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ÉDUCATION – CRISE AU PAPSE-Daaras en colère : les maîtres boycottent les fournitures et exigent leurs sept mois d’arriérés

Le climat se tend davantage entre le ministère de l’Éducation nationale et les acteurs du Projet d’Amélioration des Performances du Système Éducatif (PAPSE).

Regroupés en collectif, les maîtres coraniques, communément appelés Serigne Daaras, ont franchi un nouveau cap ce vendredi en annonçant un boycott systématique des fournitures et matériels pédagogiques mis à disposition par les Inspections de l’Éducation et de la Formation (IEF).Cette décision intervient dans la foulée du communiqué publié le 13 avril par les autorités éducatives, annonçant la distribution d’outils pédagogiques au profit de 1 098 daaras partenaires.

Une initiative jugée largement insuffisante, voire hors sujet, par les concernés.Pour le Collectif des maîtres, l’urgence est ailleurs. « Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de cahiers d’exercices, mais de pouvoir survivre et continuer à encadrer les apprenants dans des conditions dignes », dénoncent-ils.

Une prise de position qui illustre le fossé grandissant entre les décisions administratives et les réalités du terrain.Au cœur de la contestation, la question des rémunérations impayées cristallise les tensions. Les prestataires affirment n’avoir perçu aucun salaire depuis sept mois, malgré les contrats de performance signés dans le cadre du PAPSE.

Un rejet frontal de la réponse ministérielle

Une situation que les protestataires qualifient de « précarité extrême », aggravée par des pratiques jugées opaques dans les rares paiements partiels effectués. Selon le Collectif, certaines régularisations auraient été opérées de manière sélective et sans justification claire, laissant de nombreux encadreurs dans l’expectative.

Au-delà des arriérés, les maîtres coraniques dénoncent un désengagement progressif de l’État. Ils affirment assumer seuls l’ensemble des charges liées au fonctionnement des daaras : achat de matériel pédagogique, prise en charge sanitaire des apprenants et gestion des cantines.Cette situation met en péril non seulement les conditions de travail des encadreurs, mais aussi la continuité des activités pédagogiques dans ces structures essentielles du système éducatif non formel.

Des revendications claires et un appel au sommet de l’ÉtatFace à ce qu’ils considèrent comme une impasse, les membres du Collectif rejettent toute médiation via la Direction des Daara. Ils exigent désormais une audience directe avec le ministère des Finances ainsi qu’avec les autorités décisionnaires compétentes.

Leurs revendications s’articulent autour de trois points majeurs : le paiement immédiat des arriérés de salaire, la transparence dans la gestion des fonds du projet et l’intégration prioritaire des encadreurs expérimentés lors des prochains recrutements nationaux.

Dans un appel solennel, le Collectif interpelle le Président de la République et le Premier ministre pour une intervention urgente. Objectif : « préserver la dignité des acteurs et éviter une déstabilisation durable du programme éducatif ».

Alors que le PAPSE ambitionne d’améliorer durablement les performances du système éducatif, cette crise sociale met en lumière les fragilités de sa mise en œuvre.

Entre attentes non satisfaites et tensions croissantes, le bras de fer engagé pourrait, à terme, impacter l’ensemble du dispositif, si une réponse rapide et structurelle n’est pas apportée.

Adama AIDARA