Contribution

Diomaye -Sonko : « La graine et l’ivraie »

Le Président de la République aime régulièrement recourir aux images de son enfance rurale pour donner chair à sa pensée. Ses discours ne s’appuient pas seulement sur le langage politique, ils empruntent volontiers au patrimoine paysan, à la sagesse des anciens, à cette école de la terre ou chaque saison enseigne une leçon de vie.
Il y a quelques semaines, devant les militants de la coalition Diomaye Président réunis au King Fahd, il évoquait les souvenirs de son passage dans le leul « la case des hommes »de Ndiaganiao.
Samedi dernier, lors du lancement de sa nouvelle formation politique, il est revenu vers cette même mémoire collective, mais cette fois à travers une autre image : celle du Jeumb, cette plante qui pousse au milieu du mil. L’enfant Bass, disait ii en substance, ne savait pas distinguer à cette époque, le Jeumb du mil. Les anciens, eux, les reconnaissaient d’un simple regard. Puis venait la moisson, seule capable de révéler la vérité : le mil donnait le grain qui nourrit la famille ; le jeumb, lui, ne produisait rien.
Cette métaphore appartient d’abord au Président. Elle peut cependant donner lieu à différentes lectures.
Pour certains observateurs, elle peut évoquer une manière de raconter une évolution personnelle, une maturation du regard ou une prise de distance politique. D’autres y verront simplement une réflexion générale sur le discernement Chacun est libre de son interprétation, car la politique, comme l’agriculture est souvent l’école de la patience.
La terre ne ment pas. Le temps ne ment pas, l’histoire ne ment pas. Ce que l’œil ne distingue pas aujourd’hui, la moisson finit toujours par le révéler. Ainsi murit le dirigeant. Ainsi s’affermit le chef d’État. Hier, l’enfant demandait aux anciens : « quel est le mil, quel est le Jeumb ? »
Aujourd’hui, devenu Président de la République, il affirme reconnaitre lui-même ce qui nourrit et ce qui épuise.
Toute la portée de cette image réside moins dans la désignation d’une personne que dans l’apprentissage du discernement. Gouverner c’est précisément apprendre à distinguer. Distinguer le durable d l’éphémère. Distinguer la fidélité à une vision de la fidélité à des circonstances. Cette réflexion appelle inévitablement la célèbre parabole rapportée dans l’Évangile, connue sous l’expression : « séparer le bon grain de l’ivraie ».
« Un homme sème un bon blé dans son champ. Pendant la nuit, un ennemi vient y semer l’ivraie. Les serviteurs veulent aussitôt arracher les mauvaises herbes. Le maitre les empêche. Pourquoi ? Parce que l’impatience détruit parfois ce que la sagesse sauve. Parce qu’en voulant déraciner trop tôt l’ivraie, on risque aussi d’arracher le blé. Parce que certaines vérités ne se révèlent qu’au temps de la moisson »
Le discernement exige du temps, le Président Diomaye a pris le temps, il a su se << Défaire la tyrannie du présent », il a pris le temps de distinguer le jeumb du mil, le temps de séparer la graine de l’ivraie pour sauver sa moisson.
Aujourd’hui, qu’il est « dans le Champs » sous la bannière de KIIRAY, les patriotes républicains, sa nouvelle formation politique, alors que le temps a fini de parler, les mots deviennent moins importants que les actes. La moisson remplacera les promesses, les résultats remplaceront les slogans, l’histoire remplacera les polémiques. En tout cas c’est ce qui est attendu de lui. Peut-être, est-ce là, la véritable leçon et le véritable défi contenus dans cette image du mil et du Jeumb : apprendre à regarder plus loin que les hommes, plus loin que les circonstances et faire en sorte que l’histoire nous donne raison.
Une Nation se bâtit dans la patience et se fortifie dans le respect des institutions. Elle fleurit lorsque ceux qui la dirigent, acceptent que leur plus grande victoire ne soit pas de triompher d’un adversaire, mais de servir fidèlement le peuple qui leur a confié son destin.
L’Évangile selon saint Mathieu (13, 24- 30)
Défaire la tyrannie du présent (2018-), Jérôme Baschet

                                                                   Abdoulaye Sakou Faye, journaliste