CARITAS, UNIVERSITÉS, EAU, MŒURS: Le diagnostic sans complaisance de l’Archevêque de Dakar
La journée diocésaine Caritas de l’archidiocèse de Dakar a été célébrée ce dimanche à la paroisse Immaculée Conception de Palmarin, dans le doyenné de Ngasobile. Une localité confrontée à l’avancée de l’océan. L’événement a servi de tribune à l’archevêque de Dakar, Monseigneur André Gueye, pour interpeller les autorités et les populations sur plusieurs urgences nationales.
L’archevêque a notamment plaidé pour l’accès à l’eau potable pour les populations de Loul Sessène et Palmarin, confrontées aux effets du changement climatique. Il rappelle que ces communautés subissent « les agressions du changement climatique et ses conséquences sur l’environnement, notamment à Palmarin avec l’avancée des eaux de l’océan, provoquant l’érosion côtière. La réponse des autorités doit être à la hauteur du défi : des mesures concrètes et durables, sans attendre ».
Consommer local et soutenir les producteurs
Dans son message, Mgr Gueye a également appelé à soutenir la production locale, alternant français et wolof pour mieux faire passer son message.« Autonomie li koy yombal moy itam consommer local. Kon nanu japale, aar, protéger producteurs locaux yi, rawatina ci mbey mi. Soutenir les producteurs locaux, en particulier les paysans, n’est pas un slogan. C’est un geste de solidarité immédiat, à la portée de chaque chrétien », a-t-il déclaré.
« Sauvons l’université »
L’archevêque s’est aussi exprimé sur la crise universitaire, appelant à des solutions profondes et durables. « Sauvons l’université. Une sortie de crise en surface ne suffira pas. La crise doit être résolue en profondeur, en s’attaquant à ses véritables raisons. Nous faisons confiance au sens de la responsabilité de tous les acteurs », a-t-il affirmé.
Il a ensuite invité au dialogue : « Kon nañu wey dal, ngir jamm ; Nanu wey nangu di waxtaan, deggo ci li wara nekk ak li mëna nekk ».
Une mise en garde sur les dérives
Abordant le débat sur l’homosexualité, très présent dans l’espace public, il a rappelé la position de l’Église : « Cela n’empêche pas que nous dénonçons une telle pratique contraire à la morale que nous enseigne notre foi ».
Dans le même temps, il a mis en garde contre la diffamation et les accusations hâtives : « Attention à la supputation, à la diffamation qui peuvent ruiner une vie, voire une famille. Mandu ak teye sunu lamiñ te bayi yoon mu doxal ligeyam. Moytu sosal ak ñaw njortu ak jeñ ».
Ramadan et Carême, symbole de dialogue
Pour Mgr Gueye, la coïncidence cette année entre Ramadan et Carême est un signe fort pour le dialogue interreligieux. « La parole de Dieu nous encourage avec la foi d’Abraham, qui nous a été donnée comme modèle pour tous les croyants. Voilà ce qui nous fortifie dans la conviction de continuer à construire et à œuvrer pour un dialogue de vie véritable entre musulmans et chrétiens dans notre pays », a-t-il déclaré.
Caritas face à un déficit de 60 millions
Auparavant, Dominique Sène de la Caritas diocésaine a présenté un bilan sans détour. Le programme triennal 2026-2029accuse un déficit de 60 millions de francs CFA, soit 20 millions par an.
Selon lui, si chaque chrétien de l’archidiocèse contribuait 100 francs CFA par mois, la Caritas pourrait mobiliser 30 millions de francs mensuels, soit 360 millions par an.
Autre priorité, les centres de formation professionnelle. Sur 100 bacheliers, seuls 30 accèdent à l’université, les 70 autres devant trouver des alternatives concrètes.
« Des partenaires extérieurs sont prêts à mobiliser près de 200 millions de francs CFA. Le seul obstacle reste le foncier. Les paroisses sont donc invitées à mettre des terrains à disposition », a-t-il lancé.
Dans cette dynamique, la Caritas annonce que l’édition 2027 de la journée diocésaine mettra l’accent sur la consommation locale, les délégués renouvelant leur engagement en faveur des plus démunis.
Viviane DIATTA

