SUPPRESSION DU PAIEMENT DES PÉCULES À L’ENTSS: Le ministère des Finances provoque la colère du SUTSAS
La décision du ministère des Finances de supprimer le paiement des pécules accordés aux élèves professionnels de l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés (ENTSS) suscite une vive polémique au sein du secteur de la santé et de l’action sociale. Le Syndicat unitaire des travailleurs de la santé du Sénégal (SUTSAS) est monté hier au créneau pour dénoncer une mesure qu’il considère comme une remise en cause d’acquis syndicaux obtenus « de haute lutte ».
Dans une correspondance adressée au ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, portant sur le projet d’arrêté interministériel relatif à l’attribution de pécules aux élèves professionnels de l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés (ENTSS) pour la session 2025-2026, le ministre des Finances, Cheikh Diba, estime que les agents admis aux concours professionnels de cette école ne peuvent bénéficier d’un pécule en plus de leur salaire d’agent de l’État.
Le ministre rappelle que ces élèves continuent de percevoir leur rémunération habituelle durant leur formation, conformément à l’article 61 de la loi n°61-33 du 15 juin 1961 portant Statut général de la Fonction publique. Ce texte prévoit que les fonctionnaires suivant des stages de formation professionnelle conservent leur rémunération d’activité correspondant à leur grade. Selon le ministère des Finances, aucune disposition juridique ne prévoit cependant l’octroi d’un pécule supplémentaire, aussi bien pour les fonctionnaires que pour les agents non fonctionnaires admis à des concours professionnels.
Une position qui fait bondir le Syndicat unitaire des travailleurs de la santé du Sénégal (SUTSAS). Le syndicat accuse le ministre des Finances de multiplier les décisions défavorables au secteur social et sanitaire. « Plus rien ne nous surprend de sa part », fulminent les syndicalistes, qui dénoncent également la baisse des budgets alloués à la santé et à l’action sociale, ainsi que la réduction des bourses familiales destinées aux personnes vivant avec un handicap.
Pour le SUTSAS, le salaire perçu par les élèves professionnels permet d’assurer les charges familiales, tandis que le pécule constitue un appui destiné à renforcer leurs capacités durant leur formation. Le syndicat rejette ainsi « avec la dernière énergie » toute tentative de suppression de cet acquis social et prévient le gouvernement des conséquences qu’une telle décision pourrait entraîner.
Dans son communiqué, le syndicat appelle également ses militants à davantage de vigilance et de solidarité face à ce qu’il qualifie de « logique de démantèlement des acquis sociaux ». Selon lui, après les bourses d’études, les bourses familiales, les heures supplémentaires et les ponctions sur salaires des grévistes, d’autres avantages sociaux pourraient être remis en cause.
Le SUTSAS rappelle que l’attribution des pécules et des frais de mémoire aux élèves professionnels de l’ENTSS résulte d’une longue lutte syndicale menée en 2006 sous le magistère de Abdou Fall. Ces montants avaient ensuite été revalorisés dans le cadre du protocole d’accord signé le 17 février 2014 entre le gouvernement et le SUTSAS, sous la conduite de Awa Marie Coll Seck et de Mansour Sy.
Le syndicat conteste également les arguments juridiques avancés par le ministre des Finances. « Cheikh Diba nous fait comprendre que ses prédécesseurs ignoraient le Statut général des fonctionnaires lorsqu’ils avaient satisfait cette revendication. Quid alors des fonds communs dont bénéficient certains corps ? », s’interroge le SUTSAS.
Viviane DIATTA

