LA CHRONIQUE DE MLD: L’État doit protéger le riz local et l’industrie sucrière
C’est quand même paradoxal de voir les pouvoirs publics nous seriner des messages grandiloquents sur la souveraineté alimentaire et l’urgence de booster la production agricole et en même temps fermer les yeux sur la transformation du pays en un marché incontrôlé à la faveur des importations massives de produits alimentaires.
L’actualité la plus fraîche fait état de complaintes non résolues des producteurs de riz et des acteurs de l’industrie sucrière, la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) en l’occurrence.
En vérité, c’est une hérésie de constater qu’en 2026, le riz reste le premier produit importé par les Sénégalais au moment où le pays regorge de terres arables disponibles à perte de vue entre la vallée du fleuve Sénégal, ou encore l’Anambé en Casamance. Or, la facture rizicole continue de flamber annuellement. Les statistiques les plus récentes font état d’achats de riz d’un montant évalué à plus de 315 milliards cfa l’an dernier. Une enveloppe en hausse exponentielle année après année avec des volumes d’achat qui montent crescendo sans doute à cause de la vigueur d’une consommation boostée par une démographie galopante. Tout est lié.
La question que tout esprit rationnel se pose est de savoir si le Sénégal ne peut pas se passer de ces importations massives en assurant définitivement sa souveraineté dans la disponibilité de cette denrée stratégique voire vitale que nous retrouvons au quotidien dans nos assiettes.
En attendant de trouver une réponse positive à cette interrogation existentielle, on devrait magnifier cette décision de l’Etat, sous la houlette du Premier ministre Al Aminou Lo, de privilégier l’écoulement sur le marché de 335 000 tonnes de riz local avant toute nouvelle importation. Une mesure qui tombe à pic tant les riziers étaient encore sur les nerfs en réclamant purement et simplement le départ du ministre du commerce Serigne Guèye Diop, très sollicité par ces temps de crise ambiante.
Tout de même, il faut constater pour le déplorer que les producteurs de riz ont été mieux servis, disons mieux traités que l’industrie sucrière.
À l’analyse, on constate que ce traitement de deux poids deux mesures est patent d’autant que pour le cas spécifique du sucre, le ministère du commerce privilégie plutôt le lobby actif des importateurs au détriment de la production nationale.
Pourtant les arguments de la CSS, fleuron de l’agro-industrie nationale sont clairs comme l’eau de roche : Les sucriers informent qu’il ya encore 50 000 tonnes disponibles pour répondre aux besoins de la demande nationale. Un stock qui devrait inciter les autorités à ne pas ouvrir les importations avant début septembre. Une simple logique économique qui permet par ricochet d’encourager cette entreprise stratégique du tissu industriel qui essaie de maintenir tant bien que mal 8000 emplois dans le circuit au regard de la conjoncture délicate exacerbée du reste par la crise économique.
Au lieu de protéger l’industrie dans un contexte de rareté des investissements, le ministère du commerce a ouvert les vannes… Carrément pour inonder le marché national en sucre. Ce communiqué qui annonce l’ouverture du marché aux importations de sucre à partir du 15 juillet 2026 défie toute logique de promotion et de protection du secteur secondaire. C’est un désastre. Surtout que le ministre Serigne Guèye Diop met sur la table des arguments de type politicien pour ne pas dire spécieux comme le souci d’éviter une éventuelle pénurie avec des fêtes religieuses (Magal, Gamou) qui pointent à l’horizon.
En réalité, l’activité du ministère du commerce a de tout temps été gangrénée par ces déclarations d’importation de produits alimentaires (DIPAS) distribuées en veux-tu en –voilà à des importateurs qui se sucrent ainsi à volonté par la seule volonté et la complicité de l’autorité. En principe, ces DIPAS sont réglementées mais ce n’est généralement pas le cas. Le nombre de DIPAS délivré dépasse aujourd’hui l’entendement.
En définitive, un pays qui privilégie l’option de transformer son territoire en un souk à ciel ouvert à l’image de la Gambie voisine est –il viable ?
That’s the question.
Axelle Kabou avait également raison de se demander : Et si l’Afrique refusait le développement ?

