PRODUITS NON CONTROLES, MANQUE DE MOYENS: Les consommateurs sénégalais en danger
À l’occasion de la Journée mondiale des consommateurs, le Réseau des usagers du service public tire la sonnette d’alarme sur les risques croissants liés à la consommation de produits non contrôlés au Sénégal. Entre insuffisance des moyens de contrôle et défaillances dans l’application des lois, la sécurité des consommateurs reste fortement menacée.
Au Sénégal, la situation des consommateurs est jugée « très critique ». Plusieurs études révèlent que de nombreux citoyens consomment des produits sans réelle garantie de qualité. C’est le constat dressé par le président du Réseau des usagers du service public, Jean Pierre Dieng, lors de la célébration de la Journée mondiale des consommateurs.
Selon lui, les acteurs du marché fonctionnent souvent en vase clos, limitant leurs interactions avec les consommateurs à la seule publicité. Une situation préoccupante, d’autant plus que les services de contrôle de l’État souffrent d’un manque criant de moyens humains, financiers et matériels pour assurer efficacement leur mission sur l’ensemble du territoire, notamment dans les marchés hebdomadaires (loumas) et les commerces de proximité.
« Ceux qui sont chargés de distribuer ces produits, qu’il s’agisse des chaînes de restauration ou des industries alimentaires, se sentent relativement libres sur le marché. Nous n’avons aucune certitude sur la qualité de ce qui est proposé », déplore M. Dieng.
Des lois existantes, mais un contrôle défaillant
Pour le président du Réseau, le problème ne réside pas tant dans l’absence de textes que dans leur application. Il appelle ainsi à un plaidoyer auprès de l’Assemblée nationale pour adapter et renforcer les dispositifs existants.
« Nous avons des lois, parfois parmi les meilleures, mais leur efficacité dépend des moyens accordés aux services chargés de les faire respecter. Le véritable défi se situe au niveau du contrôle », souligne-t-il.
Chaque jour, des milliers de consommateurs achètent ainsi des produits ne répondant pas aux normes sanitaires, alimentaires ou techniques, les exposant à des risques sanitaires et économiques évitables.
Vers une responsabilité partagée
Face à cette situation, Jean Pierre Dieng plaide pour un renforcement des mécanismes de surveillance, de certification et de sensibilisation, tout en insistant sur le rôle central de l’État.
Cependant, il rappelle que la sécurité des produits ne relève pas uniquement des autorités publiques. « Les entreprises, grandes comme petites, doivent intégrer la culture de la qualité, garantir la traçabilité et éviter les contrefaçons. Une économie forte repose sur la confiance entre producteurs et consommateurs », affirme-t-il.
Il insiste également sur la responsabilité des consommateurs eux-mêmes, appelés à être plus vigilants et mieux informés dans leurs choix.
Le Service d’hygiène appelle à la vigilance
Dans la même dynamique, l’adjudant-chef Abdou Diop, représentant du Service national de l’hygiène, invite les citoyens à jouer pleinement leur rôle.
« Nous devons être vigilants et informés sur les produits que nous consommons. Le Service national de l’hygiène s’engage à renforcer les contrôles, à intensifier la sensibilisation et à promouvoir les bonnes pratiques pour garantir la sécurité alimentaire », a-t-il assuré.
Il exhorte également les consommateurs à signaler tout produit suspect, rappelant que les intoxications alimentaires figurent parmi les causes non négligeables de décès.
Pour les acteurs, l’amélioration de la qualité des produits n’est pas seulement une question de réglementation, mais un enjeu majeur de santé publique, de développement économique et de protection des générations futures.
« La sécurité des consommateurs conditionne la confiance dans l’économie et le respect dû à nos populations, notamment les plus jeunes », conclut Jean Pierre Dieng.
Viviane DIATTA

