GRÈVE DES TRANSPORTEURS: Dakar au ralenti, entre galère, débrouille et colère des usagers
Arrêts bondés, longues marches sous le soleil, rendez-vous manqués… À Dakar, la grève des transporteurs plonge des milliers d’usagers dans une véritable épreuve quotidienne. Si les bus Tata AFTU roulent partiellement, la désorganisation est totale.
Il est à peine 8 heures au terminus de Liberté 5, mais la tension est déjà palpable. Des dizaines d’usagers s’agglutinent autour des rares bus en circulation de Dakar Dem Dikk. Certains courent derrière un véhicule déjà plein à craquer, d’autres lèvent les bras, espérant attirer l’attention d’un conducteur qui, souvent, ne s’arrête plus.
Aïssatou, vendeuse au marché Sandaga, n’a pas eu cette chance. Assise sur un banc, visiblement épuisée, elle confie : « Depuis ce matin, je suis là. J’ai laissé mes enfants seuls à la maison pour aller travailler, mais je n’arrive même pas à trouver un bus. Si je ne pars pas, je ne gagne rien aujourd’hui ».
Comme elle, des centaines d’usagers vivent une matinée chaotique. Certains ont déjà abandonné. D’autres, résignés, se lancent dans de longues marches, parfois sur plusieurs kilomètres, faute de transport disponible.
Un peu plus loin, Mamadou, étudiant, sac sur le dos, marche d’un pas pressé sous le soleil. « J’ai un examen à 10 heures. J’ai attendu plus d’une heure sans bus. Là, je n’ai plus le choix, je marche. Même si j’arrive en retard, je dois essayer », lâche-t-il, essoufflé.
Dans cette confusion, les rares bus Tata AFTU et DDD en circulation sont pris d’assaut. À chaque arrêt, c’est la même scène : bousculades, cris, frustration. À l’intérieur, les passagers s’entassent, serrés les uns contre les autres, dans une chaleur étouffante.
Pourtant, du côté des travailleurs du transport, le mot d’ordre de grève est loin d’être unanimement respecté. Certains ont choisi de continuer à travailler, malgré le mouvement lancé par les 13 syndicats. Pape Diouf, régulateur de la ligne Tata 78, assume ce choix. « Nous avons travaillé normalement. Chacun fait selon ses convictions. On comprend la grève, mais il faut aussi penser à gagner sa vie », dit-il.
Un discours partagé par Mame Foutou Diouf, régulatrice sur la ligne 85. « La grève est partielle. Beaucoup ne sont pas sortis, mais d’autres ont travaillé. Le problème, c’est que cela crée une confusion totale pour les usagers. Certains sont restés chez eux en pensant qu’il n’y aurait aucun transport », explique-t-elle.
Cette situation a déjà un impact direct sur les recettes des transporteurs. « Depuis ce matin, on sent une baisse. Les gens hésitent, ne savent pas si les bus circulent ou non », ajoute-t-elle.
Sur la ligne 77, Mamadou Diop confirme une activité réduite : seulement quatre bus ont circulé. Mais là encore, la compréhension domine. « Ceux qui ont arrêté ont leurs raisons. C’est une question de choix et d’appartenance syndicale », souligne-t-il.
Au-delà des divergences entre transporteurs, ce sont surtout les usagers qui paient le prix fort. Entre retards, pertes de revenus et fatigue accumulée, la grève, même partiellement suivie, suffit à désorganiser toute la ville.
À Dakar, en ce début de semaine, se déplacer est devenu un combat. Et pour beaucoup, la journée a commencé… dans la galère. Excepté quelques bus Tata, seuls les bus Dakar Dem Dikk, le BRT et le TER ont assuré normalement les liaisons, laissant les banlieusard notamment dans une certaine détresse.
Mariem DIA

