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MACKY SALL AU SÉNÉGAL: Controverse entre l’allégresse de Babacar Diagne et le rejet systématique de Y’en a marre

L’éventuelle venue de l’ancien président Macky Sall au Sénégal vendredi cristallise toutes les attentions. Entre l’espoir d’un geste d’apaisement et la crainte de raviver des blessures, deux lectures s’affrontent à quelques jours de ce qui pourrait devenir l’image politique de l’année.

Pour le journaliste et ancien DG de la RTS Babacar Diagne, vendredi pourrait offrir l’une des poignées de mains les plus lourdes de sens de ces dernières années. « Quelques secondes seulement. Une poignée de mains. Un geste simple en apparence, mais qui pourrait marquer un tournant important de notre vie politique », écrit-il. Il décrit une scène où toutes les caméras seront braquées sur un seul objectif. Le Très Gros Plan devra saisir l’instant précis où les mains se rejoignent, capter un regard, un sourire, la fermeté de l’étreinte. « En télévision, il existe des plans qui dépassent largement le simple exercice professionnel. Ils deviennent des documents. Ils traversent le temps parce qu’ils fixent un moment où l’histoire semble hésiter avant de prendre une nouvelle direction », a-t-il ajouté. Pour Babacar Diagne, les interprétations seront multiples : « Les uns y verront un geste de courtoisie républicaine. Les autres le symbole d’une décrispation entre l’ancien et l’actuel chef de l’État. D’autres encore y liront peut-être le prélude à une nouvelle étape de la vie politique nationale ».

Y’en a marre pas d’accord avec cette visite

Toutefois,
de l’autre côté, Aliou Sané, coordonnateur du mouvement Y’en a Marre, met en garde avec force. Dans une publication, il s’oppose fermement à l’accueil d’un ancien Président au Palais de la République. Il interpelle directement le président Bassirou Diomaye Faye : « Mesurer la portée symbolique d’un tel acte dans un contexte où de nombreuses familles attendent encore des réponses sur les violences politiques ayant marqué les dernières années du régime précédent ». Selon lui, « accueillir Macky Sall avec les honneurs de la République alors que les circonstances entourant plusieurs décès et cas de torture allégués et emprisonnements n’ont pas encore été pleinement élucidées serait perçu comme une profonde blessure pour les victimes et leurs proches. Le responsable de Y’en a Marre rappelle que « la quête de vérité et de justice demeure une attente forte pour de nombreux Sénégalais affectés par les tensions politiques ayant précédé l’alternance de 2024 ». Il évoque aussi la controverse suscitée par la loi d’interprétation, estimant qu’un accueil officiel risquerait d’accentuer davantage le sentiment d’incompréhension et de frustration exprimé par une partie de l’opinion publique. Pour Aliou Sané, une telle initiative pourrait être interprétée comme « un manque de considération envers les familles endeuillées ainsi qu’envers les personnes ayant subi les conséquences des arrestations et détentions liées aux crises politiques des dernières années ». Entre mémoire et réconciliation. D’un côté, l’idée d’une image qui pourrait raconter à elle seule une page importante de l’histoire politique du Sénégal. De l’autre, la crainte qu’elle ne rouvre des plaies encore vives.
Vendredi, le Sénégal retiendra donc son souffle. Le cadre, le timing, le geste : dans ce pays où la politique se lit aussi dans les symboles, une simple poignée de mains suffira-t-elle à apaiser ou à diviser davantage ?

Abdoulaye DIAO