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PATRICE MOTSEPE À DAKAR CE MERCREDI: L’heure des comptes pour la CAF

Attendu ce mercredi dans la capitale sénégalaise, Patrice Motsepe s’avance sur une ligne de crête. Entre agenda millimétré, tensions diplomatiques et arbitrage du Tribunal arbitral du sport (TAS) en toile de fond, la visite du patron de la CAF dépasse largement le cadre protocolaire.

Il avait promis d’agir. Le 29 mars dernier, au Caire, Patrice Motsepe assurait vouloir apaiser les tensions entre le Sénégal et le Maroc, nées des prolongations sans fin de la finale de la CAN 2025. Dix jours plus tard, le voilà à Dakar pour une séquence aussi courte qu’explosive.
Sur le papier, tout est cadré. Arrivée prévue à 03h29, accueil par Abdoulaye Fall et une délégation de la Fédération sénégalaise de football. À 05h00, le secrétaire général par intérim de la CAF, Samson Adamu, doit à son tour fouler le sol dakarois, pris en charge par Abdoulaye Saydou Sow et par l’administration de l’instance dirigeante du football sénégalais.

Motsepe pas invité officiellement, mais débarquera à Dakar
La matinée s’annonce dense : petit-déjeuner de travail à 09h00 entre les deux présidents, visite du nouveau siège fédéral à Keur Gorgui à 10h30, puis cap sur Île de Gorée à 11h30 pour une séquence hautement symbolique. Un déjeuner officiel est prévu dans la foulée, avant un retour sur Dakar à 14h00 et un départ fixé à 18h00, après une audience avec le président Bassirou Diomaye Faye au Palais, à 17h00 et un point de presse à l’hôtel Pullman à 17h45. Une visite éclair, compressée en moins de 24 heures.
Mais derrière ce minutage quasi militaire, les zones d’ombre persistent. Longtemps incertaine, l’audience avec le président Bassirou Diomaye Faye a finalement été confirmée pour 17h00, après une première communication floue de la fédération. Une hésitation révélatrice d’un malaise plus profond. La venue de Motsepe semble s’être construite en marge des circuits classiques, sans invitation formelle clairement établie.
Plus troublant encore, c’est la Présidence qui aurait évoqué en premier l’arrivée du dirigeant sud-africain, brouillant les lignes protocolaires, alors que la FSF doit être son interlocuteur. Dans un contexte où la Confédération africaine de football voit son autorité fragilisée, ce détail n’a rien d’anodin.

Une visite aux nombreux enjeux
Car l’enjeu dépasse la simple visite de courtoisie. Au cœur des discussions : la crise ouverte autour de la CAN 2025, le sort des 18 supporters sénégalais détenus au Maroc depuis 80 jours, mais aussi la plainte annoncée par l’État sénégalais pour corruption visant des membres du Jury d’Appel.
À cela s’ajoute une nouvelle secousse interne. Dans une sortie remarquée, Faustino Varela Monteiro, vice-président du Jury d’Appel, a publiquement contesté la décision attribuant la victoire au Maroc. Une prise de position rarissime qui fragilise encore un peu plus la crédibilité de l’instance.
Le juriste a d’ailleurs rappelé une évidence lourde de conséquences : le Tribunal arbitral du sport pourrait intervenir en cas d’irrégularités manifestes. Un scénario que Motsepe anticipe déjà, assurant que la CAF se conformera à toute décision. Une déclaration qui sonne moins comme une posture que comme un aveu de contrainte.
Dans ce contexte, la visite dakaroise prend des allures de mission commando. Entre diplomatie, gestion de crise et communication, Motsepe joue une partie serrée. À Dakar, il ne s’agit plus seulement de serrer des mains, mais de tenter de recoller les morceaux d’un football africain sous tension avant une visite tout aussi attendue au Maroc.

Mouhamed DIEDHIOU