MONDIAL 2026 : QUAND LES CADRES ONT COULÉ LES LIONS: Pape Thiaw, l’aveuglement fatal
En reconduisant coûte que coûte ses hommes de confiance, Pape Thiaw a pris un pari qu’il a perdu. Mais réduire le naufrage sénégalais à ses seules décisions serait incomplet. Face à la Norvège (2-3), le sélectionneur a accumulé les erreurs, tandis que plusieurs cadres, diminués physiquement et loin de leur meilleur niveau, ont failli à leur mission. Un double échec qui place aujourd’hui le Sénégal au bord du précipice.
Pour la première fois de son histoire en Coupe du monde, le Sénégal a perdu ses deux premiers matches de phase de groupes. Après la défaite face à la France (1-3), celle concédée contre la Norvège (2-3) confirme une tendance inquiétante : les Lions ont perdu ce qui faisait leur force.
Le constat est brutal. Six buts encaissés en deux rencontres. Jamais le Sénégal n’avait affiché une telle fragilité défensive à ce stade de la compétition. Plus frappant encore, les Lions avaient concédé seulement deux buts en sept matches lors de leur campagne victorieuse à la CAN. En l’espace de deux sorties mondiales, ils en ont encaissé trois fois plus.
Une équipe qui ne sait plus défendre
Au-delà du résultat, c’est l’identité même de cette sélection qui interroge. Longtemps bâtie sur la discipline, la solidarité et la résilience, elle semble aujourd’hui incapable de contrôler les temps faibles. Le pressing haut voulu par Pape Thiaw n’a jamais fonctionné. Or, presser est un mouvement collectif. Face à la Norvège, les lignes ont constamment été étirées, laissant des espaces béants dans le dos du milieu. Martin Ødegaard a ainsi pu naviguer librement entre les lignes et sur toute la largeur du terrain, sans véritable opposition.
Le problème n’est pas uniquement tactique. Il est aussi structurel. Le Sénégal alterne mal les hauteurs de bloc, défend mal les transitions et manque de flexibilité dans sa lecture des rencontres. À vouloir imposer un football plus ambitieux, les Lions ont sacrifié leur équilibre.
Le pari perdu de Pape Thiaw
Le sélectionneur avait pourtant toutes les informations en main. Il savait que plusieurs de ses cadres revenaient de longues indisponibilités. Il avait constaté leurs difficultés physiques contre la France. Pourtant, il a reconduit exactement le même onze. C’est là que réside sa principale responsabilité.
Une Coupe du monde ne laisse aucune place aux sentiments. Le statut, le passé ou le leadership ne garantissent pas une place sur le terrain. Pape Thiaw a choisi de mourir avec ses cadres plutôt que de prendre des décisions fortes. Il a vu les signaux d’alerte sans jamais corriger sa trajectoire. Son jusqu’au-boutisme lui coûte aujourd’hui très cher.
Des cadres en dessous de tout
Mais le sélectionneur n’a pas été le seul fautif. Plusieurs leaders de vestiaire ont également abandonné leur entraîneur sur le terrain. Kalidou Koulibaly symbolise ce naufrage. Déjà impliqué sur les trois buts face à la France, le capitaine sénégalais a encore été en difficulté contre la Norvège, responsable sur deux des trois concédés. Son dégagement raté sur l’ouverture du score et son retard sur l’action du troisième but ont lourdement pesé. Revenu de blessure après plus de deux mois sans véritable rythme de compétition, il a semblé dépassé par l’intensité du rendez-vous.
Idrissa Gana Guèye, lui aussi de retour après une longue absence, n’a jamais retrouvé l’activité qui faisait sa force. Sa perte de balle sur le deuxième but norvégien illustre ses difficultés actuelles. Le vice-capitaine a disputé l’intégralité de la rencontre alors que son influence diminuait au fil des minutes.
Pape Guèye a traversé le match comme une ombre. Peu mobile sans ballon, peu inspiré avec, il n’a jamais réussi à répondre au défi imposé par le milieu norvégien. Quant à Sadio Mané, passeur décisif sur le premier but d’Ismaïla Sarr, il n’a jamais pesé comme un leader offensif censé porter son équipe dans les moments critiques.
L’heure des choix courageux
Le plus inquiétant pour le Sénégal n’est peut-être pas la défaite elle-même, mais ce qu’elle révèle. Derrière les erreurs tactiques et les défaillances individuelles apparaît une sélection prisonnière de ses certitudes. Pape Thiaw a été trahi par ses cadres. Mais il est aussi coupable de ne pas avoir anticipé leur déclin physique et leur manque de rythme. À force de protéger ses hommes forts, il a fini par fragiliser l’ensemble de son équipe.
Le Mondial ne récompense ni les souvenirs ni les statuts. Il récompense les joueurs capables de répondre à l’exigence du présent. Et aujourd’hui, le Sénégal paie le prix d’avoir trop longtemps regardé vers son passé.
Mouhamed DIEDHIOU

