négocie avec le FMI. Il reçoit des ambassadeurs. Il explique une loi à 18 millions de Sénégalais à la télé. Et pour ça, il faut 2 outils de base : Le cerveau et la langue. Si la langue fourche, si les accords crient, si les phrases s’écroulent en plein vol, comment voulez-vous qu’on nous prenne au sérieux à Genève, à Washington, ou même à Touba ? Le français est notre langue officielle. On peut l’aimer ou la détester. Mais c’est le code source de l’État. Tu ne peux pas coder un pays en langage SMS. Alors oui, la question est légitime : a-t-elle le niveau ? Et surtout : qui a validé le casting ?
LE GRAND MENSONGE : « PARLER FRANÇAIS C’EST ÊTRE ACCULTURÉ ».
Mettons le doigt où ça fait mal. Depuis 20 ans on nous a vendu un truc dangereux : « Si tu parles bien français, t’es un toubab. Si tu fais des fautes, t’es un vrai patriote. T’es révolutionnaire. » Résultat ? On a confondu révolution et régression. On a confondu authenticité et amateurisme. On a fait du nivellement par le bas une doctrine d’État. C’est faux. Archifaux. Parler bien français ne fait pas de toi un moins Sénégalais. Parler mal français ne fait pas de toi un plus patriote. Senghor parlait un français de prix Nobel. Et il était 100% Sénégalais. Cheikh Anta Diop écrivait des thèses en français. Et il a réhabilité l’Afrique. La langue n’est pas l’ennemi. L’incompétence, si. Aujourd’hui, on a des jeunes brillants à l’UCAD, à l’ESP, à Gaston Berger, qui parlent 3 langues et qui maîtrisent leur dossier. Mais on préfère prendre quelqu’un qui crie fort sur Facebook. C’est ça le vrai drame.
LE SCANDALE DES DIPLÔMES-PAPIER TOILETTE.
Et là on arrive au nerf de la guerre : la conformité des diplômes avec la réalité. On a des ministres « Docteur », « Professeur, « Ingénieur » … Mais quand tu leur poses 2 questions, tu découvres que le diplôme a été imprimé à la même usine que les fausses pièces de téléphone. Comment est-ce possible ? Parce qu’on a laissé croire que le diplôme c’était un accessoire. Comme une cravate. Tu le mets le jour de l’investiture et tu l’oublies. Erreur. Un diplôme c’est un contrat avec le peuple. Quand tu dis « je suis ministre de l’Éducation », les parents d’élèves ont le droit d’exiger que tu aies fait plus que CP au cours du soir. Il faut des enquêtes. Pas des enquêtes de gendarmerie. Des enquêtes de bon sens. Vérifier les CV. Faire passer des auditions. Comme pour un poste de caissier à Auchan. Parce que ministre, c’est plus sérieux que caissier.
L’ERREUR DE CASTING EST FLAGRANTE.
Monsieur le Président Bassirou Diomaye Faye, Vous êtes le garant des institutions. Vous avez prêté serment. Je sais que vous avez 1000 dossiers sur la table. La dette, le chômage, la justice. Mais attention : un gouvernement c’est comme une équipe nationale. Si tu mets un joueur qui ne sait pas contrôler le ballon, toute l’équipe prend l’eau. Le Sénégal regorge de femmes et d’hommes brillants. Des femmes qui tiennent des ONG, des boîtes, des universités. Des hommes qui parlent au monde sans avoir honte. Prenez-les. Corriger une erreur de casting, ce n’est pas une faiblesse. C’est du courage. C’est dire au peuple : « Je vous respecte trop pour vous servir du toc. »
LA HONTE OU LA FIERTÉ ?
À la fin, la question est simple. De quoi avons-nous honte ? D’exiger l’excellence ? Ou d’accepter la médiocrité ? On ne demande pas à un ministre d’être Molière. On demande juste qu’il ne massacre pas la langue de la République. C’est la liturgie de notre Démocratie. Le minimum requis est qu’ils ne fassent pas honte aux enfants de CM2 qui révisent leurs leçons de grammaire. Parce que si nos ministres bégayent, le pays bégaie. Et un pays qui bégaie n’avance pas. Alors Monsieur le Président, faites le ménage. Avant que le monde entier ne se demande : « Mais au Sénégal, pour être ministre, il faut quel niveau ? Niveau CP ou niveau République ? »
Le peuple attend. Et il a raison.
Jean Pierre Correa
Chroniqueur, citoyen fatigué mais pas résigné

