OFNAC: En six mois, 107 plaintes, 189 auditions et une offensive anticorruption sans précédent…
Le président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), Moustapha Ka, revendique une rupture dans la lutte contre la corruption au Sénégal. Invité de l’émission « Point de vue », le magistrat a présenté un bilan marqué par une hausse des plaintes, des enquêtes accélérées et des autosaisines inédites. Entre amélioration de l’indice de perception de la corruption et multiplication des investigations dans des secteurs sensibles, l’OFNAC affiche sa volonté de passer à une nouvelle phase offensive.
Le ton est ferme, les chiffres assumés et le message clair : l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNCA) veut désormais imposer un nouveau rythme dans la traque des pratiques illicites. Dans l’émission « Point de vue » sur la RTS1, le président de l’OFNAC, Moustapha Ka, a déroulé un premier bilan qu’il présente comme le signe d’un tournant majeur dans la gouvernance publique.
Premier motif de satisfaction affiché par le magistrat : la progression du Sénégal dans l’Indice de perception de la corruption (IPC). Le pays est passé de 43 points en 2023 à 46 points en 2025, gagnant ainsi trois points en deux ans. Une avancée que Moustapha Ka qualifie de « record », même si le Sénégal demeure encore sous la barre symbolique des 50 points, seuil considéré comme celui de sortie de la zone critique.
« Il nous reste quatre points à gagner pour atteindre la barre des 50 », a-t-il indiqué, rappelant que le Sénégal occupe actuellement la 62e place mondiale sur 182 pays évalués. Sur le continent africain, le pays reste derrière les Seychelles, le Cap-Vert, le Botswana et le Rwanda, souvent cités comme références en matière de gouvernance et de transparence.
Une rupture dans les méthodes d’intervention
Au-delà des indicateurs internationaux, le président de l’OFNAC insiste surtout sur la transformation des pratiques internes de l’institution. Depuis l’installation de la nouvelle équipe dirigeante le 29 décembre 2025, l’office a déjà déclenché deux procédures d’autosaisine. Un chiffre loin d’être anodin selon lui. « De 2012 à 2025, l’OFNAC n’avait connu que deux autosaisines. Ce qui a été fait en douze ans, nous l’avons réalisé en moins d’un an », a soutenu Moustapha Ka.
Les dossiers concernés toucheraient l’administration publique, notamment les secteurs de la santé et de la presse. Le patron de l’OFNAC reste toutefois prudent sur leur contenu, invoquant le secret de l’enquête. Il rappelle également que l’autosaisine ne peut être utilisée à la légère et doit s’appuyer sur des critères stricts, notamment la crédibilité des informations reçues et celle des lanceurs d’alerte.
Plus de cent plaintes en six mois
L’autre indicateur mis en avant est l’augmentation spectaculaire des dénonciations adressées à l’OFNAC. Depuis l’arrivée de la nouvelle direction, 107 plaintes et signalements ont été enregistrés. Pour Moustapha Ka, cet afflux traduit une confiance croissante des citoyens dans l’institution, mais aussi les effets des réformes engagées depuis l’alternance politique de 2024. Il cite notamment le renforcement des pouvoirs de l’OFNAC, l’adoption d’une loi protégeant les lanceurs d’alerte ainsi que les avancées sur l’accès à l’information publique.
Parmi les plaintes reçues, 33 ont été classées sans suite car ne relevant pas du champ de compétence de l’office. En revanche, 27 ordres d’ouverture d’enquête ont déjà été signés, tandis que six autres dossiers devraient bientôt être transmis au département des investigations. Le président de l’OFNAC révèle également que deux rapports d’enquête finalisés ont déjà été transmis aux autorités compétentes, alors que trois autres sont actuellement en phase de transmission.
Une activité d’enquête intense
Dans le détail, l’OFNAC revendique une activité particulièrement soutenue sur le terrain. Pas moins de 189 personnes ont été convoquées et entendues dans le cadre des procédures ouvertes. Selon Moustapha Ka, ces auditions concernent des individus « de tous rangs et de tous statuts ».
L’institution a également adressé 147 réquisitions et demandes de collaboration à différentes administrations, banques et structures financières. Ces investigations visent notamment à vérifier des mouvements bancaires, des titres fonciers, des cartes grises ou encore des patrimoines immobiliers.
