« ZAKATOUL FITR »: Tout comprendre sur le « moûroum koor », l’aumône obligatoire de fin de Ramadan
Communément appelée « moûroum koor » en wolof, la « zakatoul fitr » constitue le dernier acte de dévotion que le musulman doit accomplir avant de se rendre à la prière de l’Aïd el-Fitr, communément appelée Korité au Sénégal. Cet acte religieux est avant tout un geste de solidarité obligatoire envers les personnes démunies ou vulnérables, afin de les mettre à l’abri de la mendicité et leur permettre de vivre dignement la fête marquant la fin du mois de Ramadan.
Au terme du jeûne du mois de Ramadan, la « zakatoul fitr », appelée également « moûroum koor », est une aumône obligatoire qui peut être versée en nature ou en argent. Elle concerne tout musulman, qu’il soit majeur ou mineur, y compris les nouveau-nés, à condition qu’ils soient nés avant le lever du soleil le jour de la Korité.
Selon les enseignements de l’islam, seules les personnes qui ne disposent pas de quoi assurer leurs repas de la journée sont exemptées de cette obligation.
Cette contribution est souvent présentée comme « la part du pauvre » le jour de la fête, dans la mesure où elle vise à permettre aux personnes défavorisées de participer, elles aussi, aux réjouissances de la Korité sans être contraintes de mendier.
Une aumône destinée aux nécessiteux
Selon Dr Babacar Niane, imam de la mosquée de la Cité Gendarmerie 2 de Keur Massar et chef du département Langues, Lettres et Sciences humaines de l’Université Iba Der Thiam de Thiès, le « moûroum koor » est exclusivement destiné aux personnes nécessiteuses.
« Pour certaines écoles juridiques, il faut remettre la ‘zakatoul fitr’ aux nécessiteux le jour de la Korité avant d’aller à la mosquée. Pour d’autres, il est possible de la donner la veille ou deux jours avant », explique l’imam.
Il rappelle également que le chef de famille doit s’en acquitter pour lui-même et pour toutes les personnes qui sont à sa charge. « Le chef de famille doit la verser pour lui-même et pour tous les membres de sa famille dont il assure la subsistance », précise-t-il.
Origine et signification du « mudd koor »
Revenant sur le sens de cette pratique, Dr Babacar Niane indique que les expressions « moûroum koor » ou « mudd koor » résultent d’une combinaison entre les langues arabe et wolof.
« Le mot arabe ‘mudd’ désigne une unité de mesure utilisée pour donner la ‘zakatoul fitr’. Il s’agit d’un acte fortement recommandé en islam dans le but de venir en aide aux nécessiteux et aux familles vulnérables », explique-t-il.
L’imam précise également que cette aumône doit être prélevée à partir de la nourriture la plus consommée dans le pays. Car elle constitue aussi une forme de réparation expiatoire pour le jeûneur.
Selon les prescriptions religieuses, chaque croyant doit s’acquitter du « mudd koor » pour lui-même ainsi que pour toute personne dont il assure la nourriture. Notamment, les enfants, les domestiques, les gardiens ou toute autre personne à sa charge.
Mamadou Lamine CAMARA
COMMENT S’ACQUITTER DU « MOUROUM KOOR » ?
Sérigne Mor Diop dévoile les recommandations
La distribution de « zakatoul fitr » ou « mouroum koor » obéit à des règles. Des recommandations sur lesquelles revient ici l’imam Sérigne Mor Diop. D’emblée, il rappelle les règles issues de l’école juridique de l’imam Malik, largement suivie en Afrique de l’Ouest.
Selon les écoles malikite, chaféite et hanbalite, la « zakatoul fitr » doit être donnée en nature, à partir des aliments les plus consommés durant le Ramadan, tels que le riz, le mil, les vermicelles, la viande ou d’autres produits alimentaires courants.
La quantité est mesurée à l’aide d’une unité appelée « sa’ » ou « mudd », généralement évaluée avec un récipient traditionnel appelé « andar ». Cette mesure correspond approximativement à quatre fois le contenu des deux mains jointes du Prophète (PSL).
Concrètement, cela équivaut en moyenne à environ 2 kilogrammes de riz, ou près de 1,9 kilogramme de mil. Selon les observations de Sérigne Mor Diop, la quantité minimale retenue dans le rite malikite (fiqh maliki) correspond à environ 1,72 kg de riz par personne. Cette quantité doit ensuite être multipliée par le nombre de personnes concernées au sein du foyer.
La possibilité de donner en argent
Toutefois, selon l’avis juridique de l’imam Abou Hanifa, il est également permis de donner l’équivalent en argent. Ce, afin de permettre au bénéficiaire d’acheter ce dont il a réellement besoin.
En effet, si tout le monde donne uniquement du riz ou du mil, le bénéficiaire pourrait se retrouver avec une quantité importante de céréales sans disposer des moyens nécessaires pour acheter les autres ingrédients permettant de préparer les repas.
Mamadou Lamine CAMARA

