LA CHRONIQUE DE MLD: Un mandat fortement intoxiqué…Par Mamadou Lamine DIATTA
« Savoir attendre sans faiblir plutôt que de céder à l’empressement d’un jour »
Bassirou Diomaye FAYE
Lorsqu’un Leader préfère emprunter les chemins sinueux de l’allusion et de l’invective en pleine cérémonie officielle, cela veut dire qu’il tente de régler des comptes au détour d’un discours. Nous ne sommes plus dans la solennité républicaine mais dans les rudes batailles de tranchées. Pour le Président Bassirou Diomaye Faye en pleine crise avec son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, « il faut savoir attendre sans faiblir plutôt que de céder à l’empressement d’un jour ».
Avec de tels éléments de langage et ce jeu de ping- pong entre les deux têtes de pont de notre pays, Mohamed Mbougar Sarr a bel bien raison de prononcer sa sentence à lui en toute objectivité : « Ce mandat je regrette de le dire, est déjà quasi perdu » assène le célèbre écrivain. Alors qu’est ce qui explique cette levée de boucliers, sorte de volée de bois vert contre Mbougar qui n’a fait que constater une situation alambiquée qui concerne un pays pauvre en manque criant de liquidités et qui se fait rabrouer depuis plus de deux ans par une FMI condescendante ? À la décharge du pouvoir, une dette cachée de plus de 4200 milliards cfa léguée par l’ancien pouvoir.
Au rythme où vont les choses le régime- Diomaye Faye est parti pour limiter les dégâts jusqu’en 2029.
Il faut se rendre à l’évidence. La crise politique est déjà saillante. Pour la crise institutionnelle, le pays n’en veut point.Clair et net histoire de sauver ce qui peut l’être. Aux deux principaux Leaders du pays de prendre leurs responsabilités !
Les signaux envoyés sont facilement lisibles. Après les ministres Pastef qui ont préféré ne plus siéger dans le nouveau gouvernement conformément à leurs principes, place à la chasse aux Directeurs généraux impétueux qui ont refusé de s’aligner sur la ligne Diomayenne. Une grande battue sera organisée. Chaque séance de conseil des ministres sera scrutée.
Ce que nous appelons trivialement la « désonkisation » des niches administratives sera mise en branle puisque le divorce est acté. Le cas échéant, ce serait compréhensible quelque part d’autant qu’en politique, tous les coups semblent permis. L’arène politique n’étant pas le domaine des enfants de chœur.
On comprend mieux la montée en puissance de Madame Mimi Touré auprès des médias internationaux Mainstream comme RFI.
Le Président Diomaye Faye a décidé de gouverner en restant seul maître à bord comme pour revenir à une certaine orthodoxie…
Par ailleurs, le FDR ( opposition) profite de l’occasion pour travailler sur une destitution de Sonko à l’assemblée. Le message : « Il faut bouter dehors Sonko hic et nunc » Telle une meute de carnassiers, certaines figures emblématiques de l’opposition montent au créneau pour exiger la défenestration judiciaire de Sonko du perchoir. Vaste programme qui sera arbitré le cas échéant par le fameux Conseil Constitutionnel.
À ce rythme, on est quasiment dans le scénario du pire. TOUT sauf Sonko avec l’État- Diomaye et la crème de ce qui faisait jusque-là office d’opposition à la manœuvre.
Il est vrai que par son approche disruptive de la politique, Ousmane Sonko n’est franchement pas un Saint. Il a donné beaucoup de coups comme il en a également reçu. Il
avait surtout ouvert énormément de fronts. Autrement dit, il s’est fait trop d’adversaires irréductibles pour ne pas dire « d’ennemis ». Le problème pour ces contempteurs c’est que le Président de l’Assemblée nationale sait conjuguer le verbe résister. Il a fait face à tellement de vents contraires; des bourrasques venues de partout et de nulle part depuis son entrée sur la scène politique en 2014…Un dur à cuire s’il en est. Jusqu’à quand ? Question existentielle.
Il est évident que l’État, disons l’exécutif grandeur nature dans sa configuration actuelle ne lui fera aucun cadeau.
Scénario classique entre Senghor contre Mamadou Dia,
Wade contre Idrissa Seck
Macky contre Mimi Touré ou même Macky contre Amadou Ba. Sauf que les contextes sont différents. Le Président Bassirou Diomaye Faye part avec un handicap de taille : À la différence de ses quatre prédécesseurs, il ne dispose pas de cet appareil politique, ce rouleau compresseur qui broie tout sur son passage. Il le cherche difficilement avec cette coalition Diomaye qui peine à se faire adopter par le Sénégal réel. Du moins, nous aurons une véritable idée de ce que pèse cette alliance présidentielle lors des toutes prochaines élections locales prévues en 2027.
De ce point de vue, l’hommage au Président Abdoulaye Wade était du pain béni pour l’actuel Chef de l’État qui en a largement profité pour se payer une cure thermale en termes de repositionnement de son image et d’affirmation de son statut incontestable de clé de voûte des Institutions et seul maître à bord.
Pour le Président Faye, Sonko est un homme pressé. Or, la patience est une vertu. « Savoir attendre sans faiblir plutôt que de céder à l’empressement d’un jour » : une pique assassine, sorte d’allusion à peine voilée destinée à son adversaire le plus redoutable. Son mentor dans une autre vie. À l’image des voies du Seigneur, les chemins de la politique sont insondables. Les acteurs politiques de ce pays sont pleinement dans un jeu d’échecs.
Et les 19 millions de concitoyens dans tout ca ? Qui parmi les deux principaux protagonistes pense au panier de la ménagère ?
Qui s’inquiète de cette économie exsangue ?
Qui pour relancer la machine de création d’emplois et de richesses, ramener la confiance auprès des investisseurs et remettre le pays en marche ?
Qui pour dire à Diomaye et à Sonko de surseoir à cette bagarre de borne- fontaine, taire leurs rancœurs pour travailler d’abord à l’amélioration de nos désastreuses conditions de vie d’autant que la présidentielle de 2029 n’est pas encore à l’ordre du jour ?
Qui pour leur dire de penser aux générations futures et non à la prochaine consultation électorale ?…Bref, tout ce qui différencie un homme d’Etat d’un politicien !
C’est exactement toute la tragédie de la situation actuelle exacerbée par des faucons de tout poil.
Mbougar a donc raison. Ce mandat est parasité…
Avec le recul, on se rend compte que Pastef a été surpris par la victoire présidentielle en mars 2024. Ces hauts responsables ne sont visiblement pas préparés à la gestion de l’État…
Toute cette scénographie déployée depuis deux ans entre les deux camps antagoniques du pouvoir qui s’étripent à qui mieux-mieux donne l’impression d’un véritable gâchis.
Pauvre Sénégal !
Pauvre Afrique !