Le président de l’OFNAC a d’ailleurs lancé un avertissement aux structures qui refuseraient de coopérer. « Le refus de donner l’information sollicitée est constitutif d’infraction », a-t-il prévenu, soulignant que toute administration récalcitrante pourrait faire l’objet de poursuites judiciaires.
Santé, foncier et transport dans le viseur
Plusieurs secteurs apparaissent aujourd’hui comme particulièrement exposés aux investigations de l’OFNAC. Parmi eux figurent les collectivités territoriales, la santé, l’action sociale, l’habitat, le foncier ainsi que le transport.
Moustapha Ka évoque notamment des pratiques d’« extorsion » dans les contrôles routiers, mais aussi des dossiers liés à la formation professionnelle, à l’environnement et à certaines représentations sénégalaises à l’étranger.
Le président de l’office rappelle à ce sujet que l’OFNAC peut également être saisi de faits de corruption impliquant des ressortissants sénégalais hors du territoire national, notamment dans les missions diplomatiques.
« Les résultats se verront devant la justice »
Le magistrat a enfin insisté sur le processus de validation des rapports d’enquête avant leur transmission aux juridictions compétentes. Chaque dossier est examiné par une assemblée de douze membres indépendants composée de magistrats, universitaires, administrateurs civils et représentants de la société civile.
Cette étape vise, selon lui, à garantir la solidité des preuves et la crédibilité des procédures engagées. « Ce n’est pas n’importe quel rapport qui est transmis », a-t-il insisté.
Pour Moustapha Ka, la véritable mesure de l’efficacité de l’OFNAC se verra désormais dans les tribunaux, à travers l’ouverture de poursuites judiciaires et les convocations des personnes mises en cause. Une manière pour l’institution d’afficher sa volonté de transformer les dénonciations et enquêtes en actions judiciaires concrètes.
Mamadou Lamine CAMARA
DECLARATION DE PATRIMOINE
Des ministres et patrons d’institutions dans le viseur de l’OFNAC
Le président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), Moustapha Ka, a dressé un constat préoccupant sur l’application de la loi relative à la déclaration de patrimoine. Invité de l’émission « Point de vue », le magistrat a révélé que sur 1 594 assujettis recensés, seules 558 déclarations ont été enregistrées.
« Nous avons aujourd’hui un très faible taux », a déploré, le président de l’OFNAC ; précisant que huit ministères et institutions n’ont toujours pas transmis leurs listes nominatives. Le président de l’organe de contrôle a également confirmé que plusieurs hautes autorités figurent parmi les retardataires. « Il y a des ministres qui n’ont pas encore fait leur déclaration de patrimoine », a indiqué Moustapha Ka, ajoutant que des chefs d’institutions sont aussi concernés. Tout en privilégiant jusque-là une approche « diplomatique et pédagogique », il a lancé un appel pressant aux concernés : « Nous les invitons de façon solennelle à se conformer à la loi ».
Depuis la réforme de 2025, l’OFNAC dispose de sanctions renforcées contre les assujettis récalcitrants. En cas de refus persistant après mise en demeure, l’institution peut appliquer une retenue sur salaire équivalente au quart du traitement, maintenue « aussi longtemps que l’assujetti persiste dans son refus ». Le défaut de déclaration expose également à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à quatre ans d’emprisonnement, une amende correspondant au tiers du patrimoine et une interdiction d’exercer une fonction publique.
Concernant la transparence, Moustapha Ka a rappelé que « la loi ne prévoit pas la publication du contenu des déclarations », sauf pour le président de la République. Toutefois, l’OFNAC entend publier, sur son site internet et au Journal officiel, les noms des autorités en infraction ainsi que ceux des responsables ayant respecté leurs obligations « pour les encourager ».
Face aux arguments liés aux lenteurs administratives, le magistrat a insisté sur la responsabilité individuelle des assujettis. « La loi a été votée et publiée au Journal officiel. Tout le monde sait dans quel délai on doit déclarer », a-t-il martelé, assurant que l’OFNAC suit la situation au quotidien et appliquera les sanctions au « moment opportun ».
Mamadou Lamine CAMARA

