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MONDIAL 2026 -SÉNÉGAL-IRAK, VENDREDI A TORONTO (19H): L’heure du quitte ou double pour des Lions au bord du vide

Battus par la France puis la Norvège, les Lions n’ont plus de marge avant d’affronter l’Irak, ce vendredi (19h GMT) à Toronto (Canada), pour leur dernier match de poule. Une victoire est impérative, la plus large possible, pour entretenir l’espoir d’une qualification parmi les meilleurs troisièmes. Mais au-delà du calcul, c’est surtout un collectif fragilisé, en perte de repères et de certitudes, qui joue sa survie.

Après un peu plus de trois semaines aux Etats-Unis, les Lions ont rallié, hier, le Canada, pour les besoins de la troisième journée de la phase de groupe de la Coupe du monde 2026. Vendredi soir, le Sénégal ne disputera pas seulement un troisième match de groupe, à Toronto (19h GMT). Il jouera un procès en rattrapage, un examen de conscience et peut-être déjà une part de son avenir immédiat. Face à l’Irak, les Lions n’ont plus le choix : il faut gagner, et si possible frapper fort. Après deux défaites inaugurales contre la France (1-3) puis la Norvège (2-3), la sélection de Pape Thiaw est dos au mur. Elle doit prendre trois points, soigner une différence de buts aujourd’hui négative (-3) et attendre des résultats favorables ailleurs pour espérer se glisser parmi les huit meilleurs troisièmes. Sur le papier, l’espoir existe encore. Les projections statistiques laissent au Sénégal une vraie fenêtre de qualification en cas de victoire. Mais les chiffres n’effaceront ni les failles aperçues depuis le début du tournoi, ni l’impression plus inquiétante d’une équipe qui s’est éloignée de ce qu’elle savait faire de mieux.
Le constat est brutal. Longtemps bâtis sur la rigueur, la maîtrise des espaces et une forme de dureté compétitive, les Lions offrent aujourd’hui le visage d’une équipe poreuse, nerveuse, incapable de traverser un temps faible sans se fissurer. Le problème n’est pas seulement défensif au sens strict. Il est plus large, presque structurel. Le Sénégal défend mal les transitions, protège mal son axe et alterne difficilement entre pressing haut et bloc médian. À vouloir proposer un football plus ambitieux, plus vertical, plus conquérant, il a perdu ce qui garantissait son équilibre. Il attaque sans toujours sécuriser, presse sans toujours coordonner, subit dès que le match se casse.

Thiaw face à ses contradictions
Dans ce contexte, Pape Thiaw est attendu au tournant. L’entraîneur des Lions ne pourra pas se contenter d’ajuster à la marge. Il lui faut trancher, bousculer, relancer une équipe qui semble tourner sur l’élan de ses statuts plus que sur sa forme du moment. La gestion des cadres interroge. Le choix de protéger certains symboles, de préserver certains équilibres hiérarchiques, a un coût. Et ce coût pourrait être celui de la compétition. Kalidou Koulibaly cristallise les critiques, mais il n’est pas le seul. Sadio Mané cherche encore son influence, Nicolas Jackson s’épuise dans un registre hybride où ses courses défensives finissent par rogner sa lucidité, et le milieu peine à reprendre le contrôle des matches. Dans ce décor, la jeunesse pousse. Habib Diarra, Pape Matar Sarr, Iliman Ndiaye, Ibrahim Mbaye ou Mamadou Sarr incarnent des solutions possibles, sinon des évidences. Au moins l’idée d’un souffle neuf.
Le paradoxe sénégalais tient là : pour continuer à vivre dans ce Mondial, il faudra sans doute se découvrir davantage, donc s’exposer encore. Marquer, beaucoup marquer, sans perdre le peu de stabilité restante. L’Irak, qui entretient lui aussi un mince espoir de qualification, ne viendra pas pour accompagner la reconstruction sénégalaise. Ce sera un match de tension, de calcul et de nerfs. Le Sénégal joue plus qu’une qualification. Il joue la cohérence de son projet, la crédibilité de son sélectionneur et la capacité de cette génération à ne pas s’effondrer dès que le décor se durcit. Il reste 90 minutes, peut-être un peu plus, pour sauver un tournoi. Et rappeler que ces Lions savent encore rugir autrement que dans les souvenirs.

Mouhamed DIEDHIOU