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MAME COUMBA NDIAYE SUR LE REFROIDISSEMENT AU SÉNÉGAL: « Cette dynamique risque d’accentuer la pression sur notre système électrique »

La Directrice générale de l’Agence pour l’Économie et la Maîtrise de l’Énergie (AEME), Mame Coumba Ndiaye, a salué le lancement du projet intitulé « Solutions de refroidissement éco-énergétiques et respectueuses du climat et mise à jour des Contributions Déterminées au niveau national (CDN) au Sénégal ».

Un projet qu’elle juge stratégique au regard des défis énergétiques et climatiques actuels.Représentant le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines lors de la cérémonie de lancement, elle a souligné la croissance rapide du secteur du refroidissement au Sénégal.

« Le refroidissement, qu’il s’agisse de la climatisation, du froid domestique, commercial ou industriel, connaît une croissance très rapide, portée par la dynamique d’urbanisation, l’évolution démographique et les effets du changement climatique », a-t-elle expliqué.Selon elle, cette expansion, si elle n’est pas encadrée, pourrait avoir des conséquences lourdes.

« Cette dynamique, si elle n’est pas maîtrisée, risque d’accentuer la pression sur notre système électrique, d’alourdir les charges liées à la consommation énergétique, notamment dans les secteurs industriel et tertiaire, mais aussi d’impacter considérablement la trajectoire nationale en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre », a averti la Directrice de l’AEME.

Elle rappelle que, selon les projections internationales, la demande mondiale en froid pourrait tripler d’ici 2050. Une tendance qui menace de surcharger les réseaux électriques et d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre si des mesures structurelles ne sont pas prises.

Des défis technologiques et environnementaux majeurs

Pour relever ces défis, plusieurs axes prioritaires ont été identifiés la réduction de l’empreinte carbone, l’amélioration de l’efficacité énergétique, l’adoption de fluides frigorigènes à faible impact environnemental et l’adaptation aux effets du changement climatique. Ces enjeux concernent plusieurs secteurs stratégiques : le bâtiment, la santé, les chaînes alimentaires et industrielles, mais aussi les infrastructures numériques.

Le bâtiment, grand consommateur d’énergie

Mme Mame Coumba Ndiaye a particulièrement insisté sur le poids du refroidissement dans la consommation énergétique des bâtiments. « Dans le secteur tertiaire, le froid représente entre 40% et 80% des consommations énergétiques, selon les études énergétiques réalisées dans les bâtiments », a-t-elle précisé.

Ces besoins sont principalement liés aux exigences de confort thermique assurées par les systèmes de climatisation. Elle souligne également que l’orientation du Sénégal vers le numérique – avec le développement des centres de données et des infrastructures technologiques – renforce encore les besoins en refroidissement, notamment pour les équipements informatiques et sanitaires sensibles.

Selon des études de l’Institut international du froid, un refroidissement durable et éco-énergétique pourrait permettre de réduire jusqu’à 64% des émissions de gaz à effet de serre dans certains segments sur une période de cinq ans.

Pour la Directrice de l’AEME, ce projet constitue donc une opportunité stratégique pour concilier croissance économique, performance énergétique et engagement climatique du Sénégal.

« Il s’agit aujourd’hui d’anticiper, de planifier et d’intégrer pleinement la question du refroidissement dans nos politiques énergétiques et climatiques », a-t-elle conclu.

Mamadou L. CAMARA