CONFLIT AU MOYEN-ORIENT-CHOC PETROLIER: La pêche industrielle sénégalaise au bord du gouffre avec de 5 milliards de surcoûts mensuels
Le conflit déclenché le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran provoque une onde de choc jusque dans les eaux sénégalaises. Déjà fragilisée, la pêche industrielle fait face à une flambée sans précédent du prix du gasoil maritime, mettant en péril la rentabilité des armements.
Dans un document de référence exploité par L’Informé, Alassane Dieng, Secrétaire général du GAIPES (Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal), tire la sonnette d’alarme. « La montée en flèche du prix a entraîné une érosion drastique de la rentabilité des opérations de pêche », fait-il constater.
Le gasoil maritime passe de 380 à 899 FCFA
Le constat est sans appel. « Le litre de gasoil maritime est passé de 380 FCFA avant le conflit à 899 FCFA aujourd’hui, soit une hausse de 136,6% », alerte M- Dieng. Or, rappelle-t-il, « le carburant représente entre 40% et 60% des charges d’exploitation des armements ». « La montée en flèche du prix a entraîné une érosion drastique de la rentabilité des opérations de pêche », insiste-t-il.
« L’impact financier est colossal. À lui seul, le parc des 50 navires membres du GAIPES, avec une consommation mensuelle estimée à 4 millions de litres, enregistre un surcoût de plus de 2 milliards FCFA par mois, du fait d’une hausse de 519 FCFA par litre. Rapportée à l’ensemble des 126 navires de la flotte nationale, la facture dépasse désormais les 5 milliards FCFA mensuels. Si la crise dure six mois, le surcoût dépasserait 30 milliards FCFA, soit l’équivalent des bénéfices 2025 du Port Autonome de Dakar », alerte-t-il.
Six mois de crise, 30 milliards de surcoût, équivalent des bénéfices 2025 du Port
À cette pression financière s’ajoute une contrainte logistique : les tensions sur l’approvisionnement en carburant. Selon Alassane Dieng, qui est par ailleurs le Secrétaire général de l’AFIEX (Association africaine des importateurs et exportateurs de produits halieutiques), « cette situation entraîne déjà des perturbations majeures dans le secteur, avec des navires immobilisés à quai et des arrêts partiels, voire totaux, des activités de pêche ».
Les conséquences sociales s’annoncent tout aussi préoccupantes. Le risque de chômage s’accroît pour les marins, en majorité des jeunes, mais aussi pour les travailleurs à terre, notamment les femmes actives dans les chaînes de transformation. À cela s’ajoutent des effets indirects redoutés : hausse du prix du poisson, déficit d’approvisionnement du marché national, raréfaction du produit pour les ménages, baisse des exportations et pertes de devises pour l’État.
Une crise d’autant plus critique qu’elle intervient dans un contexte déjà fragile. Alassane Dieng rappel que le secteur subit depuis plus d’une décennie une succession de chocs : hausse des redevances sur les licences pouvant atteindre 655%, avertissement de l’Union européenne avec un carton jaune, augmentation des coûts de certification, ou encore difficultés d’approvisionnement en appâts vivants pour les thoniers. « Ces chocs répétés ont considérablement réduit la capacité de résilience des entreprises », souligne-t-il.
La viabilité de l’industrie halieutique en jeu
Aujourd’hui, l’alerte est claire. « C’est la viabilité même de l’industrie halieutique qui est en jeu », prévient-t-il. Pour le Secrétaire général du GAIPES, « la pêche industrielle se trouve à un tournant décisif. Sans mesures fortes, coordonnées et rapides, le risque d’effondrement d’un secteur stratégique de l’économie sénégalaise est réel ».
Tout en saluant les démarches engagées par le Ministère des Pêches et de l’Économie maritime, il réaffirme la disponibilité des professionnels à œuvrer dans une dynamique de responsabilité partagée. Objectif : permettre au secteur de traverser cette crise et préserver les équilibres économiques et sociaux.
Abdoulaye DIAO

