LE GOUVERNEMENT AFFICHE LA TRANSPARENCE, LE CDEPS DENONCE UNE REPARTITION INEQUITABLE du Fonds d’appui à la presse : l’argent de la controverse
Le ministère de la Communication, sous la conduite de Alioune Sall, a présenté, ce mardi, au Building administratif, un rapport détaillé sur la gestion du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP). Un exercice que les autorités qualifient « d’inédit en matière de transparence », mais qui suscite déjà de vives contestations dans le secteur.
Au cœur des annonces, une enveloppe globale de 1,9 milliard FCFA inscrite au budget 2025, dont 1,8 milliard FCFA effectivement distribués à 164 bénéficiaires, avec un reliquat de 9 993 FCFA, selon les précisions du Directeur de la Communication, Habibou Dia.
Les radios communautaires en tête
Dans le détail, les radios communautaires captent la plus grande part du fonds, avec 412,2 millions FCFA, confirmant leur rôle central dans l’écosystème médiatique. Elles sont suivies par la presse en ligne (326,8 millions FCFA), signe de la montée en puissance du numérique. Les télévisions reçoivent 157,5 millions FCFA, tandis que la presse écrite, fragilisée économiquement, bénéficie de 106 millions FCFA. Les radios commerciales ferment la marche avec 96,25 millions FCFA.
Au total, les bénéficiaires se répartissent comme suit : 127 radios communautaires, 21 médias en ligne, 7 titres de presse écrite, 5 télévisions et 4 radios commerciales.
Une volonté de réforme affichée
Pour le ministre Alioune Sall, ce rapport dépasse la simple logique de répartition financière. Il s’inscrit, selon lui, dans « une volonté de réforme structurelle du secteur », en cohérence avec les orientations du président Bassirou Diomaye Faye.
Les autorités mettent en avant une gestion fondée sur le respect des critères d’éligibilité, l’égalité de traitement entre les médias et la transparence dans les arbitrages.
« Ces allocations résultent des décisions du Conseil de gestion, prises dans le strict respect des textes en vigueur », a insisté Habibou Dia.
Le CDEPS monte au créneau
Mais cette lecture est loin de faire consensus. Plusieurs acteurs des médias privés contestent la répartition du fonds. En première ligne, le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS), qui dénonce une attribution qu’il juge « inique et illégale ».
Son président, Mamadou Ibra Kane, a annoncé la tenue d’une conférence de presse ce mercredi à 12 heures, à la Maison de la Presse Babacar Touré, dans la salle Alpha Abdallah Sall.
Au-delà des chiffres, cette controverse remet au centre du débat la question de la gouvernance du financement public des médias au Sénégal. Entre exigence de transparence affichée par l’État et revendications d’équité portées par les professionnels, le FADP apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique pour l’avenir du paysage médiatique national.
Abdoulaye DIAO

