ALERTE DES SYNDICATS SUR LA MENACE SUR LES MÉDICAMENTS: La SEN-PNA étouffe sous 28 milliards de dettes de l’État
L’intersyndicale SAS-SAMES de la SEN Pharmacie nationale d’approvisionnement (SEN-PNA) a tiré, hier, la sonnette d’alarme sur une dette de 28,36 milliards de FCFA que l’État lui doit au titre de plusieurs programmes de santé. Les syndicalistes appellent les autorités à agir en urgence afin de préserver l’approvisionnement du pays en médicaments essentiels.
La SEN Pharmacie nationale d’approvisionnement est au bord de l’asphyxie financière. C’est du moins le constat dressé par l’intersyndicale SAS-SAMES, qui évoque une situation particulièrement préoccupante, susceptible de compromettre durablement l’approvisionnement en médicaments au Sénégal. Dans un communiqué rendu public hier, les responsables syndicaux indiquent que l’une des principales difficultés réside dans l’accumulation des créances dues par l’État au titre de plusieurs programmes nationaux de santé. Selon eux, le montant total des impayés s’élève à 28 364 471 079 FCFA.
« La Dialyse SEN-CSU représente 15 056 095 301 FCFA. La Direction de la lutte contre le cancer, 4 218 613 693 FCFA. Le programme VIH/Sida, 2 998 720 531 FCFA. La DAGE du ministère de la Santé, 1 062 064 164 FCFA. Le Programme national de lutte contre la tuberculose, 788 502 208 FCFA. Le Programme élargi de vaccination (2004-2011), 3 430 880 770 FCFA. Le Programme national de lutte contre le paludisme, 216 176 289 FCFA. Et le pèlerinage (2004-2011), 593 418 123 FCFA », détaille le Dr Birame Ndiaye, Secrétaire général du Syndicat autonome de la santé, sous-section SEN-PNA.
Selon l’intersyndicale, deux facteurs expliquent principalement cette dette. Le premier est lié au sous-financement de certains programmes de santé. « Lorsque les crédits budgétaires alloués ne couvrent pas les besoins réels en médicaments, la charge financière est reportée sur la SEN-PNA, qui se retrouve à préfinancer la politique de santé de l’État », explique-t-elle, indiquant que le second facteur concerne les retards chroniques de remboursement, notamment dans le cadre du programme de dialyse, présenté comme la principale source de tension financière.
Des risques de rupture de stocks
Pour les syndicats, les conséquences sont déjà visibles. « La trésorerie est asphyxiée. La SEN-PNA éprouve de sérieuses difficultés à renouveler ses stocks, à honorer ses engagements contractuels et à investir », déplore le Dr Birame Ndiaye.
Faute d’être remboursée par l’État, l’entreprise n’est plus en mesure de régler ses fournisseurs dans les délais. « L’effet domino est immédiat. Les fournisseurs deviennent de plus en plus inflexibles et certains vont jusqu’à suspendre leurs livraisons », avertit-il.
Cette situation fait peser une menace directe sur la continuité de l’approvisionnement en médicaments et augmente les risques de ruptures de stocks dans les structures sanitaires.
Un appel à plus de transparence dans les recrutements
L’intersyndicale dénonce également une gestion des ressources humaines qu’elle juge en décalage avec les outils de pilotage de l’entreprise. Elle pointe du doigt de nombreux recrutements effectués hors plan, qui auraient contribué à alourdir la masse salariale. Selon les syndicats, chaque recrutement devrait répondre à un besoin réel, clairement identifié et justifié, dans l’intérêt exclusif du service public.
Face à cette situation, l’intersyndicale demande aux autorités d’apurer rapidement les créances dues à la SEN-PNA, de mettre en place un mécanisme pérenne de financement des programmes nationaux de santé et de garantir une politique de recrutement fondée sur les besoins réels, la compétence, le mérite et la transparence.
Les représentants du personnel plaident également pour la préservation durable de la viabilité économique de la SEN-PNA afin de garantir la sécurité sanitaire des populations. Concernant le programme de dialyse, ils recommandent que les crédits budgétaires qui lui sont destinés soient directement inscrits et exécutés au profit de la SEN-PNA, afin d’éviter les retards de remboursement.
Enfin, l’intersyndicale SAS-SAMES lance un appel à l’opinion publique, aux partenaires, aux autorités et aux responsables de l’entreprise pour un sursaut collectif. Elle les invite à prendre la mesure des risques qui pèsent sur l’accès aux soins des populations et à engager, sans délai, les réformes structurelles et le soutien financier nécessaires au redressement de la SEN-PNA.
Viviane DIATTA

