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LA CHRONIQUE DE MLD: Sonko, un opposant au pouvoir…Par Mamadou Lamine DIATTA

Tel un ovni dans cette mare agitée de la classe politique, Ousmane Sonko est décidément un Premier ministre iconoclaste, un dirigeant offensif au discours provocateur, parfois cassant mais surtout disruptif.
Au cœur de l’hémicycle, face aux députés pour répondre à des questions d’actualité, on a davantage assisté à ses piques assassines contre le « capharnaüm du système », la justice, l’honorable Me Aissata Tall Sall et tant d’autres cibles.
Sonko n’épargne personne. C’est ce qui le distingue des autres, sa marque de fabrique. Le style, c’est l’homme dit un célèbre adage.
Dans ce pays du Maslaa lenifiant, son discours est une sorte de pilule qui passe difficilement pour beaucoup de Sénégalais jusque là habitués à ce qu’on appelle trivialement le politiquement correct.
Sonko n’en a cure.Il déclare à qui veut l’entendre qu’il mène une croisade contre ce qu’il appelle l’affairisme d’Etat.
Sur les dossiers judiciaires encore incandescents, l’homme lance tout de go : « Je n’ai plus d’espoir  » en ne se privant pas de lancer subtilement des diatribes contre « les résistances, les sabotages, les intrigues » subies ces deux dernières années au cœur du pouvoir.
Du Sonko tout craché !
« Sur l’université, j’assume avoir donné l’ordre au ministre de l’intérieur.
J’assume corser les peines sur l’homosexualité et c’est le premier projet de loi que je porte personnellement ».
Bref, à l’image de Zorro ou d’un Robin des bois, Sonko, l’infatigable et inusable Leader politique assume se mouiller dans tous les dossiers délicats. Sans faux fuyants. C’est quand même remarquable et assez original pour être souligné.
« Je ne démissionnerai jamais de ce combat de longue haleine contre le système ». Un message fort à l’endroit de ses contempteurs invétérés mais également de ses collaborateurs du système ( magistrats, hauts fonctionnaires et autres) voire du Chef de l’État avec qui il est quelque fois en bisbilles ́notamment et particulièrement sur les réformes relatives au fonctionnement de cette justice premier intrant au développement d’un pays.
Autant dire que nous avons affaire à un combattant à la Primature. Clairement.
« Wade : un opposant au pouvoir, l’alternance piégée ». L’ouvrage- éponyme d’Abdou Latif Coulibaly rappelle à bien des égards l’attitude de ce Ousmane Sonko qui n’est décidément pas un Premier ministre ordinaire. C’est le moins que l’on puisse dire car le chef du gouvernement se comporte comme un opposant, par sa combativité, sa verve, son bagout et surtout cette propension bizarre à ouvrir des fronts en veux-tu en voilà. Résultat, l’homme fort du Pastef est pratiquement seul contre tous. Un guerrier qui adore enfiler le bleu de chauffe pour encaisser tous les coups à la place d’un Président de la République placide, effacé, doux et poli du moins tel qu’il est perçu dans l’imaginaire collectif.
Finalement, Sonko c’est un peu Maitre Wade mais en plus cru dans le rendu. En moins efficace également. Wade savait au moins frapper à la bonne porte pour décrocher des financements et des investissements massifs. De ce point de vue, ce Premier ministre qui multiplie les voyages en Chine, en Turquie et aux Émirats arabes Unis ( Dubai), devrait en prendre de la graine.
Oui, le Boss du Pastef est aussi combatif que le 3ème Président de la République du Sénégal.
Mais la comparaison s’arrête là.
Autant Wade en Économiste subtil et policé s’embarassait souvent de formules nuancées pour atteindre sa cible, autant Sonko lui sait être froid et cash. Avec lui, pas de circonlocutions creuses.Au football, on dira que c’est un adepte du jeu direct. Ça passe ou ça casse.
Le hic, c’est que Sonko semble mal accompagné.
Il dit qu’il accepte avec humilité d’être « le gardien de la Révolution ».
Sauf que dans le contexte actuel, on ne saurait parler d’une quelconque révolution.Un qualificatif du reste lourd,assez chargé mais également emphatique.
En usant de ce vocable, il donne d’ailleurs l’impression d’être un doux rêveur. Comme s’il dansait plus vite que la musique voire d’être trop en avance sur ses troupes.
Il doit veiller au choix de certains éléments de langage.
Faudrait-il le rappeler, la révolution dans l’acception communiste du terme n’est même pas dans l’adn du Sénégalais lambda.
Dans le cas d’espèce, on peut à la limite parler de rupture. Pas de révolution.
Tout le monde sait que le Chef de l’État, les membres de son gouvernement et les gens de l’administration n’ont pas l’âme de révolutionnaires.Dans ces conditions, Sonko qui se présente quelque part comme un idéaliste, sorte de redresseur de torts, prend le risque de se retrouver comme Don Quichotte …Seul contre les moulins à vent.
Pendant ce temps, le Président convie les députés Pastef à un Ndogou gargantuesque ce vendredi au Palais.
Oui c’est triste…
Diomaye & Sonko sont dans un jeu d’échecs contre-productif et nocif pour le pays.
Ils semblent se moquer des véritables enjeux.
De ce point de vue, ils sont juste à l’image de leur peuple.
Souvent dans l’accessoire, rarement dans l’essentiel.