Point de tension de l’activité, le Sénégal dépendant du marché UEMOA
Dans un contexte de besoins élevés de refinancement en Afrique de l’Ouest, les États de l’UEMOA ont mobilisé un montant record sur le marché régional des titres publics au premier semestre 2026, porté par l’allongement des maturités et la hausse des obligations. En effet, les huit pays de l’Union Économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), ont mobilisé 7870 milliards FCFA sur le marché régional des titres publics au premier semestre 2026, un niveau record en hausse de 12,5% sur un an, selon la synthèse arrêtée au 30 juin par UMOA-TITRES, l’agence en charge du marché.
Le marché n’avait jamais atteint un tel niveau sur un semestre. Derrière ce volume brut, la progression nette de l’endettement reste toutefois limitée : les remboursements ont atteint 6 245 milliards de FCFA sur la période, en hausse de 28,8 %, ramenant les émissions nettes à environ 1 625 milliards de FCFA. Le chiffre dit l’essentiel de ce qui s’y passe. Les Trésors de la zone n’ont pas tant creusé leur dette qu’ils ne l’ont fait rouler, dans une année identifiée par la Banque mondiale comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne. L’encours total des titres émis par adjudication sur ce marché s’établit à 23 744 milliards de FCFA au 30 juin, un niveau quasi inchangé.Un profil de dette qui s’allonge. La véritable inflexion du semestre tient à la structure des émissions. Les levées par obligations du Trésor (OAT, moyen et long termes) bondissent de 82,6 % sur un an, tandis que celles par bons du Trésor (BAT, court terme) reculent de 50,6 %. La durée de vie moyenne des titres émis atteint 3,40 années, contre 2,27 un an plus tôt, soit un allongement de près de 50 %. Les États profitent de conditions de liquidité favorables pour rallonger leur profil de dette et réduire le poids des échéances courtes. Le nombre d’adjudications diminue dans le même temps de 12 %, pour s’établir à 110 opérations, signe d’émissions moins nombreuses mais plus volumineuses.La demande, elle, ne faiblit pas. Le taux de couverture moyen des adjudications ressort à 226,9 %, traduisant une liquidité bancaire abondante, entretenue par une politique monétaire plus accommodante. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a ramené son principal taux directeur à 3,00 % le 16 mars, avant de le maintenir à ce niveau le 10 juin. « Les clignotants sont au vert, mais la prudence reste de mise », avait résumé son gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou, invoquant les incertitudes géopolitiques. Cette détente monétaire ne se transmet pas pour autant au coût de la dette souveraine. Les obligations affichent des rendements compris entre 7 % et 8 %, soit une prime de 400 à 500 points de base au-dessus du taux directeur. Le Niger rémunère ses titres courts jusqu’à 10,3 %, une prime de risque liée aux difficultés budgétaires du pays sahélien. Le Sénégal arrive en deuxième position avec 1699 milliards FCFA (22 %), mais son profil détonne. Dakar a émis à lui seul près de la moitié des bons du Trésor à court terme de toute l’Union, à rebours du mouvement général d’allongement des maturités. Ce recours au court terme traduit la contrainte de liquidités d’un Trésor privé d’accès aux marchés internationaux : l’accord avec le Fonds monétaire international (FMI), portant sur 1,8 milliard de dollars, reste suspendu depuis la révélation d’une dette cachée qui a porté le ratio d’endettement à 132 % du PIB fin 2024. Faute d’accord, le pays continue de couvrir ses besoins par des ventes de titres régionaux.Cette dépendance nourrit les inquiétudes, car le refinancement de la dette à des coûts croissants revient à transférer le risque souverain sur les bilans bancaires régionaux, avertissent les analystes, qui pointent une fragilité systémique au-delà du seul cas sénégalais.Le second semestre permettra de mesurer la solidité de cet équilibre. Il dépendra d’abord de l’issue des discussions entre Dakar et le FMI, dont la sixième mission s’est achevée en juin sans nouvel accord. Il dépendra aussi de la capacité du marché régional à absorber des volumes de refinancement toujours élevés sans dérapage des rendements. La prochaine réunion du comité de politique monétaire de la BCEAO fournira un premier signal sur l’orientation des taux, alors que les incertitudes géopolitiques demeurent élevées.
Abdoulaye DIAO

