LE SENEGAL QUALIFIE AU MONDIAL: Pape Thiaw, l’autre miracle de 2002
Propulsé sur le banc des Lions après le départ d’Aliou Cissé, Pape Thiaw a déjoué tous les pronostics. Avec cinq victoires consécutives, le technicien a offert au Sénégal sa qualification pour la Coupe du monde 2026. Calme, lucide et pragmatique, l’ancien attaquant de la génération 2002 s’impose désormais comme le visage d’un renouveau serein.
Lorsqu’il a été choisi pour succéder à Aliou Cissé sur le banc des Lions il y a un an, Pape Thiaw ne faisait pas l’unanimité. On le disait trop vert, trop réservé, peu expérimenté pour endosser un costume aussi lourd. Pourtant, à force de travail et de justesse, il a su transformer le doute en adhésion.
Après un premier nul frustrant face au Soudan du Sud (0-0) pour son premier match dans les éliminatoires de la Coupe du monde, les Lions ont enclenché une série de cinq victoires d’affilée avec notamment une belle remontada au stade des Martyrs face à la RD Congo (3-2) en septembre dernier. Un finish d’enfer qui a donné comme résultat un billet pour le Mondial 2026 déjà validé, et un entraîneur désormais installé dans le cœur des Sénégalais.Ce succès n’a rien d’un hasard. Pape Thiaw a bâti une équipe à son image : sobre, compacte, mais efficace.
L’ancien attaquant des Lions n’a pas cherché à tout révolutionner, seulement à ajuster, affiner, simplifier. Et ça marche. Invaincu en 12 matchs sur le banc des Lions, il compte 10 victoires et 2 matchs nuls. Son jeu séduisant tourné vers l’offensive, mais avec une défense solide, 28 buts marqués contre 4 seulement encaissés, a métamorphosé l’équipe et fait le bonheur de tout un peuple.
Un tacticien qui lit le jeu avec finesse
Sur cette fenêtre internationale d’octobre, le technicien des Lions a su adapter son équipe à la stratégie adverse grâce à sa bonne lecture de jeu. Face au Soudan du Sud, son attaque semblait à bout de souffle, incapable de trouver la moindre brèche. Nicolas Jackson, souvent esseulé, ne parvenait pas à jouer ce rôle d’appui tant espéré. C’est alors que Pape Thiaw, sans s’agiter, a trouvé la clé : une permutation entre Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr. Résultat immédiat, plus de mouvement, plus de liberté, et surtout plus d’occasions.
Le Sénégal s’est remis à respirer et a finalement balayé le Soudan du Sud (5-0)Le scénario s’est répété face à la Mauritanie. En première période, le bloc adverse, dense et discipliné, coupait les lignes de passe. Jackson ne pesait pas, Iliman Ndiaye peinait à déborder Aly Abeid sur le flanc. En repositionnant le joueur d’Everton dans l’axe après la pause, Thiaw a renversé le match. Iliman a pris les commandes, dicté le tempo et inscrit un but plein de sang-froid.
Encore une fois, la lecture du jeu du sélectionneur a tout changé.Son équipe sait également se montrer patient et marquer au moment où ça fait le plus mal à l’adversaire à l’image du deuxième but contre les Mourabitounes qui est la conclusion d’une action de plus de 30 passes.Le pragmatisme comme boussoleLoin des systèmes rigides, Pape Thiaw s’adapte. Il ne s’encombre pas de dogmes, il agit selon les circonstances. Au milieu, il aligne « les meilleurs », sans s’égarer dans des calculs inutiles et a réussi à les faire un peu plus contribuer offensivement en leur donnant plus de liberté (9 des 28 buts marqués par des milieux).
Il n’a jamais aligné le même milieu deux fois de suite Et quand vient le moment de changer, il le fait sans hésiter.
Ses remplaçants ?
Des finisseurs de mission (8 remplaçants directement impliqués sur un but en 12 matchs sur le banc). Ses compositions ? Toujours cohérentes. Dans un effectif aussi riche que celui du Sénégal, parvenir à dégager des associations solides et équilibrées relève presque de l’art. Thiaw a surtout compris une chose essentielle. Le football moderne se gagne aussi dans les détails. Sa force, c’est d’observer, d’écouter et d’ajuster. Sans bruit, mais avec précision. Les entames de match poussives sont par contre l’un des axes de progression de son équipe, qui met beaucoup de temps à démarrer.
Un leader respecté
Au-delà du terrain, Pape Thiaw séduit par son attitude. Son calme n’est pas de la timidité, mais une force tranquille. Il parle peu, mais ses mots portent. Ses joueurs apprécient son respect, son sens du collectif, sa proximité sans familiarité.Il ne cherche ni la lumière ni les polémiques. Il avance, droit, concentré sur l’essentiel : la performance du groupe. Cette discrétion tranche avec l’époque, mais elle fait du bien.
Elle incarne un autre style de leadership, fondé sur la confiance et la constance. Et à voir la manière dont ses joueurs se battent pour lui, le message passe. Il a réussi à repositionner et relancer Sadio Mané (3 buts et un penalty provoqué sur les deux matchs d’octobre), fait émerger Iliman Ndiaye qui semble avoir enfin trouvé son rythme avec les Lions, redonné vie à l’attaque (tous les 9 buts de cette fenêtre ont été inscrits par les attaquants).
L’héritier de 2002
Comme Aliou Cissé avant lui, Pape Thiaw appartient à cette génération 2002 qui a façonné l’identité moderne du football sénégalais. Vingt-trois ans plus tard, le voilà à son tour qualifié pour une Coupe du monde.La boucle est bouclée, mais une nouvelle page s’ouvre. Celle d’un sélectionneur qui ne s’enflamme pas, mais qui avance avec conviction. Dans un football souvent dominé par le bruit, il impose le silence des résultats. Et si le Sénégal brille aux États-Unis, il faudra se souvenir qu’avant les exploits, il y a eu la main sûre d’un homme qui, calmement, a rendu les Lions à leur meilleure version d’eux-mêmes.
Mouhamed DIEDHIOU

